Alors que la nouvelle Nuit du bis se profile, il était temps de repasser par Bis on Thionville ! Pour les retardataires, cette rubrique fait honneur aux Nuits du bis, ces soirées du cinéma la Scala avec deux films de science-fiction, fantastique, action ou horreur. La rubrique reprend le même principe avec deux films chroniqués qui ont été diffusé lors d'une même soirée ou pas. C'est le cas aujourd'hui, puisque votre cher Borat va parler de deux films diffusés lors de deux soirées différentes. Le premier est 3615 code Père Noël (René Manzor, 1990) diffusé le 26 décembre (programmé avec What we do in the shadows de Taika Waititi et Jemaine Clement *) ; le second From Beyond (Stuart Gordon, 1986) projeté le 27 octobre (avec L'armée des ténèbres de Sam Raimi *). Notre premier film est un thriller français à tendance huis clos. René Manzor n'est pas un inconnu, son vrai nom devrait même vous titiller l'intérêt : Lalanne. Hé oui, René est le frère de Francis et de Jean-Félix, deux zikos bien connus qui l'ont aidé sur ses films notamment pour leurs bandes-originales. Francis avait même signé un tube dont il a le secret pour le premier film de René, Le passage (1986).

3615 vs What we do in the shadows

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Mais si, vous vous souvenez très certainement de la chanson On se retrouvera, où Francis essayait de nous convaincre de briser l'anathème. En tous cas, certainement plus que du film lui-même, où Alain Delon dessinait des choses violentes pour la Mort afin de sortir son fils du coma. A l'époque, Le passage avait été un succès populaire avec près de 2 millions d'entrées (vous croyez que la chanson de Francis est aussi connue encore aujourd'hui par le miracle du saint-esprit ?), ce qui aurait pu faire perdurer la carrière de René Manzor en haut de l'échelle. Hé bien pas vraiment. Pas loin du film auto-produit avec les frangins encore là pour aider (Francis ne chante pas cette fois, il laisse ça à Bonnie Tyler), 3615 code Père Noël s'est planté en beauté, pas aidé par une combinaison de salles lamentable (on parle de 17 salles **). Si bien que le réalisateur aura bien du mal à retrouver des projets dignes de ce nom par la suite. 

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Sa troisième réalisation fut encore un film de genre, puisqu'il s'agissait d'Un amour de sorcière (1997), film confrontant le vilain sorcier Jean Reno aux gentilles sorcières Vanessa Paradis et feu Jeanne Moreau. Une commande pour le producteur Christian Fechner qui a très mal vieilli et ne s'avère pas bien passionnante (à l'image de Gil Bellows qui semble se demander ce qu'il fait là). Puis Dédales (2003), un thriller plus confidentiel où Sylvie Testud incarnait une tueuse schizophrène. Le réalisateur continue toutefois de réaliser à travers des séries télévisées françaises et même américaines, puisqu'il s'est occupé des épisodes des Aventures du jeune Indiana Jones (1992-96) se situant en France. Sans compter qu'il a aussi écrit des romans, histoire de ne pas avoir de problèmes avec ce qu'il faut faire au cinéma pour que ça marche (en gros, une comédie avec des stars dedans).

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Visuel issu d'une jaquette internationale.

Une belle édition avec remasterisation et interviews à l'appui. Quand on sait qu'une horreur comme Promenons nous dans les bois (Lionel Deplanque, 1999) est encore beaucoup trop diffusé sur le câble, on se dit qu'un film aussi sympathique que 3615 code Père Noël mérite une nouvelle visibilité digne de ce nom. Avant de commencer à parler vraiment du contenu du film, il est bon de dire que le film n'a rien à voir avec Douce nuit, sanglante nuit (Charles E Sellier Jr, 1984). Dans ce film qui a eu droit à un bon nombre de suites (quatre au total) et même à un remake, un type traumatisé par la mort de ses parents tués par un criminel déguisé en Père Noël faisait un carnage, lui aussi habillé en Père Noël. (Attention spoilers) Ici, le Père Noël est un homme un brin bizarre joué par le regretté Patrick Floersheim (doubleur de Kurt Russell et le violeur de Coup de tête). En effet, on nous le dévoile dès l'ouverture comme un type à part, pas loin d'un SDF, voulant jouer avec des enfants et arrivant trop tard. 

