La Cave de Borat continue l'odyssée dans les adaptations d'oeuvres de Stephen King. Que les coulrophobes (pour les deux du fond, ceux qui ont peur des clowns) se cachent les yeux, certaines photos en fin de cuvée pourraient leur faire mal au coeur ou les perturber. Concentrez vous sur l'écrit et tout se passera bien. (attention spoilers)

  • La part des ténèbres / Fenêtre secrète (Romero, Koepp, 1993-2004) : L'auteur se dédouble

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Stephen King a souvent fait dans la référence méta au cours de sa carrière. La mort de son chat a donné lieu à Simetierre (1983). Dreamcatcher (2001) a été rédigé en réaction à son accident survenu en 1999 et le roman y fait directement référence. King a écrit Le corps (1982) en pensant à un drame survenu durant son enfance (un de ses amis était passé sous une locomotive). Sans compter que la plupart de ses histoires se déroule dans le Maine, Etat des USA qui l'a vu naître et dans laquelle il vit. Parfois, il lui arrive de mettre en scène des écrivains, ce qui ironiquement est souvent déconseillé en littérature car cela fait fuir les lecteurs. King a toujours outrepassé cette règle avec pour preuve des oeuvres comme Shining (1977) et Misery (1987), mais aussi La part des ténèbres (1989) et Vue imprenable sur jardin secret (1990). A la différence que ces deux récits jouent sur le dédoublement de l'auteur. Le premier est adapté peu de temps après la publication du roman. Le déjà regretté George A Romero n'avait pas eu de chance avec Stephen King. En dehors de l'aventure Creepshow (1982), beaucoup de ses projets de collaborations se sont cassés la figure. Simetierre, Ça ou Le fléau ne s'étaient pas fait, à cause d'une production qui patinait (le premier) ou parce qu'ils finissaient sur le petit écran car trop ambitieux ou chers (les autres).

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Pour La part des ténèbres ce sera un peu différent, même si les conditions ne furent pas très bonnes non plus. Romero et Timothy Hutton auraient eu des différends au cours du tournage, au point que ce dernier (acteur principal du film rappelons-le) se serait volatilisé du plateau durant quelques jours. Romero avait regretté le final suite aux directives des producteurs. "La fin initiale était celle-ci : les oiseaux emportaient Stark [Hutton] dans le ciel. Mais ils ont pensé que s'il montait, c'est qu'il allait au paradis - le genre typique de sagesse hollywoodienne. Ils ont dit : 'S'ils le font monter, alors ils doivent d'abord le mettre en morceaux', ce qui n'avait jamais fait partie du plan original" *. Malgré les dires de Romero, le final serait assez fidèle au roman et fonctionne particulièrement bien, malgré quelques effets-spéciaux ayant pris du plomb dans l'aile (on me dit que ça fait rire les oiseaux). Outre cela, Romero a aussi dû faire face à la faillite du studio Orion, qui avait produit et distribué Robocop et ses suites (1987-93). Le tournage a beau se terminer en mars 1991, le film ne peut sortir à cause d'un studio dans l'incapacité de le distribuer (il arrivera pareil à la MGM dans les 2010's). La part des ténèbres attendra dans les cartons jusqu'en 1993. 

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Avec cette histoire, Stephen King parlait littéralement de lui à travers le pseudonyme qu'il a utilisé plus d'une fois. En effet, Thad Beaumont (Hutton) a écrit quelques livres sous son vrai nom, mais il est plus connu sous le pseudonyme George Stark qui accumule les romans de gare souvent très violents, avec le personnage fétiche Alexis Machine. Ce fut le cas aussi de King sous le pseudonyme de Richard Bachman. Parfois des romans qu'il avait écrit avant Carrie (1974) ou qui étaient plus radicaux. C'est le cas de Rage (1977), Marche ou crève (1979) ou Running man (1982). De la même manière, King avait utilisé une fausse photo et une biographie pour faire croire au subterfuge et avait fini par révéler son identité juste après la publication de La peau sur les os (1984)... tout en continuant de publier des romans en signant Bachman ! Ce même procédé est repris dans La part des ténèbres et mis en image par Romero. Le réalisateur va même plus loin en montrant Beaumont devant la tombe de Stark pour un shooting. Puisque nous sommes dans une fiction et qu'avec King c'est souvent l'occasion de partir vers le fantastique, l'aspect double va plus loin. Le réalisateur ne nous fait aucun mystère, nous présentant l'auteur jeune en train de se faire opérer en pleine tête dès les premières minutes. 

