Après le xénomorphe ressuscité par Ridley Scott avec le résultat pitoyable que l'on connaît, c'est au tour du Predator de faire son grand retour au cinéma devant la caméra de Shane Black. L'occasion pour la Cave de Borat de revenir sur le fameux chasseur extraterrestre, initiateur de quatre films désormais et de deux spin-offs. Donc si vous êtes prêts, la chasse peut commencer. (attention spoilers)

  • Predator (John McTiernan, 1987) : Bienvenue dans la jungle

Predator 

Affiche réalisée par Ken Taylor.

L'idée de Predator vient en fait d'une boutade visiblement liée aux scénaristes Jim et John Thomas. En sortant de Rocky IV (Sylvester Stallone, 1985), ils s'étaient dit que le prochain adversaire de Rocky ne pouvait être qu'un extraterrestre. Peu de temps après, le duo signe un script nommé "Hunters" qui deviendra ensuite Predator. Le script finit dans le bureau de Lawrence Gordon (notamment connu pour avoir tout fait pour produire l'adaptation de Watchmen, mais aussi producteur des Hellboy de Guillermo del Toro), puis celui de Joel Silver qui venait de produire Commando (Mark L Lester, 1985) avec le succès que l'on connaît. Ce qui tombe bien puisque la vedette de ce dernier est très intéressé par le script. Un certain Arnold Schwarzenegger alors en pleine ascension et avec déjà des films comme Conan le barbare (John Milius, 1982) ou Terminator (James Cameron, 1984) à son palmarès. 

Commando 

Arnold et Joel, une première rencontre déjà explosive.

Devenant une star du film d'action à part entière, il demande un gros cachet de trois millions de dollars, ce qui sera accepté sans problème par la Fox. Le scénario est remanié quand Arnie suggère que le militaire qu'il doit incarner ne soit pas seul face à l'extraterrestre, ce qui est accepté. Le producteur John Davis avancé par Gordon propose John McTiernan à la réalisation, alors que ce dernier n'a réalisé qu'un seul film (Nomads, 1986). Etant donné que c'était son premier film de studio, McT dit s'être souvent écrasé face aux exécutif, notamment lorsqu'un membre de la production, corrompu selon ses propos, a insisté pour tourner à Puerto Vallarta au Mexique. Sauf qu'une fois là-bas, le réalisateur constate comme le chef décorateur Enrique Estévez "que les arbres perdaient leurs feuilles et que la côte ouest [où se situe Puerto Vallarta] était peuplé d'arbres à feuilles caduques."

  • "Quinze jours plus tard, les arbres ont perdu leurs feuilles. (...) On a dû construire presque tout le décor. On n'arrêtait pas d'ajouter des feuilles, des branches et des lianes devant la caméra pour créer un semblant de jungle." (*)

Résultat de recherche d'images pour "predator 1987 john mctiernan"

John McTiernan sur le tournage de Predator.

Heureusement, le réalisateur a pu également tourner à Palenque qui ressemblait déjà un peu plus à la jungle qu'il recherchait. Parmi le casting, on retrouve Sonny Landham dans le rôle de Billy. Sauf que le coco étant réputé pour se battre avec ses camarades de jeu ou autres personnes, la compagnie d'assurrance demande un garde du corps non pas pour sa protection, mais pour protéger les autres de lui-même. Un autre membre du groupe n'est pas là par hasard non plus, puisqu'il s'agit de Shane Black. Outre le rôle d'Hawkins, le scénariste déjà dans les petits-papiers de Joel Silver (il vient de lui acheter le script de L'arme fatale) fait le script-doctor, ce qui n'a pas dérangé McT visiblement content d'avoir un scénariste à ses côtés de manière officieuse. 300 techniciens mexicains ont été amené par les syndicats mexicains, mais la plupart n'avait finalement rien à faire.

Résultat de recherche d'images pour "predator 1987 SHANE BLACK"

McT a alors négocié avec les syndicats pour n'en garder qu'une centaine aux côtés de techniciens australiens plus compétents. Les choses se sont finalement bien arrangés puisque McT dira que "chaque mexicain a fini par faire partie intégrante du film" (*). Puis il y a le fameux Predator, créature extraterrestre qui chasse nos héros avec une combinaison de camouflage invisible. Le premier problème vint de la vision thermique. 