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Puis en tchatteur du minitel sur le 3615 code Père Noël (toute une époque), communiquant avec le héros du film avec des questions très ambigües du genre "où tu habite Thomas ?" (vu qu'il répond en tant que Père Noël, il devrait le savoir non ?). Puis le voilà en Père Noël pour un magasin, n'hésitant pas à balancer une torgnole à une gamine qui dit qu'il n'est pas le vrai Père Noël. On ne comprend pas trop où Manzor veut en venir avec le personnage. Est-il fou ou simplement un marginal qui tombe dans ses bas instincts ? Probablement un peu des deux, mais rien n'est clair comme ses intentions envers le gamin qu'il va traquer durant tout le film. S'il s'attaque à lui ce n'est pas tellement parce que la mère du gosse (Brigitte Fossey) l'a viré, il l'avait déjà contacté par le minitel. Il ne manquait plus que l'adresse. Donc à partir de là, on pense que le Père Noël va vouloir tuer le gosse vu la manière dont il dézingue le chien (scène merveilleusement glauque et bien réalisée).

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Mais en fait même pas, malgré les multiples occasions possibles. Il joue même avec le gosse dans une optique de cache-cache sanglant, ce qui vaut un retournement de situation un brin délirant. Floersheim réussit à être assez menaçant pour qu'on y croit et Manzor en fait même un personnage muet les trois quarts du film, à l'image de pas mal de tueurs de slashers. En dehors bien sûr de sa barbe et de ses cheveux teints à la bombe blanche qui le font passer pour un sosie de Charlton Heston dans Les dix commandements (Cecil B DeMille, 1956). Le gamin lui-même a une description un brin cocasse. Un gamin surdoué, fan de John Rambo et affublé d'un équipement de bourrin high-tech surréaliste. Si bien que l'on peine à croire qu'il n'a pas plus d'outils pour se défendre face à un Père Noël prêt à le dégommer au pied-de-biche ! Thomas est plutôt sympathique, si bien qu'il ne faut pas longtemps pour le trouver attachant. 

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Même son pépé qui ne voit rien aussi bien avec que sans lunettes (Louis Ducreux) apparaît comme une crème de grand-père. Il devient même un enjeu assez embarassant durant le climax. Le film réussit même parfaitement à montrer un gamin qui perd ses illusions. Le Père Noël, ce n'est plus ce que c'était et bien qu'il y croyait encore, cela semble devenir de moins en moins possible au fil du film. Thomas voulait voir le Papa Noël le 25 décembre, il a finalement vu l'horreur durant toute une nuit. Après cela, impossible de voir le 25 décembre comme un bon moment à passer, comme Phoebe Cates dans Gremlins (Joe Dante, 1984). Pour rappel, le petit est joué par Alain Lalanne, fils de René et déjà présent dans Le passage. S'il n'a pas percé en tant qu'acteur, le neveu de Francis a plutôt bien roulé sa bosse dans le monde des effets-spéciaux. Jugez plutôt : il est crédité sur Avatar (James Cameron, 2009), Gravity (Alfonso Cuaron, 2013) ou encore Edge of tomorrow (Doug Liman, 2014) en tant que producteur d'effets-visuels.

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Le problème du film est qu'il s'apparente souvent à un jeu de chat et de la souris entre un gamin intelligent en mode John McClane (une scène le montre même dehors sous la neige pour aller d'une pièce à l'autre) et un tueur étrange déguisé en icône des enfants. En dehors du chien, pas de meurtre saignant, ni de grosses attaques de l'un ou de l'autre. Sans compter quelques situations un brin embarassantes comme une infographie qui a pris un sale coup dans la figure, puis surtout Brigitte Fossey qui est sur la route durant tout le film alors qu'il suffit de quelques minutes à François Eric Gendron pour la rejoindre. A ceux qui voient un possible plagiat de Maman j'ai raté l'avion (Chris Columbus, 1990) en regardant le film de Manzor, ce dernier est non seulement sorti avant, mais surtout s'est produit bien avant. (fin des spoilers) Donc au final, 3615 code Père Noël est un thriller qui se regarde sans déplaisir, même si Manzor a parfois une manière de faire un brin troublante et certaines excentricités ne manqueront pas de titiller les zygomatiques des spectateurs. 

Army of darkness vs From beyond

Affiche réalisée par Grégory Lê.