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Il est question d'un jumeau prématuré qui aurait commencé a croissance dans la tête du jeune garçon. Certes un aspect peu ragoûtant (et encore, Romero en montre juste assez), mais une scène qui permet de montrer que le double est bel et bien un être vivant et non une entité maléfique. Qui plus est un jumeau, permettant ainsi de justifier Hutton dans les deux rôles. D'un côté, le romancier à succès qui se cache derrière un pseudonyme. De l'autre, la plume de l'ombre refaisant surface et s'en prenant aux proches du romancier. Une double-performance de qualité pour l'acteur, d'autant que la VF s'avère malicieuse en lui donnant deux voix, permettant ainsi de différencier les deux rôles de manière subtile et d'entretenir pendant un temps le mystère. Quand Beaumont écrit avec son pseudonyme, il écrit toujours au crayon. Or, lorsque Stark prend vraiment vie, Beaumont écrit comme lui avec une écriture bien particulière. Stark n'est pas physiquement identique à Beaumont : il a une veste en cuir, les cheveux en arrière, des bottes, mais a un corps qui se désagrège. Quand Beaumont aura finit son dernier livre, il pourra partir ou tout du moins une question existentielle se pose au cours d'un passage du film.

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Une proche de Beaumont se demande si Stark ne pourrait pas prendre la place de Beaumont, voire le tuer définitivement. Une question qui devient un affrontement dans les dernières minutes avec les oiseaux pour juges définitif. Dans les derniers instants, Romero fait même une petite référence (volontaire ou non) à Misery, puisque Beaumont sauve ses enfants en frappant son double avec une machine à écrire comme Paul Sheldon pour se défendre d'Annie. Par son délire paranoïaque et saignant, La part des ténèbres démontre que George A Romero ne s'était pas consacré qu'aux zombies dans sa carrière. Avec Fenêtre secrète, adaptation de la nouvelle Vue imprenable sur jardin secret, le scénariste David Koepp n'en est ni à sa première adaptation (on lui doit notamment les deux premiers Jurassic Park), ni à sa première réalisation (il a signé Hypnose). Là aussi il est question de dédoublement. Le film comme la nouvelle étant du point de vue du héros (un auteur se voit accusé de plagiat), le spectateur peut alors penser que ce qu'il voit est vrai ou tout du moins, se passe comme on le voit à l'écran. Sauf que Koepp est un peu bloqué par une histoire au dénouement un brin évident et ce dès la première scène. 

Fenêtre secrète : Affiche David Koepp, Johnny Depp

En effet, la première scène est un brin trouble et le réalisateur opte pour exploiter les pensées de son héros (Johnny Depp en roue libre). Ces dernières sont assez directives et on peut penser assez rapidement que l'auteur a une double personnalité. Cocasse car il en a au moins trois. La personne qui l'accuse de plagiat (John Turturro) est en fait une de ses personnalités. Même si on ne s'en rend pas compte tout de suite, la solution paraît évidente, d'autant plus qu'en dehors d'un délire de persécution, il est difficile à croire que le plagié puisse tuer aussi facilement divers personnages du film. De même, on a bien du mal à croire que le personnage de Depp puisse écrire exactement la même chose que Turturro, sans que ce ne soit pas la même personne. Le film n'est pas aidé non plus par un rythme un brin mollasson, où il ne semble pas se passer grand chose. Toutefois, comme le suggère Johnny Depp au cours du film, "le meilleur est pour la fin". Cela se confirme puisque la conclusion permet un enchaînement de scènes de folie intéressantes. Le plan meurtrier du personnage prend sens. La première scène démontre le début de la folie du personnage, mais il aurait peut être mieux valu ne pas la montrer tout de suite pour éviter de trop vendre la mèche.

