"Le cinéma français c'est de la merde !"... Vous en avez marre d'entendre systématiquement les mêmes reproches envers le cinéma français ? Alors cette rubrique est faites pour vous. Les films français de qualité ne manquent pas, qu'ils soient des 2020's ou des 90's. L'occasion d'évoquer des films français ou réalisés par des français que j'aime à divers degrés ; ou même quelques curiosités qui mériteraient un peu plus de visibilité. En ces temps de pass sanitaire, voici trois films à (re) découvrir !

  • Onoda (Arthur Harari) 

Onoda

Alors qu'il est en pleine préparation de son premier long-métrage Diamant noir (2016), Arthur Harari cherche un sujet de film d'aventure. C'est alors que son père lui souffle l'histoire d'Hiro Onoda, ce soldat japonais envoyé en 1944 sur une île des Philippines, croyant que la Seconde Guerre Mondiale était toujours en cours durant 28 ans avant que le Japon ne le rapatrie. Grâce au soutien du producteur Nicolas Anthomé, Onoda finit par se produire avec un casting étranger pour un peu plus de 3 millions d'euros en coproduction avec la Belgique, le Japon, l'Allemagne, le Cambodge et l'Italie. Un film multiculturel, mais tourné en japonais et non en anglais comme l'auraient probablement fait des anglophones pour toucher un public plus large (47 ronin par exemple). Le film se concentre sur les années aux Philippines avec quelques flashbacks montrant l'entraînement du japonais. Le seul point de vue différent viendra du touriste japonais qui le découvre en pleine jungle en 1974 (Taiga Nakano).

Flashback

Tout le reste repose sur l'escouade d'Onoda partie d'un camp suite aux différents assauts dans le Pacifique, avant de n'être qu'un petit groupe qui se réduit drastiquement en pleine guerre secrète. Si le début fait clairement penser à La 317ème section (Pierre Schoendoerffer, 1965) avec ses soldats en fuite, les parties suivantes montrent un survival cocasse. En effet, les soldats sont dans un microcosme temporel ravageur, cloisonnés dans une réalité qui n'est plus où ils sont aussi bien des victimes du système que des ennemis pour ceux qui les entourent (en l'occurrence des fermiers philippins menacés ou liquidés par les japonais). Les morts sont peu nombreux dans le film, mais quand cela arrive, l'aspect graphique est toujours évident. Les japonais se croyant encore à la guerre, ils s'avèrent des guerriers redoutables y compris plus âgés.

Guerre

Toute la différence avec le passage où ils sont dans un village brûlé en temps de guerre avec affrontement inévitable. Des personnages conditionnés mais néanmoins brutaux, comme le montre la scène avec la femme abattue froidement après séquestration (Angeli Bayani). Le film s'avère également terrible dans ce passage où les soldats restants sont face à des gens leur demandant de se rendre car la guerre est finie. Discours qu'ils ne parviennent pas à comprendre, tout en volant des journaux et radio évoquant clairement le changement de situation. Comme des agents d'infiltration, ces soldats sont dans un monde où il faut un ordre officiel pour qu'ils arrêtent d'être dans un rôle et c'est exactement ce qui arrive avec Onoda et ses hommes. Leur échappatoire ne peut venir que de leur chef (Issei Ogata), rendant le périple de ces hommes aussi sinistre que dramatique.

Réel

D'autant qu'au fil du temps se présente aussi une routine, avec des lieux spécifiques typographiés et utilisés pour telle ou telle saison. Si le film se focalise sur des passages spécifiques (on ne peut pas se focaliser entièrement sur 29 années d'errements, même sur 2h47), Harari montre le temps qui passe avec des acteurs qui vieillissent à l'œil nu ou changent tout en ayant une ressemblance évidente avec les précédents. Et ce sans parfois préciser les années où se déroulent l'action. Le film peut également s'aider des prestations exemplaires de Yuya Endo, Kanji Tsuda, Yuya Matsuura et Tetsuya Chiba, parvenant à montrer toute la complexité de leurs personnages. Des gens qui ont appris à tuer, tout en restant profondément humains dans une situation extraordinaire et qui peuvent craquer à tout moment.

