La sortie du Secret de la potion magique (Clichy, Astier, 2018) est l'occasion pour la Cave de Borat d'évoquer longuement un véritable monument de la pop-culture française. Car s'il y en bien un chez nous, c'est Astérix. Embarquons donc vers une contrée en Armorique en 50 avant JC, une époque où un village gaulois résistait encore et toujours à l'envahisseur (j'en conviens qu'avec la voix du regretté Pierre Tchernia, cela passait mieux). Le personnage créé par le défunt René Goscinny et Albert Uderzo en 1959 s'est épanoui à travers une bande-dessinée toujours d'actualité qui a connu des hauts et des bas. Si tout n'était pas toujours rose sous l'ère Goscinny (il faudra quand même attendre le quatrième opus pour que la BD trouve son rythme de croisière, idem pour le style d'Uderzo), il n'en reste pas moins que jusqu'à Astérix chez les Belges (1979), on n'avait pas trop à se plaindre.

Uderzo Goscinny

Albert Uderzo et René Goscinny avec leurs bébés.

D'autant que la bande-dessinée faisait voyager nos personnages dans la Gaule occupée (l'occasion pour les petits comme les grands enfants de découvrir une époque de manière pédagogique, mais sans faire dans le cours d'histoire), les pays frontaliers et même parfois dans des contrées plus éloignées (coucou l'Amérique) pour plus d'aventures. Sans compter l'attachement global que l'on peut avoir pour les personnages et le dézingage que Goscinny pouvait opérer vis-à-vis d'eux, notamment leur côté naïf là où Astérix voit souvent venir le problème bien avant eux. Par la même occasion, Goscinny et Uderzo se permettaient également de jouer sur l'actualité, comme ce fut le cas avec l'évocation de Parly II dans Le Domaine des dieux (1971) ou la création d'Astérix et Cléopâtre (1963) en réaction au film Cléopâtre (Joseph L Mankiewicz, 1963).

Cléopâtre

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Non la ressemblance n'a rien d'étonnante, la couverture du tome est bien une parodie de l'affiche de Cléopâtre.

Durant 24 albums, le duo a réussi à passionner les Français, mais également les pays étrangers (la BD est traduite dans 111 langues) par des aventures drôles et intéressantes à suivre. Goscinny tire sa révérence en 1977, mais Uderzo continue l'histoire souvent pour notre plus grand malheur. Si les précédents tomes étaient souvent insignifiants mais pas forcément tous déshonorants, Le ciel lui tombe sur la tête (2005) fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. D'autant plus quand on se rappelle du battage médiatique de sa sortie, jouant sur le mystère total de l'histoire. Tout cela pour finalement se retrouver avec un récit qui mêle des extraterrestres (!) avec des vaisseaux faisant autant écho à celui de Sphère (Michael Crichton, 1987) qu'à Goldorak (Go Nagai, 1975-76), quand ce n'était pas pour mettre en scène un méchant qui ressemblait à un Chevalier du Zodiaque et une sorte de Superman.

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Une certaine vision du massacre que fut Le ciel lui tombe sur la tête.

Une catastrophe qui a continué avec l'anecdotique et fainéant L'anniversaire d'Astérix et Obélix - Le livre d'or (2009), avant qu'Uderzo ne passe la main à Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (si votre interlocuteur se base sur le seul Astérix chez les Pictes, c'est déjà un peu mieux). Malgré les couacs répétés depuis 1977, Astérix reste un des symboles indéboulonnables de la bande-dessinée française, mais pas que. En effet, à partir du téléfilm live-action Deux romains en Gaule (Tchernia, 1967), le petit gaulois va également devenir une vedette de cinéma par deux biais : l'animation, puis le live-action. Le film d'animation Astérix le gaulois (Ray Goossens, 1967) est l'adaptation du premier tome (1959). Cette aventure permet d'instaurer Roger Carel au doublage d'Astérix, chose qui continuera jusqu'au Domaine des dieux (Clichy, Astier, 2014).

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Une affiche merveilleusement mensongère comme l'atteste "un film de Goscinny et Uderzo".