  • "Ils ont commencé par filmer une vraie vision thermique. C'étaient des truquistes de New York qui s'en chargeait. (...) Mais il y avait un léger problème : il fait environ 35°C au Mexique ! Les gens étaient donc à la même température que l'atmosphère, ce qui les rendait parfaitement transparents. Pour remédier à ça, les truquistes (...) ont dit : 'Pas de problème. On va arroser la jungle d'eau glacée, et on mettra les acteurs près d'un feu avant de tourner.' (...) Il a fallu deux semaines pour tourner à peine deux plans. (...) J'ai fini par m'adresser à une société spécialisée dans les trucages vidéo. (...) j'ai apporté la pellicule que j'avais et ils en ont fait un négatif. On l'a coloré en bleu et on a isolé des zones qu'on a peintes avec des couleurs factices. (...) Financièrement on n'avait pas le choix et les plans thermiques étaient trop durs à filmer." (*)

Image associée

A cela rajoutez que les passages où la créature est invisible ont posé un grand nombre de problèmes. "Je leur ai demandé de fabriquer une combinaison rouge pour un singe. Le problème était qu'une fois qu'on réussissait à la lui enfiler pour le séparer du fond et réaliser l'effet spécial, le singe était tellement mal à l'aise qu'il se cachait. (...) Les premiers essais de camouflage ne fonctionnaient pas du tout, jusqu'à ce qu'ils ajoutent quelques imperfections. Il fallait reproduire ce motif et créer un effet de 3D, une impression de rondeur, de répétition." (*). Puis il y a le design même du Predator qui pose problème. Décrit comme une bête avec une petite tête dont il ressort de grandes dents et des jambes assez ressemblantes du xénomorphe de la franchise Alien (1979-), le Predator tel qu'il est à ce moment de la production ne convainc personne.

OP

Une des rares photos du Predator dans son design initial.

Pourtant quelques rushes ont quand même été tourné, non sans un résultat pour le moins catastrophique. Jean Claude Van Damme encore loin de dégommer des bonhommes pour la Cannon est engagé pour jouer le Predator dans un costume en caoutchouc où il est à l'étroit. Steve Johnson (maquilleur sur Ghostbusters et Big trouble in Little China) est chargé de confectionner la bête et donc le costume de l'ami belge, à une période de sa vie pas forcément fun (Johnson était drogué en permanence en ces temps-là).

  • "Le masque du Predator est au-dessus de sa tête, afin d'allonger le cou de la créature. Donc la tête de Jean Claude est en réalité coincée dans le cou de notre alien, et il peut voir à travers des petits trous répartis dans les ombres de la musculature. (...) McTiernan nous interrompt. (...) 'Je veux que tu cours jusque là-bas comme un gorille, puis quand tu arrives à cet arbre, tu grimpes dessus, puis tu te balances sur une autre branche comme un singe, en accélérant. Ce serait bien si tu pouvais te retourner au milieu du saut, et atterrir sur tes pieds !" (**)

JCVD

L'ami Jean-Claude lorsqu'il a essayé de jouer le Predator.

Sauf que le costume ne permet pas de courir dans toutes les directions et JCVD ne tarde pas à se casser la figure, finissant pendu par une jambe. Selon McT, il ne serait resté que deux jours, arguant qu'il s'attendait certainement à obtenir un rôle substantiel et non celui d'une doublure technique. Le résultat étant catastrophique, une seconde pause s'impose (la première ayant eu lieu à cause du mariage de Schwarzy avec Maria Shriver fin avril 1986) afin de trouver une bonne fois pour toutes un design décent au chasseur. Les équipes de Stan Winston s'en occupent alors qu'il travaille sur Aliens, où James Cameron lui aurait même suggéré l'idée des mandibules et le look rasta. Du haut de ses 2m20, Kevin Peter Hall devient le Predator non sans mal. 

  • "Il avait du mal à bouger en temps normal, alors avec 90 kg sur le dos (...) Dans le plan où il court, il a des câbles élastiques de plus de 120 mètres de long accrochés à lui qui tirent son costume vers le haut pour qu'il puisse sauter de rocher en rocher. (...) Il fallait environ cinq à six heures pour le lui mettre, il le gardait deux heures, puis il fallait quatre à cinq heures pour le lui enlever." (*)

KPH

Kevin Peter Hall lors de la pose de son costume.

Si le réalisateur évoque qu'il n'y a eu qu'un blessé (une doublure de Schwarzy a eu le genou démis lors de la scène du grand plongeon de Dutch) et qu'il s'est foulé le poignet durant le tournage, d'autres soucis de santé ont rythmé le tournage du film. 