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L'auteur retrouve des forces dans des circonstances extrêmes, ce qui n'est pas sans rappeler Misery encore une fois, mais également Shining puisque Jack Torrance devenait notamment fou à cause de son manque d'inspiration. L'ex-femme du héros (Maria Bello) évoque que durant l'écriture du roman à l'origine du grief il buvait énormément. Ce qui n'est pas sans être un effet miroir des propres problèmes de King. La conclusion, à la fois macabre et violente, est elle aussi plutôt réussie, allant parfaitement dans le sens du climax. Dommage que le reste du film ne soit pas aussi convaincant que ses dernières minutes.

  • Carrie (Carson, Peirce, 2002-2013) : Deux réalisateurs à la poursuite de Brian De Palma

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Une couverture du roman.

Bien qu'il avait écrit divers romans et nouvelles (dont certains furent signés Richard Bachman par la suite, voir ci-dessus), Carrie est le premier roman de Stephen King à être publié en librairie. Il se dévoile par une forme particulière, puisqu'on retrouve des articles de journaux ou des études scientifiques sur le cas de Carrie White en plus de l'histoire centrale. Si le roman marche plutôt bien à sa publication, les chiffres de ventes explose avec l'adaptation de Brian de Palma (1976). Le film est un succès et Stephen King est désormais un nom à suivre, tant pour ses écrits que pour les adaptations de son oeuvre. Trois ans plus tard, c'est au tour de Salem (1975) d'être adapté par le regretté Tobe Hooper, cette fois-ci pour la télévision. Stanley Kubrick lance définitivement les adaptations de l'oeuvre de King avec Shining (1980), attirant divers cinéastes sur son chemin, aussi bien pour le cinéma que la télévision (John Carpenter, David Cronenberg, Frank Darabont, Rob Reiner, Mick Garris...). Avec le temps, certains romans et nouvelles finissent par être réadaptés. Shining reviendra pour une version plus raccord aux voeux de Stephen King (Mike Garris, 1997). Dead Zone est devenu une série télévisée (2002-2007).

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Même la nouvelle Poids lourds (1973) aura droit à une autre adaptation (Trucks de Chris Thomson, 1997), en plus du ratage qui sert de seule réalisation de King (Maximum overdrive, 1986). Carrie aura droit à une séquelle (Carrie 2 : La haine de Katt Shea, 1999), mais aussi à deux autres adaptations. Commençons par l'adaptation de 2002 signée David Carson. Elle a été réalisé pour la chaîne NBC qui désirait même produire une série télévisée par la suite, ce qui n'est évidemment jamais arrivé (et en soi heureusement). Si Carson est avant tout connu comme réalisateur d'épisodes (notamment pour la franchise Star Trek), son scénariste est un peu plus célèbre. Il s'agit de Bryan Fuller, créateur des séries Pushing daisies (2007-2009) et Hannibal (2013-2015). Une valeur sûre pour une adaptation qui vaut largement la peine. Look télévisé peut être, Carrie gagne par un aspect documentaire assez intéressant et on a souvent l'impression d'être au plus proche des personnages. Comme une sorte de reportage imaginaire dans la vie d'une élève et de son entourage. L'aspect télévisé a toutefois ses défauts. Le premier est qu'il faut apprécier les multiples coupures publicitaires, certes retirées en visionnage seul, mais dont les fondus au noir sont toujours là et souvent désagréables (parfois juste après une action).

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Le second est que certains effets-spéciaux (principalement des CGI) ont du mal à fonctionner. C'est le cas des multiples objets qui volent au cours du bal qui paraissent complètement faux. Le final s'avère différent du roman comme en atteste ce qui a été dit plus haut. Ainsi, Carrie (Angela Bettis) survit à l'histoire et se fait passer pour morte. Le plus étonnant reste le choix de faire de Sue Snell (Kandyse McClure) une amie de Carrie ou tout du moins une aide précieuse. C'est elle qui est interrogée les trois quarts du téléfilm par la police (ce qui revient un peu à la structure du roman, soit un récit entrecoupé d'autres sources) et c'est la seule à savoir que Carrie est en vie. Une relation pas loin de la bromance, à l'image du passage du rouge à lèvre et du final où les deux filles partent ensemble vers des aventures loin du chaos de Chamberlain. Une fin un brin opportuniste, mais qui donne une vision plutôt inattendue assez salutaire. Brian De Palma ne s'était pas focalisé sur certains aspects du roman, comme les météorites. Là aussi quelques effets-spéciaux pas grandioses, mais qui confirme que Carrie n'a pas acquis ses pouvoirs de télékinésie du jour au lendemain. Les pouvoirs de télékinésie de Carrie sont utilisés assez sobrement, se concentrant souvent sur son état mental avec par exemple des distorsions de l'image.

