Les Nuis du Bis rythment chaque mois le cinéma La Scala et la Cave de Borat y revient régulièrement au terme de cuvées bien senties. Votre cher Borat n'avait pu assister aux deux dernières au cours desquels furent projetés Panic sur Florida Beach de Joe Dante (1993), The wicker man de Robin Hardy (1973), Frankenstein de James Whale (1931), Psychose d'Alfred Hitchcock (1960) et La nuit des morts-vivants de George Romero (1968). A cause de la fatigue des fêtes de noël et du Festival de Gerardmer surtout. Avant d'évoquer l'édition du mois dernier, revenons en novembre 2015 dans les rues bouillantes de New York. (Attention spoilers) Etant donné que nous reviendrons sur l'ami Big John dans le cours de l'année, je n'évoquerai pas New York 1997 (1981) qui était le premier film projeté (tellement mieux au cinéma qu'en DVD). En revanche, c'est l'occasion de parler de The Warriors ou Les guerriers de la nuit de Walter Hill (1979). Votre cher Borat a pris connaissance de son existence en 2005, suite à son adaptation en jeu-vidéo par Rockstar. La jaquette identique à l'affiche du film avait titillé l'oeil de votre cher Borat et il s'était dit qu'un beau jour, il finirait par voir le film. Alors au cinéma, imaginez un peu sa joie.

The Warriors vs Snake Plissken 

Affiche réalisée par Grégory Lê.

A cette époque, Hill est connu pour le scénario de Guet apens (1972) non sans heurt (n'oublions pas que Sam Peckinpah pouvait piquer de sacrées colères, alcoolisé ou pas), réalisé The Driver (1978), permettant à Ryan O'Neal de sortir du rôle de Barry Lyndon et la même année que The Warriors s'implique sur Alien de Ridley Scott. Comme souvent chez Hill, on retrouve une belle flopée de gueules de porte-bonheur. Jugez plutôt: Michael Beck (dont c'est le seul film notable, en dehors de Megaforce et Xanadu que les amateurs de curiosités bis reconnaîtront facilement), James Remar (qui aura droit à une belle carrière de second-rôles notamment chez Coppola), Dorsey Wright (Hair de Milos Forman), Thomas G Waites (l'acteur de The Thing fut si désagréable qu'il n'est pas crédité!) ou encore David Patrick Kelly. Ce dernier est devenu une de mes trognes d'amour favorites depuis l'inimitable Commando de Mark L Lester (1985). Un peu comme Michael Wincott (qu'il a cotoyé sur The Crow d'Alex Proyas), Kelly s'est enfermé dans les rôles de méchant au point d'en devenir un cliché à lui tout seul. Que ce soit dans Twin Peaks (1990-1991), Dreamscape de Joseph Ruben (1984) ou 48 heures également réalisé par Walter Hill (1982). Toujours le rôle de l'enfoiré de première, où il joue merveilleusement d'un sourire vicieux inimitable.

The Warriors

Il finit les trois quarts du temps liquidé (souvent sauvagement), mais on s'amuse toujours bien avec lui (n'est-ce pas Schwarzy?). Alors évidemment quand on le voit dès les premières minutes de The Warriors, le flingue à la main, on pense évidemment qu'il va faire une saloperie dont il a le secret. On sait également que son passage à la casserole sera tout aussi jouissif pour le spectateur. Autant dire que l'on ne risque pas d'être déçu. Son crime? Avoir tuer le grand manitou des gangs de New York. Mais évidemment ce serait trop facile, alors il décide de faire accuser les fameux Warriors du titre. Walter Hill ne s'embête pas avec les présentations longues (même s'il était question d'une scène pré-générique avec le gourou, finalement jugé inutile), le générique y va franco. Crédits arrivant vers le spectateur dans les lignes du métro new-yorkais sur une musique pétaradante, les bandes défilent devant nous, tous ayant une singularité que l'on remarquera encore par la suite. Certains ont des battes de baseball comme accessoires, d'autres chassent en bus, quelques uns sont des sous-fifres, il y a même un gang de filles jouant de leur sexualité pour appâter le mâle ayant soif de sexe. Des gangs semblant sortir d'une bande-dessinée, élément totalement revendiqué par son réalisateur prenant forme jusque dans son affiche.