  • "Beaucoup de gens sont tombés malade. Moi non, mais c'est parce que pour éviter de tomber malade, je ne mangeais pas. J'ai perdu dix kilos pendant le tournage. Le directeur de production en a perdu vingt. Lui il est tombé malade et il en a bavé. Arnold aussi. Le problème, c'est quand on était à Puerto Vallarta et qu'ils allaient manger en ville. Arnold est allé dans un restaurant sur lequel on ne s'était pas renseigné. Après ça, il a dû jouer une scène avec une perf dans le bras tellement la diarrhée l'avait déshydraté. (...) vous remarquerez que plus le film avance, plus Arnold est mince. Il a les traits visiblement plus tirés. C'est pas parce qu'il était malade, mais parce qu'il essayait de ne pas l'être (...) Il prenait tellement de précaution qu'il finissait par ne pas manger."

Résultat de recherche d'images pour "schwarzenegger mctiernan"

Puis il y a eu aussi le tournage du climax où Dutch se recouvre de boue, où la boue finissait par s'évaporer au point de recourir à l'argile. Le pauvre Schwarzy a fini frigorifié et son remède fut une bouteille de whisky qui le soulait plus qu'elle ne le réchauffait. A une époque où internet n'existait pas, Predator fait partie de ces films qui ont réussit à s'en sortir malgré des conditions de tournage catastrophiques. Avec 98 millions de dollars de recettes, Predator asseoit toujours un peu plus Schwarzy comme une star incontournable, faisant même mieux que ses précédents grands succès que sont Conan, Terminator et Commando. Predator se présente en deux parties : une partie totalement bourrine et une autre tenant davantage du survival. Malheureusement, la première partie fait souvent tâche, la palme au passage avec les guérilleros.

Résultat de recherche d'images pour "PREDATOR 1987 EXPLOSION"

McT avoue qu'il n'a pas dirigé grand chose de la scène (au point qu'un plan revient deux fois dans la scène avec un autre bruitage), mais clairement on peut difficilement ne pas rapprocher le film à ce moment précis de Commando. Globalement, le film de Mark L Lester ne se prenait pas trop au sérieux ou tout du moins, partait dans des directions tellement excessives que cela en devenait terriblement fun. En comparaison, Predator se révèle particulièrement sérieux, jouant des codes militaires et s'enfonçant dans un bourrinage un brin surdimensionné. Sans compter des mercenaires dont la seule réelle caractéristique est au final leur arme spécifique. En comparaison, John McClane aura une caractérisation béton dans le film suivant du réalisateur avec une femme, des enfants, un boulot et même un pseudo complexe des doigts de pieds ! 

P 5

Si l'on excepte cet autre moment délirant où l'escouade dénature le coin, ce n'est qu'une fois la traque du Predator commencée que le film devient vraiment intéressant. Au vu des problèmes de production, le Predator apparaît finalement peu sous sa forme finale. Toutefois, le peu que l'on sait et voit de lui est utile. La guérillero jouée par Elpidia Carrillo explique que ce type de traques n'est pas la première dont elle a entendu parler, évoquant même que le chasseur extraterrestre vient généralement dans les périodes de fortes châleurs. Ses caractéristiques physiques apparaissent progressivement avec un camouflage, un casque qui lui permet de mieux voir et viser, une commande sur le bras gauche qui peut signer son autodestruction nucléaire, des armes tranchantes rétractables et un canon sur son épaule gauche.

P 6

Quant à sa provenance, elle ne fait aucun doute, l'ouverture façon The Thing confirme que le Predator vient d'un vaisseau spatial arrivant sur Terre. Avec peu, McT réussit à faire exister son chasseur et le montre même avoir une certaine supériorité sur le mastoque Schwarzenegger, qui n'a probablement jamais autant pris de coups dans sa carrière d'action man. Ce qui permet de voir l'acteur dans une position plus déconcertante cocasse, tout en alignant quelques punchlines bien senties ("T'as pas une gueule de porte-bonheur" ou "You're one ugly motherfucker" en vo). Même s'il considère le second film plus gore, McT ne se fait pas prié non plus avec Bill Duke finissant avec une balle dans la tête, Jesse Ventura avec un trou fumant dans le corps et Carl Weathers mourrant avec au moins un bras en moins.

p 7

Le Predator, un chasseur qui ne fait pas dans la dentelle.

