L'Humanité est en passe de mourir suite à des ressources naturelles épuisées ou en passe de l'être. Une mission de la dernière chance est envoyée dans l'Espace afin de trouver un territoire propice à la recolonisation. Parmi eux, Joseph Cooper un pilote ingénieur laissant sa famille derrière lui...

Interstellar (affiche Imax)

 

Affiche réalisée par Kevin Dart.

En 1997, la productrice Lynda Obst et l'astrophysicien Kip Thorne avaient collaboré sur le film Contact (Robert Zemeckis). Jodie Foster y communiquait avec les extraterrestres par des signaux, tout en voyageant entre le temps et l'Espace via un circuit. En 2006, le duo se reforme pour monter le projet Interstellar partant des théories de Thorne sur les trous de verre. Jonathan Nolan s'occupe du premier jet pour ce qui doit être le nouveau projet de Steven Spielberg après Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (2008). Spielby est enthousiaste au possible: "Le vortex est un concept qui m'a époustouflé et dont je n'avais pas connaissance. Mon père est un astrophysicien amateur alors je l'ai emmené avec moi à une table ronde avec certains des plus grands physiciens informatiques, astrophysiciens ou psychologues du comportement et le sujet m'a tout simplement emballé. Ce doit être l'influence de mon père et de tout ce que j'ai pu lire au fil des ans" *. Le scénario de 2008 qui est depuis tombé sur le net a finalement peu à voir avec le film finalement fait, évoquant robots malfaisants (et chinois par ailleurs), scène de sexe dans l'Espace (ou quand le voeu de Rob Lowe dans Thank you for smoking se concrétise), extraterrestres, temps qui passe et pessimisme ambiant (**). Ceux qui pensaient que Spielby aurait donner lieu à un film avec plus d'émotions peuvent aller se rhabiller: on est plus dans un projet à la AI (2001) que ET (1982) !

Interstellar : Photo Mackenzie Foy, Matthew McConaughey

Spielby lâche l'affaire en mars 2013 (tout du moins ce fut annoncé à cette époque, mais on se doute que le réalisateur a lâché l'affaire bien avant) et laisse sa place à Christopher Nolan. Un grand réalisateur donne le flambeau à un réalisateur talentueux auquel Warner a donné sa totale confiance depuis Insomnia (tous ses films post-Insomnia sont sous l'égide du studio). Jonathan reste au scénario, mais l'histoire change radicalement dans le ton. Le pessimisme est toujours là, mais les thèmes et les éléments sont différents (Murph devient une fille nommée Murphy, pas de robots chinois, pas d'extraterrestres). Le casting n'ayant pas été fait sous Spielby, Nolan a casté aussi bien les petits nouveaux que les habitués: Matthew McConaughey (déjà de l'aventure Contact), Anne Hathaway, Jessica Chastain, Casey Affleck, Mackenzie Foy, Michael Caine (toujours là au bout six films ensemble), Wes Bentley et John Lithgow. Tout cela pour un film tout de suite taxé de "2001 de Nolan", "son premier film émouvant"... Il est temps de mettre les choses au clair. Interstellar se pose comme une brillante alternative à des films comme 2001 (Stanley Kubrick, 1968), Contact, Sunshine (Danny Boyle, 2007) ou au Trou noir (Gary Nelson, 1979). Moins froid que le film de Kubrick (ce qui n'est évidemment pas une critique), mais se rapprochant de lui tout comme il s'oriente vers la bienveillance d'un Zemeckis.

Interstellar : Photo Anne Hathaway

(Attention spoilers) Le film se déroule en trois parties bien distinctes: l'anticipation, l'exploration et la réflexion. Elles sont segmentées suffisamment bien pour que l'on fasse la différence entre chacune d'entre elles. Le premier plan parle de lui-même: une navette, de la poussière qui tombe ou sur une étagère. Le problème est environnemental (la poussière dézingue les cultures au point que la Terre n'a plus de ressources valides en vue), la solution viendra du ciel (la navette). En un plan, Nolan présente par symboles ce qui va suivre. Le point de vue n'est pas celui d'un scientifique impliqué dès le début dans le projet, mais un ancien ingénieur et pilote nommé Cooper (McConaughey) tombé par hasard sur un projet trop grand pour lui. C'est par sa famille et lui que le spectateur va découvrir ce qui est arrivé à notre chère planète Terre: le soleil est toujours là, mais les cultures partent en fumée et la poussière asphixie la population, au point d'entraîner des maladies mortelles (on pense notamment au petit-fils de Cooper). En peu d'éléments (une chasse au drone dans des cultures pourries, des remaniements douteux de manuels scolaires, un match de baseball interrompu par une tempête), tout est balisé pour que le spectateur puisse voir que tout cela est envisageable dans les années à venir. D'où le terme d'anticipation.

