En mai 1941, les troupes britanniques sont sur la plage de Dunkerque pour retourner en Angleterre. Ce film prend le point de vue de soldats, sauveteurs et aviateurs...

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Après le mémoire, l'insomnie, la magie, le super-héros et même le voyage intergalactique, Christopher Nolan se lance dans le film de guerre. Ce qui n'a rien d'étonnant pour ce fan de David Lean. Par rapport au saignant Hacksaw Ridge (Mel Gibson, 2016), Dunkerque (2017) est PG-13, soit le classement le plus prisé des studios hollywoodiens. Un problème sur un film de guerre ? Tout est une question de traitement et Christopher Nolan est familier du classement, puisque les trois quarts de sa filmographie sont composés de PG-13. Ce qui ne l'a pas empêché de montrer Batman face à des terroristes mettant Gotham City à feu et à sang; tout en proposant des films plus complexes sans perdre son public habituel. Il en est finalement de même pour Dunkerque. La violence n'est pas forcément graphique, mais elle est bel et bien là. Pas de gore, ni trop de sang, mais des explosions qui prennent des vies dans le champ, des cadavres amassés sur une plage, des soldats se noyant... La guerre est présente, sa folie destructrice aussi et Nolan n'a pas la même optique, ni le même rapport à la violence qu'un Mel Gibson ou même d'un Steven Spielberg sur ses deux films de guerre des 90's. En revanche, Nolan a un atout fort avec lui : le son. 

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Votre cher Borat ne sait pas s'il s'agit d'une volonté de pousser le son à fond pour ce film en particulier, mais en tous cas l'effet fonctionne à merveille. Dès les premières minutes, le film est assourdissant comme si on était sur place. Les balles sont infernales et viennent d'une menace hors champ. Vous ne verrez pas de nazis ou si peu dans Dunkerque, Nolan préférant justement une menace invisible à l'oeil nu pour rendre l'horreur d'autant plus flagrante. Ils sont présents par ces tirs, mais aussi par des avions aux bruits aussi particulièrement affreux à entendre. Une véritable immersion d'autant plus impressionnante dans des moments de calme plat. Dommage que la musique de Hans Zimmer se contente souvent de recycler sans envie certains des titres phares de son auteur (Journey to the line en tête). (attention spoilers) Au niveau du récit, Dunkerque a été assez mal promu au point de ne pas s'attendre à un film pareil. Il est d'autant plus ironique que Warner a produit un film au principe quasiment similaire avec une promotion plus directe et moins mystérieuse (l'effet Nolan dirons certains). Tout comme Cloud Atlas (Wachowski, Tykwer, 2012), le film de Christopher Nolan se dévoile à travers une intrigue sur plusieurs temps et différents types de personnages. Nolan fait également pareil en faisant s'entrechoquer les intrigues par le biais du montage.

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Comparé à Cloud Atlas, le film se concentre sur un même événement sur trois temporalités différentes. Le réalisateur précise suffisamment tôt au spectateur ses intentions pour ne pas le perdre. Une semaine pour les soldats sur la plage. Un jour pour les navigateurs venant les chercher. Une heure pour les aviateurs venant couvrir les deux. Un aspect compliqué au premier abord, mais qui prend sens au fur et à mesure que le film avance. Un ensemble expérimental qu'il est agréable de voir dans un blockbuster estival (même si Dunkerque fait partie des moins chers de l'année), qui plus est dans un genre pas forcément propice à cela. Pour chaque partie, Nolan met en scène un personnage en particulier autour duquel les autres gravitent. Dans la première on suit un jeune soldat incarné par Fionn Whitehead. On peut même dire objectivement qu'il est le rôle principal du film, puisqu'on le suit du début à la fin du film. Mark Rylance est le navigateur civil au centre de la deuxième partie. Quant à la troisième, elle est dominée par Tom Hardy accompagné de Jack Lowden. Sur les deux dernières, on ne peut que remercier Nolan de parler de personnages parfois oubliés des films de guerre. Que ce soit ces sauveteurs de la dernière chance ou ces aviateurs.

Dunkerque : Photo Tom Hardy

Globalement, il a été reproché deux choses en particulier à Nolan. D'un côté que les soldats étaient particulièrement lâches et ne pensaient qu'à partir. De l'autre que les Français étaient quasiment absents du film. Les soldats sont montrés par Nolan comme s'ils étaient dans un survival et ils ne combattent pas de tout le film. Ils ne font que survivre à un drame dont ils ne sont pas la cause. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que Nolan met en scène de jeunes soldats anglais encadrés par des soldats plus âgés ne savant plus quoi faire. De la même manière, Gibson (Aneurin Barnard avec un accent anglais pas possible, heureusement qu'il est mutique durant la plupart du film) n'est pas non plus lâche. Lui aussi essaye de survivre par tous les moyens dans un pays à la dérive. En parlant des Français, Nolan fait une fiction, pas un documentaire. Si les gens veulent voir le vrai rôle des Français dans les événements survenus à Dunkerque, il y a certainement de quoi voir ou lire ailleurs. D'autant que le réalisateur se focalise sur les Anglais. Il ne s'agit pas de les oublier, mais de raconter une histoire à travers l'Histoire. (fin des spoilers) Le casting est par ailleurs bien choisi, allant des jeunes recrus (étonnant Harry Styles) aux vieux briscards de Nolan (Cillian Murphy dans un rôle merveilleusement trouble, Tom Hardy charismatique alors qu'il est constamment en plan rapproché et masqué). 

Dunkerque : Photo Kenneth Branagh

Un film de guerre quasiment expérimental et usant d'un montage saisissant.