Il n'y a que la mort de Sonny Landham qui soit vraiment traitée hors-champ. N'oublions pas non plus les cadavres que l'escouade découvre en début de film. Si Predator n'est clairement pas parfait, il reste un film d'action mâtiné de science-fiction intéressant une fois qu'il montre clairement de quoi il se chauffe. 

  • Predator 2 (Stephen Hopkins, 1990) : Los Angeles ensanglantée

P2

Le succès étant au rendez-vous, les scénaristes Jim et John Thomas rempilent pour une suite de Predator avec l'idée de mettre le chasseur dans une jungle urbaine. Si le choix initial était New York, les scénaristes ont finalement opté pour Los Angeles pour des raisons de budget. Toutefois, il aurait été improbable de faire de la Grosse Pomme une ville où le Predator chasse puisqu'il y fait beaucoup moins chaud. Puisque le cachet n'était pas assez élevé et que le scénario ne lui plaisait pas, Schwarzy n'a pas voulu revenir, laissant sa place à Danny Glover fidèle du producteur Joel Silver, tout comme Gary Busey, Steve Kahan et Robert Davi. Une piste avait toutefois envisager que Dutch soit atteint d'une maladie suite aux radiations de l'explosion du Predator et il se serait évaporé dans la nature.

P2 3

En sachant que Patrick Swayze et John Lithgow ont été convoité pour les rôles principaux (le policier Mike Harrigan et Peter Keyes), mais le premier s'était blessé sur le tournage de Roadhouse (autre production Silver) et le producteur a préféré Busey au méchant de Cliffhanger. La Fox voulait même Steven Seagal, mais le réalisateur n'en a pas voulu. Après avoir fait éclore McT (ils lui ont demandé de tourner cette suite, mais il a préféré A la poursuite d'Octobre Rouge), Joel Silver lance Stephen Hopkins alors réalisateur de Dangerous Game (1987) et surtout du cinquième opus des aventures cauchemardesques de Freddy Krueger (L'enfant du cauchemar, 1989). Ce dernier évoquait d'ailleurs récemment un tournage particulièrement explosif. 

  • "On a atterri dans les rues de Los Angeles avec des hélicoptères, on a fait sauter des tonnes de voitures dans des conditions de sécurité assez sommaires... (...) Nous avons tourné pendant douze semaines, de nuit, à Downtown Los Angeles. En 1989, c'était un endroit incroyablement dangereux. On nous a tiré dessus pendant qu'on filmait ! Quand Danny Glover poursuivait le Predator sur les toits, des gens se sont mis à nous canarder depuis l'immeuble d'en face. On s'est tous jetés à terre ! Un autre type a entendu les coups de feu et est sorti de chez lui en caleçon, un flingue à la main. Régulièrement, on découvrait des corps dans des allées.  Aujourd'hui, Downtown LA, c'est presque devenu chic. Mais à l'époque, c'était le terrain de jeu des gangs ! On avait même engagé certains membres de ces gangs pour nous protéger. Un jour, je me suis rendu compte que la plupart de mes techniciens étaient armés. Je suis européen, donc ça m'a un peu choqué." (3)

SH

Stephen Hopkins en charmante compagnie.

On peut également parler d'excréments balancés par les voisins sur l'équipe du film à cause du bruit. De quoi vendre du rêve. Predator 2 ne marche pourtant pas très bien au box-office (57 millions de dollars de recettes totales pour 35 millions de budget) et ne fut pas très bien accueilli. Toutefois, votre interlocuteur en vient à préférer cet opus au précédent. Contrairement au McT, Predator 2 ne s'attarde pas sur des fausses pistes et le chasseur se présente dès les premières secondes à travers des visions infrarouges. Hopkins dévoile une Los Angeles de 1997 sentant bon la poudre et le sang dans une châleur qui fait tourner les têtes. Quoi de mieux alors pour une petite chasse intergalactique ? Là où McT avait choisi des acteurs avec un physique particulièrement prononcé (en dehors de Shane Black), Hopkins fait jouer des acteurs aux antipodes.