 Interstellar : Photo Casey Affleck, Jessica Chastain

Le film n'a rien de compliqué dans ses termes, le langage étant suffisamment compréhensible à chacun et les fans d'astrologie risquent d'y trouver leur compte. Ce qui était différent dans Inception (2010) qui s'enfonçait souvent dans la surexplication. Interstellar est d'ailleurs bien plus terre à terre. La technologie n'est qu'un accessoire pour permettre un voyage émotionnel où l'inconnu peut avoir des conséquences désastreuses et où un père doit quitter sa famille pour en sauver des millions d'autres. C'est aussi pour cela que beaucoup de spectateurs évoquent un "Nolan plus sentimental que d'habitude". Pourtant ce n'était pas les moments émotionnelement forts qui manquent dans la filmographie, allant du final de The Dark Knight Rises (2012) au mari voyant sa femme se suicider dans Inception. En développant la relation père-fille, les Nolan (n'oublions pas Jonathan) dévoilent un véritable drame familial en plein contexte de science-fiction. Le voyage de Cooper commence sur une dispute entre lui et ses obligations et sa fille et sa volonté qu'il reste (Foy). Une dispute d'une infinie tristesse (certains diront larmoyante) qui mettra en berne ce qui va suivre: un père et sa fille cherchant à tout prix à se retrouver et cela malgré le temps qui les sépare (Cooper vieillit peut être en terme d'années mais son corps reste identique, là où sa fille grandit).

Interstellar : Photo

Une sorte de leitmotiv récurrent du film, car l'avenir de l'humanité tient dans la génération de Murphy. L'exploration s'avère sensorielle au possible et Nolan a la brillante idée d'insérer le spectateur dans l'action par des caméras embarquées sur le vaisseau. Une impression d'immersion totale, d'autant que le visuel est irréprochable et souvent impressionnant. Le passage dans le trou de ver (passage spatio-temporel pouvant mener à différents mondes et à la création inconnus) est par exemple un véritable moment de sensations fortes, emmenant le spectateur dans une véritable euphorie visuelle. En soi, la qualité des séquences spatiales est indéniable. On peut aussi noter la géniale transition où la personne sur l'écran prend subitement forme de l'autre côté, faisant en soi rappeler la séquence miroir de Contact. A cela rajoutez quelques notes d'humour salvatrices entre Cooper et TARS entre plusieurs moments dramatiques. Mais le film prend des élans inattendus dans sa troisième heure.Tout d'abord en virant au huis clos de manière violente et percutante. Par huis-clos, on parle aussi bien de l'Espace que de la planète. En soi, le film n'est pas sans évoquer Sunshine à ce moment-là (sans toutefois faire exactement la même chose). Mais c'est bien évidemment la partie réflexion qui prend une grande place. Nolan part dans une direction très kubrickienne et pas loin de Zemeckis (dans le principe du circuit et de la relation père-fille afin d'emettre un... contact).

Interstellar : Photo Anne Hathaway, David Gyasi, Matthew McConaughey

Certains éléments prennent un drôle de sens avec ces tunnels rappelant à la fois 2001 (et ses visions hypnotiques amenant à une renaissance impressionnante) et Inception (dans la configuration, cela fait penser aux scènes avec Joseph Gordon Levitt naviguant dans un bâtiment sans gravité). Le principe du temps est symbolisé à la fois par les lignes et la fameuse montre qu'a donné Cooper à Murphy. Ce lien prend alors tout son sens jusqu'à un final émouvant, confirmant que les Nolan ont signé un film sur l'amour qu'il soit entre un père et sa fille et celui plus platonique (enfin est-ce encore réellement le cas ?) prenant sens dans les dernières minutes. En soi, c'est peut être la partie qui tient le plus d'influence avec le film de Kubrick, mais de là à les comparer il y a un pas que l'on ne franchira pas. (fin des spoilers) Pour ce qui est des acteurs le casting est assez irréprochable à commencer par l'équipage et notamment le duo McConaughey-Hathaway (Nolan doit lui porter chance) en passant par Jessica Chastain. On regrettera néanmoins le rôle peu étoffé du fils, les Nolan privilégiant la relation père-fille. La musique de Hans Zimmer joue énormément sur les orgues et les "brooms" sont un peu plus calmes que d'habitude. Ce qui est en soi un bonheur musical. Rien de mieux quand Zimmer arrête avec ses bruits de taule qui lui sont tellement critiqués. Toutefois, l'écoute seule est moins intéressante que le mixage fait pour le film.

Interstellar : Photo Anne Hathaway, Matthew McConaughey

Un magnifique film d'anticipation, mélangeant drame familial fort et expérience spatiale impressionnante. 

 


* Propos recueillis dans Cinemateaser numéro 38 (octobre 2014).

** Voir http://lestoilesheroiques.fr/2014/11/interstellar-resume-scenario-2008-script-differences-modifications.html