David Patrick Kelly

David Patrick Kelly, un enfant de salaud de cinéma comme on en fait plus.

En sachant que le réalisateur a même rajouté des vignettes dessinées dans un nouveau montage pour la sortie DVD du film, ce qui a pu gêné quelques fans (ce n'est pas cette version qui fut projetée et probablement tant mieux). Les fameux Warriors ne sont pas non plus des tendres, preuve en est le passage avec le gang de femmes où ils foncent tête baissée (naïfs? Non, ils veulent coucher), Remar arrêté en train d'essayer d'amadouer une policière ou Beck loin d'être sympathique avec Deborah Van Valkenburgh dans leurs dialogues. Si le film contient plusieurs bastons de qualité, il s'agit avant tout d'un survival où la menace est omniprésente, la peur de mourir pour nos héros étant inévitable. Certains finiront au poste, d'autres passeront à la casserole, la violence est omniprésente manquant de donner le coup de grâce à tout moment et par n'importe qui. Puis le fan de GTA IV (2008) s'amusera à reconnaître les décors, les développeurs de Rockstar ayant largement puiser dans les travaux effectués sur l'adaptation du film pour recréer Liberty City. Passons dorénavant à l'édition février 2016 sous le signe de l'au-delà. Déjà vu à la télévision, Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg (1973) gagne évidemment à être vu au cinéma de par la photographie signée par Roeg et Anthony B Richmond. Souvent consacré comme un chef d'oeuvre immanquable du cinéma, ce film peut dérouter par un rythme lent mais terriblement hypnotique.

Don't look now vs L'exorciste 2 

Le spectateur devra donc être attentif pour ne pas louper ne serait-ce qu'un plan furtif, le réalisateur s'amusant au montage. Régulièrement, le montage alterne avec rapidité plans longs et plans furtifs, ces derniers revenant sur des éléments particuliers qui gagneront en importance par la suite. Que ce soit cette diapositive lourde de sens, des visions improbables (comme Julie Christie apparaissant en Italie alors qu'elle est censée être en Angleterre), la voyante aveugle qui apparaît soudainement dans un plan... le tout dans une ambiance morbide où un tueur assassine des femmes. Tous ces éléments auront une signification en temps voulu, Roeg se chargeant de déstabiliser autant le spectateur que le personnage de Donald Sutherland. Le fantastique apparaît finalement peu tout le long du film, alignant ce genre de visions pour mieux perturber un personnage témoin pour le spectateur. Il prendra tout son sens dans un final tragique et percutant, où la diapo dévoile un élément improbable, où Donald Sutherland apprend que ses visions sont prémonitoires. Une sorte de médium sans se rendre pleinement compte de son pouvoir. Preuve en est l'ouverture. Il fonce vers l'étang alors que la diapo est traversée par une flaque rouge. Cet élément prémonitoire ne prend sens que dans son final, permettant un merveilleux coup de théâtre. En soi, certains spectateurs rattacheront Ne vous retournez pas à L'échelle de Jacob d'Adrian Lyne pour son voyage dans l'obscur, avec un personnage perdant pied.

Ne vous retournez pas

D'autant que le réalisateur joue de son décor, par les rues étroites de Venise, son eau omniprésente et ses hôtels interchangeables. Au delà de son voyage trouble où un manteau rouge n'est qu'une façade, Don't look now est aussi un magnifique film sur un couple traumatisé par le deuil. La douleur est évidente entre Julie Christie en venant au mysticisme pour aller mieux et Donald Sutherland sombrant dans l'alcool, tout en voyant une silhouette avec un manteau rouge comme celui de sa fille. Il n'est pas étonnant que ce soit lui qui a les visions, s'en voulant de ne pas avoir pu sauver sa fille à temps. Une scène d'ouverture glaçant le sang avec des plans au ralenti douloureux. La filiation entre Sutherland et le spectateur est telle que l'impact de la mort de la petite en est décuplé. Néanmoins, le couple s'aime malgré la douleur, preuve en est cette scène d'amour pure, n'ayant strictement rien de vulgaire (rapport à certains films voulant montrer du cul pour du cul, n'est-ce pas La vie d'Adèle?). Si Christie irradie la caméra, Sutherland trouve certainement son rôle le plus touchant, bien loin des Body Snatchers. Passons au second film de cette soirée. Avant même de voir le film, votre cher Borat en avait très peur en raison de sa réputation désastreuse. Coupé dans sa version européenne (version originale impossible à voir en Europe avant le DVD), déclenchant des émeutes dans les cinémas (certains cadres de la Warner ont failli y passer), reçu froidement par des spectateurs souvent hilares, L'exorciste 2 (1977) a de quoi effrayer sur le papier.