P2 4

La lutte avec le Predator se révèle beaucoup plus radicale et le réalisateur signe un film globalement pessimiste où la bande de policiers passe à la casserole ou est mise en échec régulièrement. Tout comme les malfrats qui ont le malheur d'être sur le chemin du chasseur. Ce qui fait de Predator 2 un film plus violent, plus gore aussi (Hopkins se fait plaisir, même si ce n'est pas gratuit non plus et raccord à l'ambiance qui régnait en 1989-1990 dans la cité des anges) ; et avec des héros plus attachants et auxquels on s'identifie peut-être un peu plus. D'autant qu'outre Danny Glover, on retrouve des gueules de porte-bonheur comme feu Bill Paxton (seul acteur à avoir affronter le xénomorphe, le Predator et le Terminator) ou Maria Conchita Alonso (qui a côtoyé Schwarzy dans Running Man). 

P2 5

Si dans le premier film le Predator ne s'attaquait pas aux gens non-armés, ici il est précisé qu'il ne s'attaque pas aux enfants et aux femmes enceintes. Une façon cocasse de bien se faire voir de la censure, même si Predator 2 a dû passer plus d'une fois dans la salle de montage pour enlever des plans trop graphiques. De la même manière, le final laisse entrevoir un aspect que l'on reverra dans Alien VS Predator (Paul WS Anderson, 2004). A savoir que si un adversaire a vaincu (ou aider dans le cas du film de 2004) un Predator, les autres chasseurs le laisse en vie et lui donne une arme spécifique en présent (ici une arme de 1715 appartenant à un certain Rafael Adolini). On voit également de nouveaux gadgets comme sa lance, le filet qui écrase ses victimes ou cette sorte de scie. Le climax est l'occasion de visiter le vaisseau du Predator, laissant voir une belle tête de xénomorphe séchée. 

P2 6

Predator 2 se dévoile comme une vraie suite, puisque l'équipe de Gary Busey est au courant des faits survenus dans le premier film. Ce qui permet une certaine continuité, tout en allant dans une autre direction. Au final, Predator 2 se révèle être un polar hard-boiled qui tombe dans la science-fiction assez jouissif et sachant se diversifier par rapport à son aîné. Soit ce qui avait fait la réussite d'un certain Aliens (James Cameron, 1986) en son temps.

  • Alien VS Predator (Anderson, Strause, 2004-2008) : Chasses groupées

AVP 91

Le Predator et Machiko Noguchi face aux xénomorphes dans le premier run d'Alien VS Predator.

Dès les 80's, Dark Horse Comics s'est occupé des comics concernant les xénomorphes de l'univers Alien et le Predator, mais c'est à partir de 1990 que l'éditeur réunit pour la première fois les deux bébêtes extraterrestres de la Fox. Le premier run (Stradley, Warner, Norwood, 1991) n'est d'ailleurs pas si différent du premier film réalisé par Anderson, puisqu'il était question de rite de passage pour les Predators à travers une planète servant de terrain de chasse, mais remplie de colons terriens. Une Reine Alien pondait alors des oeufs pour que les Predators puissent chasser du xénomorphe. Enfin, le récit se terminait sur la colon survivante s'étant battu aux côtés d'un Predator Machiko Noguchi. Elle entrait ensuite dans les rangs des créatures (dans le film, Sanaa Lathan faisait pareil mais restait sur Terre).

AVP comics

Machiko dans le run War (Randy Stradley, 1996).

Plusieurs runs ont ensuite suivi jusqu'à au moins 2007, sans compter les crossovers comme celui qui réunissait Batman, Superman et les deux créatures (Schultz, Olivetti, 2007). L'idée d'un crossover au cinéma n'a pas tardé à germer dans les locaux de la Fox. Le scénariste Peter Briggs a ainsi travaillé sur une réunion des personnages dès 1990 en se basant sur le premier run des comics. Toutefois, il y a eu un projet plus avancé avant qu'Alien VS Predator ne se concrétise. En fait, James Cameron et Ridley Scott voulaient s'occuper d'un cinquième Alien après le film de Jean-Pierre Jeunet (Resurrection, 1997). Le but était de revenir aux origines de la franchise, de savoir d'où viennent les xénomorphes. Cela vous dit quelque chose ? Hé bien oui, ce projet est en fait l'origine même de Prometheus (2012), sauf que la Fox a finalement misé sur Alien VS Predator

AVP 

C'est d'ailleurs pour cela qu'Alien VS Predator ressemble souvent à une préquelle d'Alien et même à un Prometheus en avance. La réunion de début de film entre les différents protagonistes est quasiment identique en terme de sujets dévoilés dans les deux films. Lance Henriksen joue Charles Weyland, le patron de Weyland Industries, faisant de lui le modèle humain de l'androïde Bishop (faire un robot à son image). Un homme qui voit là aussi l'occasion de peut-être sauver sa vie. Il y a aussi la volonté de découvrir les origines de la civilisation humaine à travers cette pyramide recouverte par les glaces de l'Antarctique. A partir de 2002, Alien VS Predator commence à se mettre véritablement en route. James DeMonaco (futur créateur des The Purge) et Kevin Fox (scénariste de Négociateur) ont vu leur projet dégagé, car le producteur John Davis voulait que l'action se déroule sur Terre.

