Un militaire ayant fait la connaissance d'un Predator se retrouve aux côtés d'une bande d'allumés dans un car. Sauf que quand le Predator s'évade d'un centre d'expérimentation, ils sont potentiellement les seuls à pouvoir l'arrêter...

The Predator

Vu que Predators (Nimrod Antal, 2010) a quand même bien marché malgré des retours globalement négatifs (127 millions de dollars de recettes pour 40 millions de budget), il fut un temps possible que ce dernier obtienne une suite. Toutefois, quand la Fox engage en 2014 Shane Black pour réaliser un nouveau film Predator, avec son ami Fred Dekker au scénario (Black avait scénarisé son film The Monster Squad et était apparu dans Robocop 3 que Dekker avait également réalisé), on ne parle plus d'une suite à Predators. Réalisé après The Nice guys (2016), The Predator (2018) a eu droit à ses petites polémiques, la première étant que sa date de sortie a été repoussé plusieurs fois. Il devait sortir en mars 2018, puis en août, avant que ce soit en septembre aux USA. Il semblerait que cela soit dû à des reshoots tournant autour du dernier acte, suite à des projections-test peu concluantes. 

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Comme si cela ne suffisait pas, l'actrice Olivia Munn s'est plainte à la Fox d'avoir tourner une scène avec un certain Steven Wilder Striegel, ami de Shane Black, sans savoir qui il était. En effet, le coco est fiché pour être un délinquant sexuel depuis au moins 2010. Après une polémique qui enflait alors que les critiques commençaient à dézinguer le film, Shane Black s'est alors excusé et la scène fut retirée du montage sur l'ordre de la Fox. Si aux USA le film bide avec 50 millions de dollars engendrés, on peut dire qu'à l'international le film se débrouille plutôt bien avec 100 millions de dollars de recettes. S'il a rapporté plus que Predators, il n'en reste pas moins que le budget de The Predator est un peu plus élevé (88 millions de dollars). Alors est-ce que The Predator mérite le petit lynchage qu'il subi depuis septembre ? Hé bien, pas vraiment.

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Comme on en parlait récemment (voir Cuvée prédatrice), la saga Predator (1987-) n'a jamais été très fine. Le premier (John McTiernan, 1987) était une série b qui lorgnait très fortement sur Commando (Mark L Lester, 1985) dans sa première partie (le sérieux poussif en plus), avant de faire dans le survival plus subtil. Quant au second (Stephen Hopkins, 1990), il se révélait un peu plus décomplexé en allant dans la direction du polar qui n'a pas peur de faire parler la poudre et de laisser pas mal de sang sur les murs. Dans un certain sens, reprocher à The Predator d'être dans le même registre que ses aînés est plutôt amusant, comme si le film de McT par exemple, souvent considéré comme un chef d'oeuvre par pas mal de cinéphiles, était irréprochable malgré ses qualités certaines.

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The Predator est comme ses aînés les plus fameux (on va donc éviter de citer l'opus produit par Robert Rodriguez comme les aventures du Predator avec les xénomorphes). (attention spoilers) Il a des défauts à l'image d'effets-spéciaux pas toujours réussis. Ainsi, certains plans avec le Super Predator piquent un peu vers la fin, dû certainement aux effets terminés en quatrième vitesse à cause des reshoots  tardifs. On pense également à la dernière scène du film qui a un élément plutôt kitsch à dévoiler, en plus d'un côté ouvert peu convaincant. Comme on peut un peu tiquer du délire avec les chiens Predator (d'autant que la scène bourrine principale avec est un peu étrange, les chiens étant peu en mouvement), notamment celui qui se met à suivre la scientifique jouée par Munn.

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Mais en même temps, l'intention est déjà plus amusante que les créatures que l'on voyait dans Predators qui apparaissaient moins de cinq minutes à tout casser. Puis la bébête est parfois utile par la suite. Certains spectateurs ont pointé du doigt le fait qu'Olivia Munn était nue par deux fois dans le film, accusant le film d'être sexiste. Sauf que Munn est nue dans une zone de quarantaine et la première fois que cela arrive, elle est avec le personnage de Jake Busey (qui prend la relève de son père Gary dans la même société secrète que l'on voyait dans Predator 2). La seconde fois, elle se retrouve ainsi car elle est dans l'impossibilité d'ouvrir la porte, étant dans la zone de quarantaine. De plus, sa position lui permet d'être épargnée par le Predator puisqu'elle n'est pas armée et n'est donc pas une menace pour lui.

