Un noctambule cherche un certain Jordan roi de la nuit...

Les morsures de l'aube : Affiche Antoine de Caunes, Asia Argento

On évoque souvent les comiques devenant acteurs voire réalisateurs, mais il arrive que certains présentateurs bien connus se lancent dans le cinéma. Antoine de Caunes en est un bel exemple, passant de comédien (notamment dans Les deux papas et la maman où il découvrait la paternité aux côtés de Smaïn) à réalisateur avec Les morsures de l'aube. L'adaptation d'un roman de Tonino Benacquista, romancier et scénariste qui sera à l'origine de La boîte noire de Richard Berry et de Malavita de Luc Besson, par le complice de toujours Laurent Chalumeau (une bonne partie des sketchs de De Caunes et José Garcia à Nulle Part Ailleurs sont de sa plume). Un énorme bide survenu au cours du mois du mois de mars de l'an 2001 et que la plupart des spectateurs l'ayant vu voudraient bien oubliés. C'est mal connaître votre cher Borat qui a déterré ce film en le trouvant pour trois fois rien dans un magasin d'occasion. Autant dire que la soirée fut mouvementée et particulièrement drôlatique. Alors oui Les morsures de l'aube est un premier film, mais il est aussi une bien belle purge du cinéma français, certainement une des pires des années 2000. Un film ressemblant étrangement à l'émission Paris Dernière où Thierry Ardisson et bien d'autres se faufilaient à travers la nuit parisienne pour des rencontres parfois gourmandes, parfois croquantes.

"Salut c'est José, je viens passer un petit coucou! -C'est qui elle? -C'est ma femme, on aime bien les coins SM! -Hm Hm! -Mais oui tu vas l'avoir ta fessée! Alala quelle gourmande!"

Ainsi, Guillaume Canet se retrouve à écumer les soirées en tout genre, histoire de se faire voir et donc devenir célèbre auprès de la jet set parisienne. Mais sa réputation le précède et l'ami plagiste est surtout un incruste invétéré que l'on cherche à virer le plus possible, aussi parasite soit-il. Un personnage auquel on a bien du mal à s'attacher tant il transpire l'arrogance et la bêtise. Jugez plutôt: notre homme de la nuit va jusqu'à faire brûler la voiture du videur pour pouvoir rentrer dans une boîte. Un videur qui se vengera avec ses potes (dont Jo Prestia le violeur d'Irréversible de Gaspar Noé) avec des méthodes peu ragoûtantes dignes de ce nom ("on te pisse dessus et tu nous suce!" venant de la bouche de Prestia, cela n'en devient que plus cocasse!). Une scène renforçant la nanardise ambiante d'un film qui accumule les ratés comme un mauvais élève accumule les notes en dessous de la moyenne. Surtout que Guillaume Canet n'aide pas non plus, semblant se demander ce qu'il fait là avec le regard vide d'un chien battu. Le reste du casting vaut aussi son pesant de cacahuètes: Gérard Lanvin en mentor qui accumule les conquêtes comme les bons mots, Asia Argento qui aime garder ses soutien-gorges (si possible se rapprochant de ceux de Janet Leigh dans Psychose) en plein ébat, et des guests tous plus farfelus comme Gilbert Melki en vidéaste rasta et amateur de combats de chiens, José Garcia en amateur de club sado-masochiste (sa femme avec baillon approuve) et Vincent Pérez qui passe par là.

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Guillaume voit des bulles quand il sniffe trop fort.

Dès lors, impossible de prendre Les morsures de l'aube au sérieux tant il s'enfonce dans une nanardise ahurissante. Les personnages ne sont jamais intéressants ou sont des caricatures de personnages qu'auraient très bien croqués Michel Audiard (Lanvin en est la plus grande preuve). Mais au fait quels sont les fameuses Morsures de l'aube? Comme dit plus haut, le film met en scène un jet setteur du pauvre à Paris et sa vie ressemble étrangement à celle d'un vampire. Noctambule, il dort le jour avant de revenir faire la fête le soir. Alors évidemment on le voit venir à vingt kilomètres, Canet va donc croiser des vampires et notamment le frère d'Asia Argento, dont une prophétie dit qu'il doit s'accoupler avec sa soeur pour préserver la lignée familiale. Dit comme cela, Les morsures de l'aube peut être très intéressant, mais comme souvent quand un réalisateur français adopte le fantastique c'est souvent n'importe comment. Ainsi, on ne s'intéresse pas vraiment au vampire mais à sa recherche et autant dire que le seul élément un tant soit peu fantastique n'arrive que très tard (peut être un quart d'heure avant la fin). La recherche se résume évidemment aux pérégrinations tardives de Canet dans les bars et boîtes parisiens que l'on suit avec un ennui poli. C'est aussi pour cela que quand un moment particulièrement nanardesque arrive (comme le club sm ou encore Canet bousillant des petites voitures pour torturer un barman!), c'est la cerise sur le gâteau et dans ce domaine De Caunes nous en sort pas mal.

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"Salut c'est Gilbert! Hé oui j'ai la perruque rasta la plus ridicule du cinéma français et alors?! -La vérité... -La vérité elle m'a rapporté "

Comme mettre des écrans à la place de fenêtres des voitures et faire défiler inlassablement les mêmes images comme si de rien était. Puis la photo du film n'aide pas non plus, De Caunes jouant sur des couleurs saturées le film devient alors très sombre, presque proche du noir et blanc. Il aurait donc été beaucoup plus logique de tourner en noir et blanc directement. Sans compter que le film ressemble très souvent à un téléfilm (d'où le rapport à la télévision évoqué avec Paris dernière). Le passage de la drogue est aussi calamiteux avec Canet qui voit des bulles numériques de partout quand ce ne sont pas trois Asia Argento! On a droit également à un raccord superbement raté. Suite à une attaque de Gérard Lanvin, Gilbert Melki concentré sur son moniteur ne fait pas attention mais a bien le fusil entre les mains et finit par tirer. On a donc un merveilleux arrêt sur image suffisamment long de plusieurs secondes pour le remarquer (l'actrice est immobile, attendant sa sentence) avant que l'actrice ne prenne le coup de feu. Le genre de plan (s) mémorable (s) dont le spectateur se rappelle durablement et pas pour les bonnes raisons comme le confirme aussi ce bullet time ridicule, survenant dans le dernier tiers (quand on ne sait pas faire il vaut mieux parfois s'abstenir).

Les morsures de l'aube : Photo Asia Argento

Un film fantastique mais pas trop et particulièrement ennuyeux, accumulant les erreurs techniques jubilatoires et les moments nanardesques à foison.