AVP2

D'autres réalisateurs ont été amené à réaliser le film : Chuck Russell, Roland Emmerich, Guillermo del Toro ou Joe Johnston. Mais ce sera finalement Paul WS Anderson au scénario et à la réalisation. A cette époque, Anderson ressort tout juste du succès de Resident Evil (2002) après des années de galère post-Mortal Kombat (voir https://youtu.be/qVrRmXxlvAU ). Voulant capitaliser le plus possible, Alien VS Predator est classé PG-13, ce qui est plutôt cocasse quand on sait que les films des deux franchises sont tous Restricted. Bien qu'une version plus gourmande soit sortie en vidéo (occasionnant même deux voix françaises différentes pour Tommy Flanagan en fonction des scènes rajoutées ou pas, l'une avec accent, l'autre sans), on ne peut pas dire qu'elle soit pour autant plus trash

AVP3

Alien VS Predator s'impose comme un film assez chaste, annonçant un affrontement sans merci alors qu'il ne s'y passe finalement pas grand chose. Anderson essaye de compenser le PG-13 par une photographie sombre et peu de gore, mais comme pour les trois quarts de la production horrifique US des 2000's, ce n'est pas parce que vous avez une photo sombre que cela rend la chose plus angoissante. Les humains accaparent le récit, les Predators sont plus présents que les xénomorphes qui ne servent que de chair à canon quand ils apparaissent. Au point de se demander s'il ne s'agit pas en fait d'un film Predator. Jugez plutôt : les Predators chassent les Hommes, les Predators chassent les xénomorphes, les Predators font leur rite d'initiation. Finalement, l'Alien n'est quasiment pas une menace, puisque pendant une bonne partie du film c'est le Predator que ce soit sur les terres d'Antarctique ou dans la pyramide. 

AVP5 

Vous prendrez bien quelques CGI dégueulasses de 2004 ? 

Pour le reste, le film navigue très souvent dans le fan-service. Le final renvoie directement à celui d'Aliens. La Reine Alien fait évidemment son grand retour en mère pondeuse comme dans les comics pour que la chasse débute, avant d'affronter les héros dans le climax. Il y a bien évidemment des humains victimes des face-huggers. Comme dans Aliens (décidément), il y a des humains encore vivants comme faisant partie des murs, attendant de mourir définitivement avec le xénomorphe qui sort de leurs corps. Le réalisateur reprend un principe vu dans Predator 2, à savoir que si le Predator voit qu'une de ses victimes a une défaillance ou un aspect particulier, il ne la tue pas. S'il attaque Weyland, c'est finalement parce qu'il a essayé de le tuer. Anderson essaye de faire de Lathan une Sigourney Weaver bis, mais ça ne fonctionne jamais. 

AVP4

Et pour cause, le personnage passe de très calme à femme badass qui jure comme un charretier dans les dernières minutes. Sans compter que les autres personnages sont absolument inintéressants. Si les effets mécaniques sont plutôt réussis et que les Predators ont un beau look, les CGI ont assez mal vieilli la palme à la Reine Alien dans les dernières minutes. D'Alien VS Predator, on retiendra surtout la tagline "Quel que soit le vainqueur... nous serons tous perdants". Bien que le film ne soit pas un carton (172 millions de dollars de recettes pour 60 millions de budget), la Fox produit quand même une séquelle, bien aidée par la dernière scène du film montrant un chestburster sortir du thorax du Predator rescapé. Après avoir longtemps travaillé dans les effets-spéciaux, les frères Strause sont engagés pour réaliser leur premier film. 

AVP 2

Comme le précédent film, les réalisateurs misent davantage sur le Predator, ici tout seul et en mission pour traquer le Predalien, mélange des deux races. Un concept raccord au vu de ce que l'on a pu voir dans les films Alien (le xénomorphe se forme en fonction de l'hôte de face-hugger), mais qui devient totalement ridicule quand on voit l'exécution (en gros, un xénomorphe avec une coupe rasta et des mandibules). Contrairement au premier film, le Predator se fait plaisir en accumulant les carnages et en se foutant pleinement des humains qu'il dézingue régulièrement au cours du film. Si le xénomorphe est absent, laissant sa place aux Predaliens, le Predator est donc très bien représenté dans le film. Le problème étant tout le reste. Les frères Strausse croient bon de mettre une multitude de personnages autour du conflit entre les deux bêtes. 