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La mort de la mère se rapproche de celle du roman, à savoir une crise cardiaque. De la même manière, la relation amour-haine qu'entretient madame White avec sa fille est plus présente et l'interprétation de Patricia Clarkson, souvent en douceur malgré le fanatisme, y est surement pour beaucoup. Quant à Angela Bettis, elle s'avère être un excellent choix. Certes, comme Sissy Spacek (32 ans en 1976), Bettis était déjà assez âgée lors de la diffusion du téléfilm (29 ans). Toutefois, elle réussit parfaitement à retranscrire la timidité du personnage. Si elle est magnifique dans les scènes du bal, elle se dévoile par une certaine fragilité et un tempérament qui la fait se différencier des autres. Une beauté qui sort des canons de l'époque représentée ici par Emilie de Ravin, alors loin d'arpenter l'île de Lost (2004-2010). En 2013, Kimberly Peirce (Boys don't cry) réalise une troisième adaptation, la seconde pour le cinéma. Dès le choix de la comédienne pour incarner Carrie, le projet a tendance à décontenancer. Chloe Moretz a certes l'âge du personnage au moment du tournage (seize ans à l'époque), mais se révèle peut être trop mignonne pour un tel rôle. On a du mal à croire qu'une fille aussi jolie puisse paraître aussi méprisée ou considérée comme bizarre.

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Ce qu'elle n'est jamais au cours du film. C'est une fille à la rigueur un peu mal dans sa peau et prenant conscience de sa puissance. Puissance télékinésique qui est surexploitée au point de n'amener aucune surprise. Dès lors que l'on sait que Carrie est capable de faire des trucs, on sait que le final sera inévitable, là où il restait un semblant d'espoir dans les deux précédentes versions. Surtout qu'ici, Carrie en fait des caisses, alignant les grands gestes, là où Spacek et Bettis se contentaient de quelques regards ciblés pour s'attaquer aux adolescents et aux adultes. Il ne s'agit d'ailleurs même plus d'une adolescente victime d'harcèlement s'attaquant à ceux qui lui ont fait du mal, mais d'une tueuse parfaitement consciente de ce qu'elle fait. Carrie (sous-titré "La vengeance" en France on ne sait trop pourquoi) se plante plusieurs épines dans le pied à force de vouloir faire dans le spectaculaire. C'est le cas des trop nombreuses scènes de télékinésie pré-bal, du bal lui-même et même de l'après. L'accident de Cris (Portia Doubleday) devient une sorte de scène d'action improbable, sans cesse repoussée à vouloir trop jouer avec les effets-spéciaux. Il en est de même pour l'affrontement entre Carrie et sa mère, devenant là aussi une scène d'action risible.

Carrie, la vengeance : Photo Chloë Grace Moretz

A ce propos, ne parlons même pas du dernier plan, sorte d'énième foutage de poire où la tombe de Carrie se craquelle avec un mauvais effet-spécial, avant que le générique ne débarque sur une mauvaise chanson pop-rock. Le cauchemar continue, puisque Carrie a beau avoir été annoncé comme une réadaptation, il se présente surtout comme un sacré remake du film de De Palma. Peirce ne se gène pas pour reprendre certaines scènes phares du film initial. La scène de la douche est quasiment montrée de la même manière, à la différence qu'aujourd'hui il y a des smartphones pour humilier encore plus. Le saut de sang devient l'occasion d'une scène un brin douteuse. Là où De Palma et Carson misaient sur le ralenti, Peirce fait dans la surenchère en montrant ce passage charnière sous différents angles. Comme s'il s'agissait d'une vulgaire cascade que l'on remontre inlassablement au spectateur. Autant dire que cela ne fonctionne jamais. De même, Peirce reprend la mort de madame White (Julianne Moore en roue libre) du film de De Palma. Carrie s'impose donc comme un remake qui voudrait faire croire à une réadaptation et est complètement boursouflé par des séquences à cgi de piètre qualité qui plus est (il faut voir Carrie qui vole). Il est lisse jusqu'au personnage de Sue Snell (Gabriella Wilde), personnage qui culpabilise sans cesse de ses actes et est sauvée par Carrie car... elle est enceinte.

