Rey essaye tant bien que mal de remettre Luke Skywalker dans le droit chemin, alors que la Résistance est en pleine déroute...

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Affiche réalisée par Dan Mumford.

Comme votre cher Borat l'évoquait récemment dans sa critique de Rogue One (voir Sauver le rêve ), Lucasfilm a bien du mal avec certains réalisateurs engagés sur leurs films. Au point de leur montrer la porte au bout de plusieurs mois de tournage. Toutefois, il y en a bien un qui semble avoir été suffisamment tranquille, Rian Johnson. Le studio lui fait tellement confiance qu'avant même la sortie de The Last Jedi (2017), il lui a offert une trilogie totalement indépendante des précédentes (dont celle produite actuellement). Le seul problème que semble avoir eu le réalisateur de Looper fut la mort de Carrie Fisher survenue il y a un peu plus d'un an. Si ses scènes avaient déjà été tourné, il y a des chances que certaines choses ont été modifié en conséquence dans le scénario ou au montage. Puis cela change évidemment ce qui était peut-être envisagé dans l'Episode IX que réalisera JJ Abrams. Au vue de la solution envisagée par Johnson, on se dit qu'il aurait peut-être mieux valu d'aller vers une autre direction. (attention spoilers) C'est le premier film où Leia (Fisher) utilise pleinement la force, même si elle la ressentait dans L'Empire contre-attaque (Irwin Kershner, 1980) et The Force Awakens (Abrams, 2015).

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Daisy Ridley

 

Mais on aurait préféré que cela n'arrive pas dans une scène de ce type, encore moins avec des CGI qui rendent la chose ridicule. Dès lors, on se demande bien comment Abrams va devoir faire sans Fisher bien que son personnage existe toujours. Johnson a dit n'avoir pas voulu opter pour une doublure numérique comme cela avait été fait pour Peter Cushing dans Rogue One  (Gareth Edwards, 2016), mais que fera le réalisateur de Star Trek ? Wait and see comme on dit, mais vu comme c'est parti, cela sent la mention dans le carton déroulant en début de film. On avait quitté l'univers chronologique (donc celui de The Force Awakens) sur Luke et Rey (Mark Hamill et Daisy Ridley) et The Last Jedi revient directement sur cette scène, tout en donnant lieu à une pointe d'ironie. Beaucoup y ont vu un acte balourd, pourtant il montre que Luke n'est plus l'homme qu'il était à la fin du Retour du jedi (Richard Marquand, 1983). Il est devenu un être aigri, meurtri par le destin de son neveu et la destruction que cela a engendré. Si la perte de son fils avait remis Han Solo (Harrison Ford) sur le chemin de la contrebande, Luke y voit une déchéance, la preuve qu'il a fauté et est rempli de doutes. 

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo

Ce qui le renverrait presque vers le côté obscur. C'est donc un maître déchu que rencontre Rey, au contraire de Luke quand il a rencontré Yoda, jedi exilé mais toujours en pleine force de ses moyens. Comme avec Kylo Ren (Adam Driver), Luke pense que Rey va finir du côté obscur de par une relation psychique plutôt bien élaborée. Elle pense pouvoir remettre Ren dans le droit chemin, ce qui entraîne un chamboulement plutôt bienvenu, d'autant plus qu'il en termine avec un personnage finalement assez vide et peu exploité d'une manière forte. Au final, son exécution n'en est que plus bénéfique, Ren pouvant dès lors évoluer en tant que leader suprême du Premier Ordre. Ren s'impose finalement comme le méchant de la nouvelle trilogie, s'affranchissant de ses pères pour devenir ce qu'il est. On pouvait penser que l'enfant capricieux qu'il était dans le précédent volet deviendrait plus puissant sous l'impulsion de Snoke. Il devient finalement un personnage irrécupérable qui deviendra fort en faisant exalter sa rage intérieure. De plus, il s'affranchit également de son fameux masque, sortant de l'aura de son grand-père. 

