Les Singes de César doivent faire face aux assauts d'un colonel militaire, engendrant des affrontements sans merci entre Hommes et Singes...

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Après deux opus de qualité, la trilogie reboot de La Planète des singes touche à sa fin. Pas la fin de la franchise en tant que telle (on connaît les studios pour exploiter un filon jusqu'à la corde et il y a toujours des possibilités), mais celle d'un cycle. Consciente que le succès de Dawn of the Planet of the apes (2014) n'était pas dû au hasard, la Fox fait revenir Matt Reeves à la réalisation et Mark Bomback le seconde à nouveau au scénario. Mieux, il est le premier réalisateur à avoir eu une certaine liberté créative depuis belle lurette sur la franchise, la plupart des réalisateurs ayant subi des pressions du studio ou des producteurs. Au lieu de deux ans comme initialement prévues, Reeves réussit à négocier une année de plus pour pouvoir écrire le film correctement avec Bomback avant de le tourner. En misant sur les Singes plutôt que les Hommes (dont un seul acteur ressort vraiment, un certain Woody Harrelson), la Fox prend un risque et limite un peu le budget en donnant un peu moins que pour Dawn... (150 contre 170). Visiblement pas un drame, le gros du budget allant aux CGI et à la performance-capture. War for the Planet of the apes (2017) ne semble pas fonctionné autant que prévu au box-office (à l'heure actuelle 314 millions de dollars de recettes totales), la faute à un été où les grosses sorties se sont chevauché sans que l'une d'entre elles ne sortent réellement du lot.

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En revanche, War... est certainement le meilleur blockbuster vu cet été, devant le Dunkerque de Christopher Nolan. Il n'est pas forcément supérieur à ses aînés comme il a été souvent dit depuis sa sortie. En revanche, il se trouve dans leur droite lignée de par ses thématiques et ce qu'il évoque. (attention spoilers) On peut même dire que c'est l'opus qui tend le plus vers la franchise initiale de par ses clins d'oeil et une thématique particulière. Pour ce qui est des premiers, César (Andy Serkis encore une fois monumental, avec un rôle gagnant d'autant plus en nuances) a nommé son second fils Cornélius comme le personnage de Roddy McDowall dans les trois premiers opus de la franchise (et père du César de la franchise initiale). Le second, plus majeur, est le nom donné à la petite fille accompagnant nos camarades singes dans leur croisade (Amiah Miller touchante au possible dans un rôle pas forcément facile pour une enfant). Là non plus le nom n'est pas donné au hasard puisqu'il s'agit de Nova, donné à la compagne de Taylor dans le film de Franklin J Schaffner (Linda Harrison). Rien ne dit que ce sont des ancêtres des personnages que nous connaissons, mais ces clins d'oeil permettent de voir à quel point Rupert Wyatt, Reeves et les scénaristes se sont réappropriés la franchise initiale pour créer leur propre mythologie. Cela se confirme d'autant plus que la petite Nova est muette. 

La Planète des Singes - Suprématie : Photo Woody Harrelson

Reeves et Bomback réadapte à leur manière un aspect présent dans le premier (et en soi le second) film de la franchise : le fait que les Hommes puissent perdre la parole au fil des siècles et revenir à quelque chose de plus primitif. Ici l'aspect est moins mystérieux et exploite toujours un peu plus les ravages du rétrovirus de Rise of the Planet of the apes (Wyatt, 2011). Si certains Hommes ont survécu au virus, ils n'ont finalement pas été immunisé. Ce n'est qu'un retardement : s'ils ne meurent pas, ils deviennent muets. Pour appuyer cette thématique, Reeves et Bomback font de Woody Harrelson un colonel militaire tuant le premier devenant muet. Le personnage est ainsi plus complexe que les personnages humains vus à travers la trilogie reboot, fort d'un développement de qualité. Contrairement au personnage de Gary Oldman dans Dawn..., le colonel a tué son propre fils devenu muet parce qu'il ne pouvait pas voir son enfant aller vers un état primitif. Il en fera de même avec ses soldats, se mettant à dos d'autres hommes. Contrairement à ce qu'on pourrait croire au premier abord, le colonel est finalement très seul isolé. Tout d'abord des Hommes qui ne partagent pas son point de vue et comptent bien le lui faire comprendre par les armes. Mais aussi des Singes, dont certains comme César souhaitent la mort du colonel. Un personnage de méchant fascinant permettant à Woody Harrelson une prestation de qualité. 

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Notons également que comme pour en rajouter une couche, certains singes ont rallié les Hommes devenant ainsi des "Donkeys" et autres noms d'oiseaux. Des serviteurs qui sans s'en rendre compte ne sont plus libres et ne sont que des bêtes envoyées à l'abattoir. Il ne serait d'ailleurs pas étonnant de faire un parallèle avec les soldats afro-américains envoyés au front les premiers. A partir de là, War... est alimenté par différents genres : le film de guerre, le western, le film de vengeance et le film d'évasion. Le tout sans jamais s'éparpiller. Le film de guerre est présent dès son ouverture foudroyante, alimentée par des faiseaux verts d'armes à feu et les armes des Singes transperçant les Hommes. Là encore, War... est un PG-13 mais il repousse souvent les limites du classement. La preuve dans cette ouverture véritable champ de bataille, mais aussi dans le grand climax où un gorille finira avec une balle dans la tête avec sang qui gicle. Alors est-ce parce que ce sont des singes que la MPAA s'est trouvée plus clémente ? On ne sait pas trop mais la scène choque. Idem pour un suicide filmé hors champ (et au combien significatif), des scènes de passage à tabac rudes ou des cadavres laissés dans la neige. A cela on peut également rajouté que les soldats ont généralement des choses écrites sur leurs casques, renvoyant directement à la Guerre du Vietnam et au film Full Metal Jacket plus particulièrement (Stanley Kubrick, 1987).

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Le western se couple avec le film de vengeance, puisque Reeves cite littéralement des films comme Josey Wales hors la loi (Clint Eastwood, 1976). Le destin de César est d'ailleurs identique à celui du personnage d'Eastwood, ivre de vengeance pour les mêmes raisons et ne trouvant dans la vengeance qu'un moyen d'expulser une tristesse insurmontable. César est omnubilé par la vengeance, au point que cela en devient perturbant. Personnage charismatique mais prônant toujours un certain pacifisme, César est non seulement son peuple et lui victime des dérives de Koba (Toby Kebell de retour pour de sinistres rêves), mais il en vient surtout à devenir comme lui, vouant au colonel une haine sans merci. La voix de la raison viendra de ses camarades Maurice (Karin Konoval particulièrement bouleversante encore et toujours), Rocket (Terry Notary) et Luca (Michael Adamthwaite) et des petits nouveaux Nova et Bad Apes (Steve Zahn heureusement là pour donner un peu d'humour à un film terrible). Sur le film d'évasion, Reeves se révèle moins à l'aise. Si les singes crucifiés (ou pas loin) sont un mémorable clin d'oeil au Spartacus de Kubrick (la saga ne s'est jamais privée d'y faire des clins d'oeil), on a bien du mal à croire à des singes s'évadant aussi facilement. Une égratignure dans une conclusion fracassante. (fin des spoilers)

La Planète des Singes - Suprématie : Photo Woody Harrelson

Un final en beauté pour le reboot de La Planète des singes.