Carrie, la vengeance : Photo Chloë Grace Moretz

Toujours dans la surenchère, Carrie essaye de faire dans le gore. Il est finalement plutôt vulgaire et raccord à la surenchère de beaucoup de films d'horreur de son époque. Il y a parfois des romans qui n'ont pas besoin de plusieurs adaptations. Si la version de 2002 est tout ce qu'il y a de plus louable, ce n'est clairement pas le cas de la version de 2013 heureusement oubliée. A l'heure où il ressort dans les salles, l'opus de De Palma confirme à quel point ce qu'il a montré en 1976 est universel et fonctionne toujours sur le public d'aujourd'hui. C'est à cela que l'on reconnaît les grands films.

  • Ça (Dee Wallace, Muschietti, 1990-2017) : L'horreur derrière un nez rouge

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Tim Curry a eu plusieurs rôles marquants dans sa carrière. Frank N Furter, l'impayable scientifique travesti de Transylvania. Darkness, créature diabolique pervertissant ce qui est pur. Puis évidemment Pennywise dans la première adaptation de Ça (1986). Un best-seller par excellence accouché en quatre années par Stephen King. George A Romero s'était à l'époque intéressé à ce pavé trouble se déroulant sur deux périodes bien distinctes (les 50's et les 80's), avec le même groupe de personnages face à un ennemi commun. Après avoir affronté Pennywise durant leur enfance, le Club des ratés reprenait alors les armes une fois ses membres adultes pour mettre un terme à ses méfaits définitivement. Une saga sur la perte de l'enfance et l'entrée dans le monde des adultes ambitieuse et pas sans risque. C'est finalement sans Romero, mais avec Tommy Lee Wallace (Halloween 3, Fright night 2) que le projet d'adaptation prend vie. Ce qui devait initialement être un film devient un téléfilm de trois heures pour la chaîne ABC. On retrouve Lawrence D Cohen au scénario, autre figure récurrente des adaptations d'oeuvres de Stephen King puisqu'il est le scénariste du Carrie de Brian de Palma, mais aussi par la suite des Tommyknockers (1993) et d'un épisode de l'anthologie Rêves et cauchemars (2006). 

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Toutefois, le scénariste n'est crédité que sur la première partie. Tommy Lee Wallace s'en explique : "Le scénario de Larry pour la seconde partie fonctionnait moins bien et nécessitait beaucoup de révisions pour être fidèle à l'histoire telle que le roman la racontait -ce qui explique la présence de mon nom en tant qu'auteur au générique de la seconde partie. Larry n'avait pas la possibilité de venir à Vancouver pour travailler avec moi sur l'écriture, donc en tant que réalisateur, je me suis tourné vers la solution la plus pratique et la plus abordable : m'engager moi-même ! J'étais à ma connaissance le seul scénariste professionnel qui soit disponible et qui ferait ce travail gratuitement !" (**). It a eu un impact fort lors de sa diffusion et reste encore aujourd'hui une adaptation parmi les plus connues autour de Stephen King. Il n'en reste pas moins que le téléfilm a pris un sacré coup de vieux et il bénéficie d'une réputation un peu trop énorme pour sa qualité globale. Chaîne network oblige, Lee Wallace et Cohen sont obligés de tailler dans le roman (d'autant plus que ce dernier est un véritable pavé réparti en deux opus pour sa publication poche en France) et ne peuvent évidemment pas tout montrer. Pour ce qui est des origines de Pennywise, elles sont assez sommaires, ce qui dans un sens n'est pas plus mal.