Plage

En résulte, un film superbe (cf la photo de Tom Harari, frère de) où la guerre est intérieure avec son lot de désenchantements, posant le constat terrible de ces abandonnés de la guerre.

  • Alerte rouge en Afrique noire (Nicolas Bedos)

oSS

Au vue du succès de Rio ne répond plus (plus de 2,5 millions d'entrées), un troisième OSS 117 avec Jean Dujardin était une évidence. Pourtant le premier tour de manivelle n'a été fait qu'en 2019 et sans Michel Hazanavicius à la réalisation. Le réalisateur des deux premiers films avait pourtant une idée pour une suite avec un OSS 117 plus vieux et bedonnant en Afrique. Le projet final se rapproche de cette idée, même si Jean Dujardin n'est pas maquillé en homme d'un certain âge, bien qu'on lui suggère plusieurs fois qu'il est d'un autre temps, âgé ou un peu trop vieux pour ces conneries (notamment dans une scène où le flingue est particulièrement long à la détente). Pourtant le projet n'avance pas, non seulement parce qu'Hazanavicius travaille désormais sur des films très éloignés de la comédie d'espionnage (The ArtistThe search ou Le redoutable), mais aussi car il n'a jamais eu le déclic (*).

Doigt

Les producteurs Eric et Nicolas Altmayer veulent à tout prix un nouvel OSS 117 et demande au co-scénariste Jean-François Halin d'écrire un premier jet tout seul. Hazanavicius n'apprécie pas du tout le scénario qui se rapproche beaucoup trop des premiers films. De même, il semblerait que les relations entre Dujardin et lui ne soient plus au beau fixe et finalement le réalisateur laisse sa place à Nicolas Bedos. Si Hazanavicius vient de l'école Nuls, Bedos se révèle beaucoup plus rentre-dedans et les scénarios de ses films ne sont pas son fort. Cela se confirme à nouveau ici, bien qu'ironiquement il ne soit pas crédité scénariste. Ainsi, certaines allusions sont trop insistantes au point d'être lourdingues. Toute une séquence montre Hubert Bonisseur de la Bath donner des fessées à ses collègues quand il leur dit bonjour. Si la scène veut bien montrer à quel point notre joyeux luron est toujours aussi macho, en revanche elle en devient pénible lorsque les plans fesses se cumulent jusqu'à plus soif.

Dujardin

Certains en auraient mis deux ou trois pour faire comprendre la chose, ici on est sur une dizaine et plus. Il en est de même pour Pierre Niney qui boit de l'eau ou de la fameuse séquence dites à la Renny Harlin certes très drôle, mais dont la fausse-attente est un peu trop étirée. Il y a donc à la fois des défauts d'écriture et de réalisation qui persistent, ce qui n'empêche pas de bonnes choses. Le générique délaisse le style classieux type James Bond avec Sean Connery pour un style plus pop digne des Bond de Roger Moore. Ce qui tombe bien, puisque cet OSS 117 se rapproche pas mal de ces films par le côté vieux du héros, le fait que ce soit souvent les autres qui fassent l'action plutôt que lui, les 80's sur fond de Guerre Froide et l'aspect un brin kitsch de cette période. D'ailleurs, la chanson From Africa with love interprétée par Indy Eka se révèle plutôt classe, à l'image de la musique signée Bedos et Anne-Sophie Versnaeyen. 

OSS 117 reste également un personnage génialement stupide, dont l'attitude déplorable est toujours source de jugement et non de sympathie. Homme du passé peut-être, mais toujours aussi misogyne, inculte, raciste même s'il fait des efforts pour ne pas se faire taper sur les doigts. Mal mais il essaye. Son attitude avec le groom (Ibrahim Koma) se retourne contre lui. Les africains s'amusent plus généralement de son racisme pour le faire arrêter ("c'est un quiproquos"), l'enlever ou parvenir à obtenir son aide dans leurs desseins (révolutionnaires ou dictatoriaux). Les films de Michel Hazanavicius se terminaient sur un happy end où le héros aussi imbécile soit-il arrivait à ses fins, à la fois en battant le méchant, mais aussi en parvenant à charmer sa complice. Ici c'est tout le contraire. Non seulement le sort de l'acolyte est d'une crudité affolante (c'était pas Flocon), mais la conclusion est un pied de nez délirant, déjouant les pronostics (même si cela est tempéré quelques minutes plus tard).