L'Exorciste 2 - l'hérétique : Affiche

D'autant plus quand William Friedkin, un temps envisagé (le fou est parti sur Sorcerer, un de ses plus grands chefs d'oeuvre, mais ayant foutu en l'air sa carrière par son flop retentissant), se fait un plaisir de dézinguer la suite de son classique. Il est d'autant plus improbable que L'exorciste 2 n'est pas réalisé par le premier tâcheron venu, comme c'est souvent le cas pour les suites de gros succès. John Boorman (qui a failli y rester, tombant malade durant plusieurs semaines) est quand même le réalisateur de très bons films comme Délivrance (1972) ou La forêt d'émeraude (1985). Au final, on comprend assez vite pourquoi le film est considéré comme une des pires suites de tous les temps (même si celle d'Hurlements bat des records). Le contexte de départ est pourtant tout sauf mauvais, traitant de l'après-exorcisme. Un élément peu évoqué au cinéma et qui peut toujours être intéressant pour ce qui est du refoulement ou le traumatisme que cela peut exercer sur la victime. La victime reste la même à savoir Regan (Linda Blair), suivant désormais une psychothérapie utilisant l'hypnose. A cela se rajoute le père Lamont (Richard Burton) choisi par le Vatican pour enquêter sur la mort du père Merrin (Max Von Sydow sur le retour). Passé la première séance d'hypnose plutôt efficace (d'autant plus quand on sait que l'hypnose était encore mal vu en corps psychiatrique), le film part malheureusement en cacahuètes, incapable d'utiliser à bon escient son concept initial.

Linda Blair

"Viens-là grand fou!"

Si la séquence des sauterelles est plutôt bien réalisé (réalisation quasiment irréprochable de Boorman), la plupart des scènes se situant en Afrique partent souvent dans le grand n'importe quoi, jusqu'à des gros plans sur une sauterelle porteuse de Pazuzu! De même, James Earl Jones en vient littéralement à sortir un guépard de sa bouche le temps d'un plan délirant. Par ailleurs, toute la salle a fini hilare sur la séquence dans le village africain, entre un autochtone répétant sans cesse "Kokumo? Je ne connais pas un certain kokumo dans ce village... Kokumo?" (dit comme cela ce n'est rien, mais imaginez-le dans le film) et des africains emmenant le père vers une prostituée! On pense aussi à cette petite fille mutique retrouvant subitement la parole par le miracle du Saint Esprit (où est-ce le terrible Pazuzu qui tire les ficelles?!), provoquant l'hilarité générale (n'oublions pas que nous sommes toujours dans une ambiance bon enfant). Le final enfonce le clou de manière fracassante, avec Burton se jetant sur la doublure de Linda Blair (elle refusait de tourner maquillée comme dans l'original), Kitty Winn (elle aussi sur le retour) brûlant on ne sait trop comment (le corps humain serait-il vecteur de feu?) et un plan final totalement incompréhensible. On ne comprend pas si Louise Fletcher (encore en milieu hôspitalier) est sous hypnose, si Burton et Blair sont morts ou vivants (vraisemblablement ce serait la seconde option), d'autant que l'arrière-plan est totalement improbable, semblant montrer une sorte de paradis.

Sauterelle 

Vous prendrez bien quelques plans de sauterelles?

L'exorciste 2 ne déclenche jamais l'effroi comme son aîné, au contraire d'entraîner le spectateur dans une confusion souvent totale, ne savant clairement pas où il va. Cela se confirme jusque dans l'interprétation de Burton, semblant se demander ce qu'il vient faire là, le tout enrobé d'alcool. Enfin, terminons cette cuvée sur les deux films qui feront la prochaine Nuit du bis prévue pour le 25 mars. Allez à la semaine prochaine!

Rambo

Les rats de Manhattan