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Surtout pour évoquer une créature qui vient de l'Espace et est là depuis le XVIIIème siècle. Le fait d'aller à l'essentiel sur ce terrain n'est peut être pas plus mal (visiblement, Andrés Muschietti devrait davantage explorer cela dans la seconde partie de son adaptation cinéma). En revanche, il taille beaucoup dans le personnage de Beverly (Emily Perkins / Annette O'Toole). La cause ? Les abus que lui inflige son père (Frank C Turner). S'ils sont sous-entendus (notamment le passage de la ceinture), ils ne sont clairement pas exploités dans la première comme la seconde partie. On voit également un certain gouffre entre la première partie plus intime et revenant sur les héros enfants et la seconde. Les acteurs adultes sont globalement assez mauvais (au point d'espérer un casting de qualité pour la seconde partie de l'adaptation cinéma), en dehors peut être de Tim Reid un peu plus charismatique que ses acolytes. Tout le contraire des acteurs enfants qui ont été bien casté, à l'image de Seth Green encore loin d'arpenter les rues de Sunnydale. Lee Wallace rend en revanche bien compte d'un problème colossal évoqué dans le roman. Les adultes ne voient pas ce que voient leurs enfants. La ville de Derry est sous l'emprise de Pennywise depuis des siècles et les enfants devenus adultes ont eux aussi plus ou moins oublié. 

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L'innocence perdue symbolisée par un monstre. Ainsi, le Club des ratés se retrouve seul contre tous ou tout du moins face à une indifférence morbide. Même adultes, les membres peuvent constater à quel point Derry est devenue une ville fantôme. L'autre reproche que l'on peut donner à Ça est bien évidemment son final particulièrement raté. Si les effets-spéciaux ne sont pas toujours réussis, il faut aussi se remettre dans le contexte de l'époque et du fait qu'il s'agit d'un téléfilm. En revanche, le final est vraiment mal écrit et ne parlons même pas de l'apparence de Pennywise dans les dernières minutes. On peut aussi reprocher une réalisation particulièrement banale en général, à l'image de certains ralentis en plan subjectif ratés. En revanche, là où le réalisateur parvient à créer de véritables moments d'angoisse, c'est bien sûr avec Tim Curry. Son interprétation suscite d'emblée le malaise, l'effroi, à l'image du gif ci-dessus. L'acteur cabotine un peu, mais c'est dans sa nature et cela va parfaitement au rôle. Tim Curry est Pennywise et c'est aussi pour cela que le téléfilm est encore très connue de nos jours. La performance de l'acteur est telle qu'il est un peu difficile de la faire oublier. Ce qui nous amène à la nouvelle adaptation de Ça que votre cher Borat a pu voir en avant-première ce vendredi.

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Sa genèse n'a pas été de tout repos et pour cela il faut remonter à 2009. Comme évoqué dans Cuvée long live the King #1, Warner Bros a pas mal de droits de nouvelles ou romans de Stephen King dans ses tiroirs (dont certains ont été adapté depuis le Shining de Kubrick). "Le Fléau" multiplie les réalisateurs (Ben Affleck, Scott Cooper, Josh Boone) sans jamais se réaliser. Le studio s'est lancé dans une préquelle de Shining baptisée "The Overlook Hotel" que doit réaliser Mark Romanek (Photo Obsession). Mais cela fait depuis un moment que le projet ne donne plus signe de vie. Idem pour la séquelle de Shining, Doctor Sleep (adapté du roman du même nom signé King), que le studio va adapter avec le scénariste Akiva Goldsman (ce qui donne VACHEMENT envie), mais quand ? Ça aurait pu avoir un autre destin si les choses avaient été fait différemment. Pendant un moment, il a été question de ne faire qu'un seul film restricted de deux heures sous la plume de David Kajganich (Invasion). Puis Cary Fukunaga arrive en 2012. Le réalisateur est déjà connu pour les excellents Sin Nombre (2009) et Jane Eyre (2011), mais pas encore pour la première saison de True Detective (2014). Fukunaga change la donne en désirant réaliser un dyptique, restricted lui aussi. Will Poulter est même casté pour jouer Pennywise.

