Au début du XXème siècle, Percy Fawcett part pour l'Amazonie pour cartographier le Brésil et la Bolivie. Ce qui devait être une simple expédition deviendra une obsession pour l'explorateur...

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James Gray est un miraculé d'une trempe exceptionnelle. On essaye toujours de le jeter par la porte, il revient toujours par la fenêtre. Hollywood n'en veut pas, le casse très souvent (The Yards est resté deux ans dans le placard des Weinstein et fut balancé à Cannes avec une fin classique), mais il revient curieusement toujours plus fort. Un brin masochiste, il ira à chaque fois à Cannes, se prenant des tonnes de bois verts à chaque projection, alors même que ses films sont de plus en plus bons. Gray semblait voir la lumière avec The Immigrant (2012). La critique américaine était plus clémente, intéressée alors qu'ironiquement, il s'agit de son film le plus fade. Alors il en profite et se permet peut être plus d'audace. Ainsi, ses deux films suivants iront vers l'aventure et la science-fiction (le projet Ad Astra avec Brad Pitt, Ruth Nagga, Donald Sutherland et Tommy Lee Jones qu'il s'apprête à tourner). De quoi le sortir des ruelles de New York, source de tous ses films depuis 1994. Avec The lost city of Z (2016), c'est le début du tunnel. Un projet de longue date lancé juste après Two Lovers (2008) et qui s'est effondré par deux fois. Brad Pitt devait incarner le rôle principal, ce ne sera finalement pas le cas puisque le film ne trouvera pas de financements solides. Comme souvent avec les projets qu'il quitte, l'acteur reste producteur avec sa société Plan B.

The Lost City of Z : Photo Robert Pattinson

Gray réalise The immigrant et relance le projet. Cette fois, c'est Benedict Cumberbatch qui part, souhaitant être au plus près de son épouse enceinte. Le projet sera finalement lancé avec Charlie Hunnam, acteur moins bankable mais qui attire les réalisateurs comme Guillermo del Toro ou Alfonso Cuaron. Le réalisateur peut également s'aider de la présence de Sienna Miller, Tom Holland et Robert Pattinson qui jouent respectivement la femme, le fils et l'explorateur Henry Costin. Avec ce film, Gray s'est aventuré dans la jungle, ce qui l'a amené à des difficultés de tournage évidentes dues aux maladies, à la faune et à la flore. Toutefois, pas de quoi rendre fou son équipe et lui à la différence de son idole Francis Ford Coppola ou de Werner Herzog. The lost city of Z n'est pas un film d'aventure à la Indiana Jones, où les scènes d'action s'enchaînent dans une optique de pur divertissement. Nous sommes plus proches du cinéma d'Herzog en plus accessible toutefois, voire peut être un équivalent à La forêt d'émeraude (John Boorman, 1985), film d'aventure où le personnage principal (feu Power Boothes) avait aussi un but bien précis. The lost city of Z est un film d'aventure où le réalisateur explore l'environnement et en fait l'objectif principal de son personnage principal. Une obsession même (à l'image du réalisateur pour enfin réaliser son film) puisqu'elle contamine le héros, mais également son fils par la suite. 

The Lost City of Z : Photo Angus Macfadyen, Charlie Hunnam, Edward Ashley, Robert Pattinson

Au fur et à mesure du film (et visiblement de la vie du principal intéressé), revenir sans cesse à l'aventure devient un moyen de survie pour Percy Fawcett. (attention spoilers) Gray a dû faire des concessions (Fawcett serait parti huit fois en Amazonie et non trois comme présenté dans le film), mais il retranscrit bien le fait que le voyage soit un éternel recommencement avec un aboutissement à chaque fois (aller toujours plus loin dans la découverte notamment). A chaque expédition, Fawcett se rapproche de son but mais il y a toujours un problème pour les deux premières. La nourriture notamment, mais aussi certains intervenants qui ne sont pas aussi fiables que prévu. Le périple est avant tout une expérience humaine et si les intervenants ne sont pas à la hauteur de la tâche, l'aventure devient alors plus compliquée. C'est ce que dévoile la seconde expédition qui n'a rien de la découverte pure que fut la première, entre dangers et curiosité. A partir de là, la soif d'aventure est contaminée par la faiblesse d'un explorateur, provoquant une forme de défaite pour Fawcett. Défaite accentuée par le début de la Ière Guerre Mondiale. L'occasion pour Gray de livrer en quelques minutes un sacré moment de film de guerre, le réalisateur réussissant pleinement à capter la Guerre des tranchées avec violence.

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Une sorte de pause guerrière qui permet de voir un héros vieillissant et voyant ses espoirs de trouver le sens de sa vie s'amenuiser. La troisième expédition sera celle de l'aboutissement, mais aussi d'une certaine manière une preuve d'amour. Le fils réussit à convaincre son père de repartir pour un dernier voyage. Gray n'hésite pas à montrer que les différentes expéditions ont changé considérablement une famille qui n'a cessé de s'agrandir. Une femme patiente et parvenant à se débrouiller seule à une époque difficile. Des enfants qui ne voient pas leur père et grandissent sans lui. Le fait que le fils veuille partager l'aventure de son père permet de renforcer leurs liens. La famille est toujours au centre du centre du cinéma de James Gray et il le confirme même en parcourant l'Amazonie. La photographie de Darius Khondjii est savoureuse, que ce soit pour les scènes en pleine jungle (le plan terminant l'expédition de Fawcett et servant pour une des affiches est monumental d'ampleur) ou les scènes en Europe plus grisâtres. Gray peut également compter sur un casting de qualité. Hunnam joue du yoyo pour la bonne cause, sa performance se montrant à travers son physique, mais aussi une certaine élégance. Pattinson confirme tous les espoirs vus depuis la franchise Twilight (2008-2012) et s'impose en compagnon de route apparaissant comme la voix de la raison. Un personnage qui a peut être su s'arrêter au bon moment. (fin des spoilers)

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam, Tom Holland

 James Gray revient de loin avec ce récit fascinant sur l'obsession et dévoile une aventure aussi ravissante que venimeuse.