Longtemps absente de ces colonnes, l'Antichambre de Borat fait son grand retour avec toujours ses trois films chroniqués dans des critiques plus courtes, mais tout aussi succulentes. Au menu cette semaine: un chirurgien amateur d'étranges choses; deux idiots en pleine Seconde Guerre Mondiale; et une plongée dans le cinéma français. Ready? Go! (Attention spoilers)


 

DSLà où le Marvel Cinematic Universe prend des risques sur Netflix (même si la série Iron Fist s'est révélée moins bonne que les précédentes séries), c'est un peu moins le cas sur ses films. Doctor Strange (Scott Derrickson, 2016) avait de quoi faire peur sur plusieurs aspects. 

Il s'agit d'une énième origin story pas si éloignée de celle d'Iron Man (le golden boy arrogant qui perd tout, l'humour pince sans rire et le cabotinage de Benedict Cumberbatch succédant à ceux de Robert Downey Jr). Un aspect récurrent du comic book movie qui aura tendance à peut être lasser le spectateur habitué.

L'autre problématique venait de son réalisateur, auteur du remake du Jour où la Terre s'arrêta (2008) qui reste encore en travers de la gorge de votre interlocuteur. Ensuite, ce film passe après le désastreux Captain America: Civil War (les frères Russo, 2016). Doctor Strange est pourtant une bonne surprise.

Sa mécanique est certes bien huilée (jusqu'au méchant peu convaincant incarné par un Mads Mikkelsen qui s'est encore perdu à Hollywood), mais il s'en dégage un charme incroyable. Peut être parce qu'on voit un peu plus de cinéma et moins d'aspect sérielle comme il est de coutume dans le MCU. Si l'on excepte la scène post-générique, l'ensemble est suffisamment cohérent pour être un véritable stand alone. Une qualité que l'on n'avait pas retrouver dans le MCU depuis au moins Ant Man (Peyton Reed, 2015).

On pouvait craindre par la bande-annonce un aspect visuel fortement inspiré d'Inception (Christopher Nolan, 2010) et en soi de Paprika (Satoshi Kon, 2006). Pourtant, le film en lui-même se détache complètement de cela. La preuve avec cette séquence de trip particulièrement jouissive et un régal sur grand écran. On voit que Derrickson veut exploiter les possibilités de l'univers qu'il développe, y compris dans un climax délirant et osé.

Ce qui fait aussi de Doctor Strange le film Marvel à la direction artistique et réalisation la plus travaillée depuis Les gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014). Au point de croire qu'il faut que le studio aborde des héros plus "visuels" pour avoir ce type de résultat. Avec de tels arguments, on peut donc attendre Captain Marvel tranquillement.


 

MaxLe Palmashow (David Marsais et Grégoire Ludig pour les intimes) a réussi à se faire une réputation sur le net et à la télévision depuis plusieurs années. Au point qu'il était facile d'anticiper un passage au cinéma sur les traces des Inconnus et des Nuls. 

Après des passages chez les copains, le Palmashow et leur réalisateur Jonathan Barré se lancent dans La folle histoire de Max et Léon (2016), comédie mettant en scène deux idiots essayant de survivre durant la Seconde Guerre Mondiale. Un pari risqué (une comédie en costume sur un sujet pas forcément poilant) qui s'est soldé par un petit succès assez mérité (plus d'1 million d'entrées).

Mérité car la proposition du trio en terme de comédie est un peu plus poussée que ce que propose le cinéma français ces derniers temps. Comme quoi pas besoin d'aller chercher des sujets polémiques (n'est-ce pas Romain Levy et Philippe de Chauveron ?) pour marquer un peu les esprits.

D'autant que l'on rigole plus d'une fois avec la bande du Palmashow (les habitués sont de retour jusqu'à l'ami Totof Lambert), alignant les gags cocasses (la propagande selon Monsieur Poulpe un régal), voire assez noires (le nom de la petite fille que l'on voit venir). A cela se rajoute une galerie de personnages plutôt plaisante à l'image du personnage de Julien Pestel, passant du militaire résistant à collabo de première une fois arrivé dans un camp!

Toutefois, cette odyssée française n'est pas sans défaut. Au contraire de La cité de la peur (Alain Berbérian, 1994), La folle histoire de Max et Léon n'a pas de réel fil conducteur, au point de souvent ressembler à une accumulation de gags. Un défaut qui tient malheureusement sur tout le film et ce malgré la qualité des gags et des dialogues. On préfèra La grande vadrouille (Gérard Oury, 1966) ou Papy fait de la résistance (Jean-Marie Poiré, 1983) sur le même sujet.

Mais ne boudons pas trop notre plaisir, d'autant qu'il s'agit d'un premier film. A l'heure où la comédie prime-time sponsorisée par nos chaînes désespère, voir un film comme celui-là fait quand même plaisir. Encouragements pour les soldats Barré, Marsais et Ludig.


 

BertrandEn 1995, Martin Scorsese était revenu sur les films italiens et américains qui l'avait inspiré à travers des documentaires passionnants. Après l'avoir dissuader de le faire, Bertrand Tavernier est parti lui aussi dans l'aventure du voyage à travers le cinéma en se focalisant sur la France. 

Premier opus de ce qu'il annonce comme une série de documentaires, Voyage à travers le cinéma français (2016) est la preuve aux détracteurs qu'un Cinéma français de qualité existe. Quitte à remonter parfois loin dans sa filmographie. Qu'il n'est pas la caricature que beaucoup évoquent en regardant ce qui se produit globalement aujourd'hui.

Il fut un temps où le Cinéma français n'avait pas peur d'innover et Tavernier compte bien le montrer aussi bien aux adultes qui l'ont parfois oublier qu'aux jeunes générations parfois perdues dans un saut de merde. Son discours n'est pas l'inévitable "c'était mieux avant".

Comme Marty, Tavernier évoque ses souvenirs de cinéphile, quitte à revenir sur son enfance. Il n'hésite pas non plus à aborder des films plus populaires (à l'image des séries B tournées par Eddie Constantine), au risque de froisser les plus élitistes. Tavernier revient avec passion sur divers artistes à travers plusieurs chapitres: les compositeurs oubliés à cause du peu d'enregistrements, Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin ou bien évidemment Jean Pierre Melville. 

Il revient également avec tendresse sur sa relation avec Claude Sautet, son premier critique en tant que réalisateur. On ressent l'amour du réalisateur pour les films qu'il aborde (mais aussi les salles de cinéma qu'il a visité au fil du temps), mais aussi un certain sens ludique, puisqu'il donne envie de s'attaquer à ce pan du cinéma. 

Il fait partager sa passion par le prisme d'extraits des films en question, au point que les 3h15 de documentaire s'avèrent intéressantes de bout en bout. Un voyage qui fait plaisir à suivre et dont on attend forcément le second volet.

A la prochaine!