AVP 2 2

Ainsi, on a le repris de justice (Steven Pasquale) qui a un frère livreur de pizzas (Johnny Lewis vu dans la série Sons of anarchy), amoureux d'une fille convoitée par d'autres mâles en rut (Kristen Hager). On a un policier qui doit faire face à des meurtres (dus aux bébêtes) et à des disparitions (John Ortiz). Une militaire revient du front et son portrait est calqué sur la Ripley d'Aliens (Reiko Aylesworth figure emblématique de 24). Tous les personnages sont archétypaux et les réalisateurs feront tout pour qu'ils puissent avoir leur heure de gloire. Sauf que le spectateur s'en fout et en aura vite marre d'attendre. Alors ils misent sur le gore pour compenser, cette séquelle étant cette fois-ci Restricted. Sauf que les Strause ont une excellente idée : filmer la nuit, sous la pluie, dans des endroits avec peu de lumières avec une photo sombre au possible. 

Quand ce n'est pas le manque de visibilité (heureusement on est toujours aidé par un Predator qui tire dans le tas), c'est le montage qui se révèle si cut que l'on arrive à peine à voir ce qui se passe. A l'image de l'assaut militaire où tout s'enchaîne à une telle vitesse que l'on ne comprend plus rien. Même pour l'aspect horrifique, les Strause passent du tout au rien, à l'image de ce passage où une aide-soignante est tuée par un Predalien, mais en filmant la créature suffisamment de dos pour qu'on ne voit rien ; avant de montrer deux types se faisant exploser la tête quelques minutes plus tard. C'est à n'y rien comprendre. Les réalisateurs continuent l'aspect fan-service en montrant madame Yutani (Françoise Yip) récupérer des effets du Predator. Récoltant moins que le film d'Anderson (128 millions de dollars de recettes pour 40 millions de budget), ce second volet fut heureusement le dernier. La Fox préfère alors relancer les deux franchises en solo, ce qui nous amène au film suivant...

  • Predators (Nimrod Antal, 2010) : Le carnage continue

Predators

Bien que le projet n'a été mis en place qu'à la fin des 2000's, Robert Rodriguez avait déjà voulu s'attaquer au Predator en 1994. Une époque où il était en pleine ascension grâce au buzz d'El Maricahi (1992) et où il était encore capable de faire des bons films. C'est ainsi qu'il se lance dans l'écriture d'un "Predators" qu'il envisage dans les 150 millions de dollars de budget. L'histoire devait déjà se dérouler sur la planète des Predators. Inévitablement, la Fox laisse tomber, jugeant le projet trop cher et passe à autre chose (en l'occurrence les Alien VS Predator). C'est après la sortie de Requiem que le studio rappelle Rodriguez pour relancer la machine solo. Son scénario est réécrit par Alex Litvak (scénariste des Trois Mousquetaires de Paul WS Anderson, ce qui vend tout de suite du rêve) et Michael Finch (scénariste d'Hitman : Agent 47, ce qui est aussi merveilleux). 

RR

Robert Rodriguez en pleine promotion de Predators.

Si Rodriguez envisage un temps de réaliser le film, il rebrousse chemin quand il réalise qu'il s'était déjà engagé sur Machete. Ce qui ne l'empêchait pas de superviser le film en mode sous-marin, puisqu'il a délégué certaines prises de vue de Machete au monteur Ethan Maniquis pour être régulièrement sur le plateau de Predators. Il engage Nimrod Antal, réalisateur du très intéressant Kontroll (2003), puis de Motel (2007), coiffant au poteau Neil Marshall (The Descent), Michael J Bassett (Solomon Kane), Bill Duke (qui, outre son métier d'acteur, a également réalisé Sister Act), Marcus Nispel (les remakes de Massacre à la tronçonneuse, Vendredi 13 et Conan), Peter Berg (Very Bad Things) ou Darren Lynn Bousman (Saw 2, 3 et 4). Par ailleurs, Antal surprend tout le monde en choisissant Adrien Brody pour jouer un mercenaire. 