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Bien que le film soit Restricted, Shane Black ne la filme pas d'une manière vulgaire, se contentant de filmer le haut du corps, cachant les parties les plus intimes de l'actrice. Il n'y a donc rien de vulgaire dans ces scènes, au contraire de la manière dont elle était filmée par Bryan Singer dans X Men Apocalypse (2016). Ensuite, il est bon de souligner que Munn incarne une véritable héroïne, sortant les armes le moment venu, se débrouillant souvent toute seule et protégeant à plusieurs reprises l'enfant incarné par Jacob Tremblay. La bande de zigotos menée par Boyd Holbrook (l'un des sbires mécaniques de Logan) est suffisamment bien caractérisée pour que cela passe. Ils n'ont pas des rôles fonctions comme on pouvait le reprocher aux personnages principaux de Predators et se dévoilent par leur grain de folie. Chacun a un vécu lié à la guerre qui lui permet d'exister. 

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Le duo Thomas Jane / Keegan Michael Key fonctionne parfaitement, là où Holbrook trouve un bon binôme avec Trevante Rhodes (le héros adulte de Moonlight). Même le personnage incarné par Sterling K Brown se révèle être d'un parfait cynisme, évoquant autant les magouilles du gouvernement que leur incompétence à protéger les citoyens... puisqu'il les fait liquider quand ça ne les arrange pas. Puis il y a Rory McKenna (Tremblay), le fils de Quinn (Holbrook), qui entre dans la longue série de rôles d'enfants écrits par Shane Black. Black a l'habitude de mettre au centre de ses scénarios un parent et son enfant, souvent dans des relations compliquées. C'était le cas de Danny Glover et Traci Wolfe dans L'arme fatale (Richard Donner, 1987) ; de Bruce Willis et Danielle Harris dans The last boyscout (Tony Scott, 1991) ; de Geena Davis et Yvonne Zima dans The long kiss goodnight (Renny Harlin, 1996) ; et de Ryan Gosling et Angourie Rice dans The Nice guys. Ici, Black fait de l'enfant un jeune autiste et le valorise systématiquement.

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Le final prend une tournure intéressante à partir du moment où son père comprend que le Super Predator veut se servir de son fils, car il symbolise l'évolution de l'Homme de par son intelligence et ses capacités à comprendre la technologie des Predators. Ce qui en fait une menace pour eux comme un atout qui peut les aider à évoluer toujours un peu plus. D'autant que le jeune acteur se révèle encore une fois particulièrement convaincant dans un rôle difficile (ce qui était déjà le cas de celui qu'il tenait dans Room). Plus amusant encore, Black et Dekker (oh !) suggèrent que si les Predators viennent de plus en plus sur notre belle planète, c'est tout simplement à cause du réchauffement climatique qui laisse peu de chances à nos créatures extraterrestres de continuer leurs petites chasses annuelles.

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Un aspect plutôt inattendu et bienvenu, même si cité un peu tardivement durant le métrage. Pour le reste, Black signe un film particulièrement bourrin et saignant pour notre plus grand plaisir. N'ayant plus une major le contraignant à ne pas faire dans la violence graphique, il peut alors faire exploser la pyrotechnie et le budget charcutage. Même si ces derniers sont souvent des cgi, plus que du liquide ou des maquillages. Au passage, on peut souligner cette scène aussi hilarante que gore où le Predator tue un escadron à l'arrière d'un camion, avant de répondre au chauffeur demandant si tout va bien avec une main d'un cadavre qui fait ok ! La preuve que The Predator se savoure comme une série b amusante, jouissive et finalement divertissante. Soit ce que l'on demandait d'un nouveau film de la franchise. (fin des spoilers)

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S'il a quelques casseroles, The Predator est un opus amusant, pas plus futé que ses aînés mais aussi généreux dans ses excès. 


 

Seconde critique :

Comme une évidence, voire une lapalissade. Durant la décennie 1980, John McTiernan exhumait le survival à l'ancienne en signant Predator (1987), un remake à la fois tribal et officieux de Les Chasses du Comte Zaroff (Ernest B. Schoedsack, 1934). Si le long-métrage de John McTiernan s'apparente à une relecture (très) personnelle de celui d'Ernest B. Schoedsack, cette oeuvre d'action et science-fictionnelle se pare également d'une introspection sur la nature indicible. Sur la forme comme sur le fond, le Predator ressemble à une créature anthropomorphe et invisible qui retrouve, le temps d'une chasse à l'homme, les réflexes archaïques de l'Homme de Pierre. 
Les predators et les êtres humains ne sont pas si différents. Pour vaincre cet extraterrestre belliqueux, Major Alan « Dutch » Schaefer (Arnold Schwarzenegger) devra faire montre de roublardise et affronter loyalement l'Alien en recourant à des armes et à des pièges archaïques.