Fatou

C'est peut-être à ce niveau qu'Alerte rouge en Afrique noire se montre le plus mordant avec des gens pensant gagner alors qu'ils se font tourner en bourrique, le tout alimenté par un idiot du village allant toujours aussi loin dans l'indécence. Dujardin prouve qu'il tient toujours son personnage malgré l'absence d'Hazanavicius, s'amusant clairement avec 117 que ce soit en petit génie de l'informatique, en roi de la Renault ou en champion du rire gras. Pierre Niney fait du Pierre Niney, ce qui peut vite agacer (son sort n'en devient que plus génial). Fatou N'Diaye est convaincante en révolutionnaire ne savant pas se positionner sur le cas Hubert. L'ironie du sort veut que le second successeur de Claude Brosset soit également décédé depuis le tournage. Wladimir Yordanoff se révèle formidable dans son dernier tour de piste, succédant brillamment à Brosset et Pierre Bellemare.

Wladimir

Si Alerte rouge en Afrique noire est clairement moins bon que ses aînés, il n'en reste pas moins une comédie d'espionnage divertissante et ne démérite pas.

  • Le vélo de Ghislain Lambert (Philippe Harel, 2001)

Ghislain

Le film de Philippe Harel a eu une drôle de promotion. Une affiche ultra classique instaurant peut-être un contexte de comédie et une autre volontairement floue. Dans les deux cas, des affiches qui ne vendent pas bien le film, ce qui s'est confirmé dans les salles (617 105 entrées) et par la postérité de l'oeuvre quasi-nulle. Benoît Poelvoorde a beau avoir gagné en popularité avec Le Boulet (Berbérian, Forestier, 2002) et surtout Podium (Yann Moix, 2004), on cite rarement Le vélo de Ghislain Lambert comme un de ses meilleurs films ou rôles. Bien dommage au vue de sa performance et du film lui-même. Le vélo de Ghislain Lambert n'est pas une comédie contrairement à ce que suggère sa promotion ou son acteur principal souvent caricaturé comme comique de service.

Poelvoorde

C'est une chronique sportive dramatique où les rires peuvent survenir de certaines situations cocasses. Evidemment, il est amusant de voir Poelvoorde dopé partir comme une fusée, mais on sait déjà que cela va mal se finir (la piqûre c'est bien mignon, mais cela ne dure pas sur toute une course). C'est là où Harel se révèle pertinent dans son traitement. Certaines situations peuvent être drôles, mais elles se terminent systématiquement mal pour son personnage principal, au point que le spectateur ne rit plus du tout au bout d'un moment. Ghislain court, mais n'est pas un bon coureur. Il ne finira qu'une seule fois premier et encore, sous les critiques de ses concurrents. Quand il ira au Tour de France, les journalistes ennuyés par le triomphe d'Eddy Merckx en feront leur sujet de prédilection.

Journaliste

Il est le cycliste que l'on soutient car c'est un raté. Pour montrer qu'il est nul. Donc même quand Ghislain est sous le feu des projecteurs, ce n'est jamais en sa faveur. Ce qui rend son parcours assez tragique et triste. Harel se paye les médias racoleurs, le milieu du cyclisme (les magouilles et le dopage ne datent pas de Lance Armstrong), la famille (le frère de Ghislain joué par José Garcia est très loin d'être sympathique), mais ne se moque jamais de son héros. C'est un personnage sympathique qui n'a pas de chance et que Poelvoorde joue avec une certaine sobriété. En dehors du passage dopé et de son coup de folie, Poelvoorde ne part jamais dans ses excès habituels, ce qui rend sa prestation aussi surprenante que bienvenue. Le vélo de Ghislain Lambert est donc un film très intéressant qui mériterait certainement plus de visibilité.

Dopage

A la prochaine !


* Voir : https://www.lepoint.fr/pop-culture/oss-117-pourquoi-michel-hazanavicius-ne-repond-plus-23-05-2019-2314537_2920.php