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo

 

The Last Jedi apparaît comme l'heure du changement et c'est peut-être cela qui a fait peur à pas mal de fans. C'est le premier film de la franchise depuis longtemps (au moins depuis le film de Kirschner avouons-le) qui essaye de chambouler ce qui est préétabli. Bien que démontré par Lucas dans sa prélogie (1999-2005) par une théorie qui fait encore fumer certains fans, il était grand temps que la franchise revienne à des jedis n'ayant rien à voir avec la famille Skywalker et puisse permettre un nouveau départ pour la franchise. Rien de nouveau peut-être, mais essentiel pour relancer cette idée dans une franchise qui a besoin de renouveau dans sa mythologie. Johnson nous épargne donc le fait que Rey soit liée aux Skywalker et ce bien que le réalisateur brouille les pistes avec la connexion entre Ren et elle ou la filiation avec Han, puis Luke. Ce nouvel opus confirme toujours un peu plus la volonté du studio d'aller vers autre chose, quitte à sacrifier les têtes connues ou à les montrer un peu moins. C'est le cas de Chewbacca (Peter Mayhew) qui apparaît finalement très peu au cours du film. 

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Adam Driver

En revanche, outre Rey et Ren, Johnson met davantage en avant les nouveaux venus par des quêtes additionnelles. Si Rey a un rôle clé, Finn (John Boyega) et Poe Dameron (Oscar Isaac) auront leur quête commune, essayant de sauver la Résistance d'une manière ou d'une autre. Finn essaye de parasiter la défense du Nouvel Ordre, Poe de prendre la direction de la Résistance à ses risques et périls. Si la quête de Finn est moins forte et plus aventureuse (sans compter la rengaine avec Captain Phasma, personnage finalement très sous-exploité), celle de Poe va davantage dans la politique en confrontant deux méthodes de survie et en le mettant face à un nouveau personnage au point de vue différent. Là où Poe essaye de sauver le maximum de personnes en gardant le navire à flot, la vice-amirale Holdo (Laura Dern) aura plutôt tendance à se sacrifier pour la cause. Une course contre la montre pour la Résistance qui se retrouve dans une position légèrement différente de celle de L'Empire contre-attaque. Si elle est au pied du mur dans The Last Jedi, il lui reste toujours une once d'espoir à la fin du film, ce qui n'était pas le cas dans le film de Kirshner où elle se sauvait sans cesse d'une menace trop grande. 

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Laura Dern

Rian Johnson signe peut-être un film long, s'attardant parfois trop sur certaines péripéties (la partie dans les casinos est sympathique, mais parfois un peu trop longue par rapport à ce qu'elle apporte au film). Certains effets-spéciaux ne sont pas toujours à la hauteur, à l'image de ces créatures que chevauchent Finn et Rose (Kelly Marie Tran). Même un célèbre personnage apparaît étrangement, avant de se dévoiler sous des airs meilleurs, renvoyant à l'apparence qu'il avait dans la trilogie originale. Toutefois, le réalisateur ose suffisamment dans sa mise en scène ou durant les scènes d'action pour passer outre et s'avère plus ambitieux qu'Abrams qui se contentait de redonner des couleurs à un univers devenu trop numérique pour être honnête. La scène dans la fameuse chambre rouge fonctionne parfaitement et titille la rétine immédiatement, tout comme celle des miroirs n'ayant rien à voir avec ce qu'on a déjà vu dans la saga. Idem pour la scène où la flotte rebelle essaye par tous les moyens de dézinguer un destroyer, quitte à passer par un flot de victimes collatérales. Quant au combat final, il permet à Mark Hamill de sortir en beauté de la franchise qui lui a tant donné et annonce un Episode IX prometteur. (fin des spoilers)

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo

The Last Jedi a des défauts indéniables, mais aussi une ambition incroyable qui lui permet de se positionner au dessus de son aîné.