Pas besoin de flingue, de bombe ni de mitrailleuses pétaradantes pour exterminer cet être venu d'ailleurs. Pour l'assaillir et le faire croupir, il faut revenir à la genèse de cet homme primitif qui domine arrogamment les firmaments de la chaîne alimentaire. Telle est la didactique reptilienne de Predator premier du nom. Succès commercial et pharaonique oblige, le premier film devait intrinsèquement se transmuter en une franchise mercantiliste. Hélas, ni Predator 2 (Stephen Hopkins, 1992), ni AVP : Alien Vs. Predator (Paul W.S. Anderson, 2004), ni Alien Vs. Predator : Requiem (Greg et Colin Strause, 2007), et ni Predators (Nimrod Antal, 2010) ne rééditeront avec cette rhétorique ancestrale ; celle déjà ânonnée par Ernest B. Schoedsack en son temps avec (encore une fois...) Les Chasses du Comte Zaroff
A l'origine, même John McTiernan n'avait donc rien inventé...

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Pis, depuis le premier film, la saga s'était durablement enlisée dans les fariboles et les billevesées. Dès Predator 2, Stephen Hopkins tombait allègrement dans la production absconse avec sa ribambelle de Portoricains anesthésiés par la cocaïne. Le diptyque formé par Alien Vs. Predator et Alien Vs. Predator : Requiem corroborait cet état de déréliction. Via Predators, Nimrod Antal avait justement pour vocation de raviver cette jubilation de naguère. Une chimère. Opportuniste, le cinéaste se contentait de mimer et de paraphraser benoîtement John McTiernan, métamorphosant son reboot (?), sa séquelle (?), son remake (?) en une fumisterie de pacotille. 
A juste titre, les fans désappointés commençaient à fulminer. Après John McTiernan, quel cinéaste était susceptible de ranimer cette flamme en sévère décrépitude ?

Pendant longtemps, Nimrod Antal et Robert Rodriguez édicteront leurs conditions rigoristes et évoqueront l'idée d'un Predators 2 heureusement putatif. Après de nombreuses tergiversations, les producteurs évinceront les deux comparses en déveine et opteront pour Shane Black pour réaliser The Predator en 2018. Le metteur en scène américain a tout d'abord débuté sa carrière cinématographique en tant que scénariste. C'est dans ce contexte qu'il griffonne les scénarii de L'Arme Fatale (Richard Donner, 1987), L'Arme Fatale 2 (Richard Donner, 1989), Le Dernier Samaritain (1991), Last Action Hero (John McTiernan, 1992) et Au revoir à jamais (1996). 
Vers le milieu des années 2000, il signe sa toute première réalisation avec Kiss Kiss Bang Bang (2005). Il enchaîne alors avec Iron Man 3 (2013) et The Nice Guys (2015).

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Pour le scénario de The Predator, Shane Black requiert la plume et l'érudition de Fred Dekker, un autre cacographe populaire à Hollywood, notamment pour avoir réalisé The Monster Squad (1987) et... hum... RoboCop 3The Predator est donc pensé, conçu et ratiociné comme la suite logique et intrinsèque de Predator et Predator 2. Les évènements de ce cinquième film font donc volontairement fi des inepties narrées dans Predators, Alien Vs. Predator et Alien Vs. Predator : Requiem. L'objectif de Shane Black est de réitérer les animosités et les belligérances sanguinolentes du tout premier volet. Certes, The Predator est menacé de réprobation et d'une classification "R - Restricted" aux Etats-Unis. Mais le cinéaste n'en a cure et déclare péremptoirement : "Le PG-13, c'est pour les mauviettes. Les colonnes vertébrales, ça saigne. Beaucoup" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Predator_(film,_2018). 

A fortiori, The Predator part donc sous les meilleurs auspices pour flagorner la populace. La distribution du film se compose de Boyd Holbrook, Olivia Munn, Trevante Rhodes, Sterling K. Brown, Thomas Jane, Jacob Tremblay, Keegan-Michael Key, Alfie Allen et Jake Busey. A l'origine, c'est Benicio del Toro qui devait incarner le rôle principal, celui de Quinn McKenna. Hélas, le comédien se désistera à la dernière minute. Quant aux critiques de The Predator, elles sont pour le moins dubitatives. D'un côté, certaines saillies rédhibitoires fustigent et gourmandent une production exsangue qui ne réédite aucunement les fulgurances du film de John McTiernan. 
De l'autre, certaines critiques un peu plus extatiques reconnaissent l'aspect régressif de ce blockbuster grimé en série B.

Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) Quinn McKenna, membre d'un commando des Forces Spéciales, est témoin du crash d'un vaisseau spatial lors d'une mission de sauvetage d’otages. Il est le seul survivant. Il découvre le casque et l'arme d'un Predator. Poursuivi, il décide de les envoyer par la poste à son domicile, où vit sa femme et son fils autiste, Rory. Ce dernier parvient à utiliser le masque et l'arme du Predator. Il active par ailleurs une balise qui permet à d'autres Predators de le localiser. 
De son côté, Quinn a été arrêté par de mystérieux mercenaires, aux ordres Will Traeger et pour le Projet Stargazer. Ce dernier fait par ailleurs appel au docteur Casey Bracket, une spécialiste des extraterrestres. Elle est accueillie dans un immense complexe dans lequel est conservé un Predator.

Quand à Quinn, il se retrouve dans un bus avec d'anciens soldats ayant commis de graves délits et dont la plupart souffrent de troubles psychologiques : « Nebraska » Williams, Baxley, Coyle, Lynch et Nettles. Quinn va rapidement comprendre qu'un autre Predator va s'en prendre à son fils pour récupérer un précieux objet. Avec ses compagnons d'infortune, il va tout faire pour le sauver tout en essayant de survivre aux Predators (1). A l'aune de ce synopsis, on se croirait devant un scénario scribouillé par un gosse de neuf ou dix ans (tout au plus). 
De facto, tout au long de sa durée académique d'une heure et 47 minutes de bobine, The Predator s'apparente à une sorte de fadaise filmique qui tente de marcher dans le sillage et le continuum du métrage de John McTiernan, l'espièglerie et le talent en moins.

Certes, contrairement à Alien Vs. Predator et à Alien Vs. Predator : Requiem, The Predator se montre beaucoup plus philanthrope en termes de saynètes d'action et de conflagrations ad nauseam. Certes, au moins, Shane Black n'est pas un bonimenteur et s'ébaudit de ces soldats en fanfare et massacrés par des aliens bellicistes. Certes, l'hémoglobine se déploie allègrement sur l'écran rougeoyant... Tout du moins via des CGI intrusifs et hélas un peu trop ostensibles... Un comble pour une production aussi dispendieuse... Finalement, The Predator signe les rémanences et les réminiscences des séries B d'action et de science-fiction des années 1980. 
Il ne manque plus qu'un Steven Seagal, qu'un Chuck Norris ou qu'un Jean-Claude Van Damme pour donner la réplique à un Boyd Holbrook en mode sardonique.

Au moins, le comédien euphorique a l'air de beaucoup s'amuser avec la complicité béate d'un casting de bras cassés. Dès lors, prière de fermer les mirettes et les esgourdes sur l'inanité et la vacuité de cette production invariablement stérile. Prière également de ne pas s'esclaffer devant ce gosse omniscient responsable à lui tout seul de l'arrivée inopinée de Predators courroucés. Une question se pose néanmoins en filigrane : pourquoi les gamins, dans ce genre de production putassière, sont-ils fatalement toujours nantis de troubles autistiques pour expliquer leur étonnante perspicacité ? 
A priori, ce repliement maladif semble être la source d'une sagacité hors du commun, au grand dam du spectateur médusé. En sus, Olivia Munn revêt les oripeaux d'une scientifique éminente (Mais enfin, qui peut y croire ?) et se métamorphose, sans fard, en une sorte de militaire effarouchée maniant la mitraillette avec une rare dextérité.

"Pas vraiment une gueule de porte-bonheur" s'écrie la scientifique... pardon... s'écrie la comédienne devant le visage hideux de l'extraterrestre dolichocéphale. Une telle tirade aurait pu également s'appliquer au film de Shane Black. Vient aussi s'agréger un humour potache qui finira de parachever cet impression d'inanité et d'assister à une pellicule étrangement atone. Autre tare et pas des moindres, des canidés extraterrestres nous rappellent les fondements ubuesques et crépitants de ce chapitre racoleur. A l'instar de Predators, The Predator réactive à son tour des canins féroces, obsolètes et nantis d'une coiffure hirsute, pour le plus grand désarroi du spectateur ulcéré... 
Vous l'avez donc compris. Pour éventuellement se délecter de The Predator, il faudra donc visionner ce blockbuster pour ce qu'il est, à savoir une production rustre et renouant avec les bisseries de naguère. C'est même la condition sine qua non pour affectionner ce genre de vilenie funambulesque. Pour les autres, merci d'omettre et de phagocyter les finauderies de Predator premier du nom au profit d'une pellicule au mieux indigente. Sur ce dernier point, les producteurs seraient suffisamment avisés de stopper le carnage dans les plus brefs délais ; ou alors sous la contrainte budgétaire et du capital, d'itérer impunément la même recette famélique. Sinon, c'est tout ? Oui... Hélas... c'est tout...

Alice In Oliver