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Cela se complique malheureusement quand Warner fait basculer le projet chez sa filiale New Line. Ce qui est synonyme de budget plus petit, mais il y avait visiblement plus problématique selon Fukunaga. "Je voulais faire un film d'horreur différent. Cela ne rentrait pas dans [les critères de New Line] et ne cadrait pas avec leur politique de retour sur investissement, qui est de ne pas offenser le public de base des films de genre. Il n'y avait aucun problème avec le budget. C'est sur l'artistique que nous nous sommes battus. (...) Ils voulaient des archétypes et des jump scares. J'ai écrit le script, et ils m'ont demandé d'en faire une version plus conventionnelle et inoffensive." 3. Fukunaga et son scénariste Chase Palmer restent crédités au scénario de la version actuelle qui est chapeautée par Andrés Muschietti et sa soeur Barbara (Mama). Le réalisateur repasse sur le scénario afin qu'il lui corresponde et même si ce n'est pas encore très clair, il y aura au moins deux films. A la différence que la Warner et New Line ont attendu que le premier fonctionne au box-office (déjà 274 millions de dollars de recettes, ce qui est particulièrement spectaculaire) pour lancer une suite... Muschietti (tout comme Fukunaga) prend une direction différente du roman et même du téléfilm. 

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Ainsi, ce premier opus se concentre uniquement sur la partie où les personnages sont adolescents et il n'y a pas d'aller-retour entre passé et présent. Au passage, signalons qu'à l'heure qu'il est, le casting du Club des ratés adulte n'a toujours pas été fait et le scénario commence seulement à s'écrire, même si Muschietti a déjà des idées (comme les origines de Pennywise ou mixer cette fois-ci passé et présent). Au vue du succès du film, le réalisateur devrait avoir les mains libres (il parle d'un scénario potentiellement bouclé pour janvier 2018 et un tournage dès mars). L'autre aspect changeant est que l'intrigue ne se situe plus entre 1957 et 1985, mais entre 1988 et de nos jours. Une manière comme une autre de montrer que Muschietti ne veut pas faire forcément dans le copier-coller (et éviter l'influence du téléfilm) et parler d'une époque qu'il connaît bien. Rapidement, on constate à quel point ce choix n'a pas été envisagé dans un but nostalgique. Certains spectateurs avaient peur que Ça Chapitre Un finisse par devenir une resucée de la série Stranger Things (2016-). Ironiquement leurs créateurs les frères Duffer avaient voulu adapter Ça, mais se font fait remballer, ce qui les a amené à faire la série. Récemment, le magazine Première a fait une interview groupée où se trouvaient les Duffer et Muschietti.

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Ces derniers se sont alors permis de dire au réalisateur visiblement sans once d'humour "C'est étrange, oui, d'avoir situé l'action de Ça dans les années 80. Ça ressemble encore plus à Stranger Things du coup, non ?" (4). Ce à quoi le réalisateur a alors répondu que c'était un choix artistique et qu'il voulait explorer des peurs qui lui sont propres. Outre cela, la remarque des Duffer apparaît surtout comme une belle représentation de l'expression "l'hôpital qui se fout de la charité". Stranger Things est une série qui va chercher à droite et à gauche, aussi bien dans le cinéma de Steven Spielberg que dans l'oeuvre de Stephen King. Même si elle se veut originale, la série se présente avant tout comme un doudou nostalgique qui cherche à tout prix à vous montrer qu'elle se situe dans les 80's. Comment ? En alignant les titres 80's en espérant caresser le spectateur dans le sens du poil. Là où Ça Chapitre 1 ne va jamais. Oui, Bill (Jaeden Lieberher) a des affiches de Beetlejuice (Tim Burton, 1988) et Gremlins (Joe Dante, 1984) dans sa chambre, qui plus est des films produits par Warner. Oui, le cinéma de Derry arbore les titres de Batman (Burton, 1989), L'arme fatale 2 (Richard Donner, 1989) et L'enfant du cauchemar (Stephen Hopkins, 1989), des films Warner ou New Line aussi.