P2 2

Adrien Brody, l'acteur qui s'est musclé pour un rôle mais ne voulait pas trop porter son arme.

Ayant encore une réputation à l'époque (donc avant de prendre un abonnement pour le direct to DVD), l'acteur s'est fait remarqué sur le tournage si l'on en croit une source du magazine Mad Movies évoquant qu'il était le seul acteur à ne pas vouloir "porter une vraie arme, sous prétexte que c'était trop lourd et qu'il avait trop chaud" (3). De quoi vendre toujours un peu plus de rêve dans une production qui sentait déjà pas mal le poisson en prenant du recul. L'idée de faire venir des tueurs professionnels sur la planète des Predators pour qu'ils les chassent n'est pas une mauvaise idée. Le problème vient des tueurs eux-mêmes. Brody peine à s'imposer comme un héros de film d'action. Alice Braga assure un peu mieux en sniper de l'armée israélienne, peut-être parce qu'elle au moins a l'air de se servir correctement de son arme. 

P 3

Si on excepte eux, les autres sont globalement de la chair à canon. Danny Trejo sort du champ et réapparaît mort avec une caractérisation se résumant au tueur mexicain qui a probablement fait des enlèvements qui ont mal tourné. Oleg Taktarov répète inlassablement qu'il combattait en Tchétchénie quand les Predators l'ont attrapé. Walton Goggins cabotine comme jamais en condamné à mort potentiellement violeur. Mahershalla Ali se présente comme un tueur africain, Louis Ozawa Chengchien est un yakuza. Quant à Topher Grace, il aura droit au grand suspense des familles, puisque sa condition de serial killer méticuleux ne sera évoqué que dans le dernier quart d'heure. Tous les personnages sont globalement des clichés sur patte et n'ont pas la même importance, ce qui se ressent au bout d'un moment.

PS 5

Alors certes le but était de revenir à l'ambiance du premier film, sinon Rodriguez n'aurait pas mis un groupe de tueurs pour affronter les Predators. Sauf que les héros du McT, bien que n'ayant pas des caractéristiques dingues, formaient une équipe soudée et leur entente cordiale permettaient une adhésion au groupe, au point de susciter une émotion à leur mort. Ici, les personnages reposant sur leur statut, ils deviennent des clichés. Sans compter que le film va régulièrement dans le fan-service en octroyant un mini-gun à Taktarov (ainsi qu'un coup fatal assez similaire à celui qui tue Jesse Ventura dans Predator), un climax quasiment similaire au premier film, ainsi qu'un piège identique à celui qui blesse le Predator toujours dans le McT. Inévitablement, le film se rattache aux événements du McT au détour d'un monologue d'Alice Braga, même s'il y a une incohérence (elle parle d'un survivant, alors qu'il y en a deux).

P 4

Au passage, soulignons la prestation mémorable de Laurence Fishburne, se contentant de cabotiner et de faire des références à Apocalypse Now (son personnage ressemble beaucoup au Colonel Kurtz et comme par hasard, il chantonne La chevauchée des Walkyries). Et nos Predators dans tout cela ? C'est probablement l'élément le plus intéressant du film, tant visuellement que scénaristiquement puisque l'on voit qu'il y a deux sortes de Predators, les petits et les gros. En l'occurrence ici celui qui sert d'appât et ceux qui chassent. On voit lors de courtes scènes un certain rapport de force qui est plutôt intéressant, même si c'est très léger. Comme la volonté de rajouter des créatures qui apparaissent très peu (les fameux sangliers extraterrestres pour une scène de traque très brève), voire quelques secondes (la sorte d'oiseau Predator qui ne fait que voltiger le temps d'une modique scène). 

PS 6

Predators voudrait ressembler à Predator et Nimrod Antal le confirme plus d'une fois. Mais cela ne fonctionne pas. A cause de ses personnages clichés, du fan-service poussif et de l'ennui poli qu'il suscite. Puis pour des humains qui sont traqués et se font beaucoup remarquer, les Predators prennent bien leur temps pour les liquider, alors qu'un seul en dézinguait six en moins d'une journée chez le réalisateur de Die Hard. Et sur Terre, pas à domicile... Allez à la prochaine ! 


* Propos issus du commentaire audio de John McTiernan disponible sur le BR de Predator (chez Fox).

** Propos de Steve Johnson issus de Mad Movies numéro 298 (été 2016).

3 Propos issus de Mad Movies numéro 320 (été 2018).