En tous cas, un film audacieux et merveilleusement ofniesque dans le paysage français, d'autant que le film se veut volontairement populaire, cherchant aussi bien les passionnés de thriller et d'horreur que le public lambda. Changeons totalement de registre avec From Beyond. Stuart Gordon est un cinéaste à la filmographie particulièrement cocasse, capable de scénariser des grosses productions de majors (Chérie j'ai rétréci les gosses, Body Snatchers) comme de réaliser des bandes horrifiques riches en maquillages spéciaux malgré le manque de moyens. Avec From Beyond, il revient à HP Lovecraft après Re-animator (1985) et reprend Jeffrey Combs et Barbara Crampton au casting. Des rôles bien différents ici puisque si Combs joue toujours un scientifique, il se révèle être le contraire de son personnage de Re-animator, ne souhaitant pas réitérer une expérience qui a mal tourné.

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Quant à Crampton, elle joue ici une scientifique prude qui ne va pas le rester longtemps et doit découvrir si les événements racontés par Combs ont bien eu lieu de cette manière. Comme Re-animatorFrom Beyond est une adaptation libre d'une nouvelle de Lovecraft de sept pages. Comme l'évoque le producteur Brian Yuzna (également réalisateur de Society), "tout le récit originel tient dans son prologue. Le reste, nous l'avons inventé  !" (3).Avec la base d'un scientifique qui ouvre une dimension parallèle avec une machine stimulant la glande pinéale et se retrouve avec le meurtre de son patron sur le dos, Gordon peut alors s'amuser avec des scènes bien crades comme il faut. Sauf que le réalisateur ne va pas dans un délire d'horreur humoristique comme sur son précédent film. From Beyond est un film plus sérieux, violent et graphiquement fort. Les géniaux effets-spéciaux gérés par John Carl Buechler, Mark Shotstrom, John Naulin et Anthony Doublin ne sont pas sans rappeler ceux de Rob Bottin pour The Thing (John Carpenter, 1982) ou ceux de Chris Walas sur La Mouche (David Cronenberg, 1986). 

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Notamment avec sa créature difforme qui varie selon les scènes du film. D'autant plus fort au niveau graphique que From Beyond n'a pas les moyens des grosses productions Universal et Fox suscitées. Il s'agit d'un film qui a coûté environ 4 millions de dollars et a été tourné en Italie justement pour faire des économies (c'est Charles Band à la production, vous vous attendiez quoi ?). A partir de là, quand on voit la réussite des maquillages et autres effets-spéciaux du film, cela laisse pensif. Gordon rajoute à cela un aspect sexuel lié au scientifique qui servait de patron à Combs. (attention spoilers) En effet, ce dernier était un amateur de sado-masochisme dans la position de dominant, ce qui vaut des flashbacks qui feraient passer les scènes SM de 50 nuances de Grey (Sam Taylor Johnson, 2015) pour les Bisounours (comment ça c'est déjà le cas ?). Dès lors, une fois transformé de l'autre côté, sa perversion reste la même et il entraîne là-dedans la jolie psychiatre. 

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De prude, elle passe donc à amatrice de lingeries et de cuir selon les stimulations de sa glande. Un défi sexy mais jamais vulgaire que relève Barbara Crampton avec succès. Combs se révèle finalement plus en retrait, Gordon mettant plus l'accent sur Crampton. Toutefois, il se révèle très présent dans les dernières minutes en partie grâce à sa glande pinéale qui le rend meurtrier. Ce qui vaut des scènes pas si éloignées d'Elmer le remue-méninges (Frank Henenlotter, 1987) avec la glande qui pique pile poil au niveau du cerveau. On est plutôt content de revoir Ken Foree que vous avez certainement vu dans Zombie (George A Romero, 1978) et il a même droit à une mort bien dégueulasse comme il faut à l'image des maquillages du film. La fin se révèle merveilleusement nihiliste, reprenant en quelques sortes le plot de Lovecraft à nouveau, cette fois-ci avec un personnage dit rationnel au départ. (fin des spoilers) 

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From Beyond est donc un film d'horreur craspec et un brin coquin, confirmant le talent de Stuart Gordon. Au vue de la VF entendue, il est plutôt conseillé de voir le film en VO. Parce que Barbara Crampton avec une voix de femme de plus de quarante ans jouant comme dans un film érotique français, ça ne le fait pas trop. Allez à la prochaine ! 


 * Voir Taika Anthology et Cuvée hachée menu .

** Voir https://www.avoir-alire.com/36-15-code-pere-noel-la-critique-du-film

3 Propos issus de Mad Movies numéro 277 (septembre 2014).