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis

Et ça en reste là. Ça Chapitre 1 ne s'engouffre pas dans la nostalgie, ces oeuvres citées peuvent être des repères temporels. Mais il ne s'agit pas de s'obliger à citer la culture des 80's de manière aussi grossière que la série suscitée. Les détracteurs de Stranger Things peuvent donc s'immiscer sans problème dans les ruelles sombres de Derry. En se focalisant sur les héros ados, Muschietti permet ainsi au spectateur de rester concentré sur un même point, encore plus s'ils n'ont pas lu le roman, ni vu le téléfilm (la surprise n'en sera que plus grande). Mais aussi de mieux se focaliser sur tous les personnages. Même si Ben (Jeremy Ray Taylor) a une situation familiale assez peu évoquée, les autres membres du Club sont assez bien représentés. Que ce soit les racines juives de Stanley (Wyatt Oleff), le deuil insurmontable de Bill face à des parents indifférents, la mort tragique des parents de Michael (élément qui semble avoir été rajouté, mais se révèle crédible), la mère possessive d'Eddie (Jack Dylan Grazer) et surtout les problèmes de Beverly (Sophia Lillis). Muschietti ne fait pas dans le trash, mais va là où Tommy Lee Wallace n'a pas pu aller. Il est clairement compris qu'elle est abusée par son père (Stephen Bogaert) qui en a fait "sa chérie". 

Ça : Photo

Le réalisateur suggère assez pour ne pas sombrer dans le vulgaire et vise juste. Comme les adolescents s'en prennent à elle, la faisant passer pour une "traînée". Quant à Richie (Finn Wolfhard particulièrement désopilant), comme le film se situe dans les 80's, il n'est plus question d'évoquer des films tels que I was a teenage werewolf (Gene Fowler Jr, 1957). Le réalisateur trouve une parade en faisant de lui un courlophobe, ce qui permet une certaine proximité avec certains spectateurs phobiques. Muschietti ne fait pas de concession avec eux et surtout pas au niveau de la violence (Stanley est défiguré, Ben se fait graver un H sur le ventre, Mike se fait tabasser parce qu'il est noir...). Le casting des adolescents est là aussi de qualité et celui des adultes a intérêt à être du même niveau (votre cher Borat espère Jessica Chastain dans le rôle de Beverly). La nouvelle incarnation de Pennywise était forcément attendue au tournant, surtout après la prestation de Tim Curry. Si Bill Skarsgard est une bonne relève (la scène avec Georgie est terrible et il arrive à insufler un certain malaise à chaque première apparition auprès des adolescents), il est parfois peu aidé par la réalisation qui essaye certaines figures de style peu concluantes, souvent liées aux nouvelles tendances du cinéma d'horreur hollywoodien.

 Ça : Photo Bill Skarsgård

Que ce soit tout un lot de jump scares peu convaincants (car très attendus), mais aussi une caméra qui tremble beaucoup une fois qu'il est en mouvement. Ce qui donne des plans qui ne sont pas dérangeants, juste laids. Tim Curry semblait avoir plus de marge autrefois, ce qui rendait ses scènes plus angoissantes. Dommage car la réalisation est plutôt pas mal dans son ensemble et fait clairement oublier le téléfilm. Reste aussi la musique totalement anecdotique de Benjamin Wallfisch, semblant juste là pour ponctuer certaines scènes et s'arrêtant inévitablement pour lancer un jump-scare. Muschietti n'est peut être pas assez clair au sujet de l'aveuglement des adultes de Derry. Il montre certaines évidences (la vieille dame qui ne voit et n'entend pas Georgie, les parents qui n'écoutent pas leurs enfants, le véhicule qui passe laissant Ben se faire agresser...), mais il reste clairement une part d'ombre. Il y a aussi une impression de ne pas avoir vu un tout, ce qui est largement compréhensible dans ce contexte de première partie. Il n'y a plus qu'à attendre 2018 ou 2019 pour voir si Andrés Muschietti réitère la réussite globale de ce Chapitre 1.

Allez à la prochaine!


* Propos issus de Mad Movies Hors série numéro 22 (décembre 2013).

** Propos issus de L'écran fantastique Hors série numéro 24 - Spécial saga Stephen King (septembre 2017).

3 Propos issus de Mad Movies numéro 299 (septembre 2016).

4 Propos issus de Première numéro 479 (septembre-octobre 2017).