Un film à l'image de l'album qu'il adapte, à savoir un opus bien pauvre en péripéties et pas loin du ratage. L'animation de Belvision n'est pas convaincante, semblant déjà vieillotte pour l'époque. Pire encore, Dargaud a produit le film sans faire appel aux auteurs originaux (contrairement au téléfilm précité où ils étaient scénaristes) qui n'ont que peu apprécié le film une fois vu. Les projets bien avancés envisagés par Dargaud (des adaptations de La serpe d'or et du Combat des chefs) ont été jeté aux oubliettes par le duo qui s'est alors chargé des deux films suivants, accompagné par Pierre Tchernia à l'écriture. Astérix et Cléopâtre (1968) et Les douze travaux d'Astérix (1976) sont encore aujourd'hui les adaptations animées les plus connues et appréciées de la bande-dessinée. 

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Astérix et Cléopâtre, un film où le lion de la reine égyptienne danse et chante.

Le premier est une excellente adaptation du sixième tome, tout en ajoutant des séquences musicales jubilatoires (quand l'appétit va, tout va...). On sent que les auteurs ont voulu s'amuser avec leur propre matériel et ils s'en sortent bien. Le second est une aventure originale qui aligne les scènes fortes en pagaille, allant du cuistot désemparé face à l'appétit d'Obélix au célèbre "laisser-passer à 38", monumental dézinguage de l'administration dans les grandes largeurs. Si toutes les scénettes ne sont pas forcément bonnes (vers la fin, on sent un petit essoufflement), cela est vite réparé par un climax totalement déjanté sous forme de bagarre générale dans le Colisée. Avec ce dernier film, Goscinny, Uderzo et George Dargaud ont créé le Studio Idéfix, leur permettant de rester sur Paris durant la production du film. 

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Une aventure qui malheureusement ne dura pas, puisqu'après la mort de Goscinny, le studio ferma ses portes en 1978. Il n'aura produit que deux films : Les douze travaux d'Astérix d'abord, puis La ballade des Dalton (Goscinny, Morris, 1978) d'après Lucky Luke, autre bande-dessinée scénarisée par Goscinny (1947-). Comme l'évoque le vidéaste Meeea dans une de ses vidéos (*), la réalisation du film suivant gérée par Gaumont fut assez chaotique. Devant être réalisé avant 1985 sous peine de perdre les droits, la production d'Astérix et la surprise de César a dû passer par différents réalisateurs. D'abord Ginger Gibbons qui finit par laisser sa place aux frères Brizzi qui travailleront par la suite pour Disney dans les studios de Paris (notamment sur Le trésor de la lampe perdue et Tarzan). Nous sommes alors en 1984 et le film en l'état était insortable car le scénario signé Tchernia était trop long. 

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Le film finira par sortir en décembre 1985 et se révèle plutôt sympathique, bien que le mélange d'Astérix légionnaire (1964) et Astérix gladiateur (1967) peine parfois à convaincre. Le final fait également un peu trop penser à celui des Douze travaux d'Astérix, puisque l'on se retrouve à nouveau au Colisée. Sans compter la chanson de Plastic Bertrand (mais était-ce lui qui chantait vraiment ?) qui reste dans la tête durablement après son écoute. On peut facilement préférer les films suivants Astérix chez les Bretons (Pino Van Lamsweerde, 1986) et Astérix et le coup du menhir (Philippe Grimond, 1989), le premier adaptant très bien le huitième tome (1965), là où le second fait un mix plutôt pas mal du Devin (1972) et du Combat des chefs (1966). Le coup du menhir est même assez surprenant, le film naviguant dans un pessimisme quasi-constant.

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Des romains asphixiés, voilà une vision bien étrange signée Le coup du menhir.

Astérix seul contre tous, Obélix qui s'en veut de l'accident qu'il a causé, le druide devenu fou et dont les héros n'arrivent pas à le remettre sur le chemin de la raison, les Romains asphixiés par la potion dégénérée du druide, un romain volant dans un élan purement mélancolique... On ne peut pas dire que Le coup du menhir transpire la joie et c'est curieusement ça qui le rend assez intéressant. Un ton dramatique que l'on ne retrouvera plus jamais au cinéma dans la franchise. Tout le contraire d'Astérix chez les Bretons, un film beaucoup plus rigolard à l'image du match de rugby où Obélix fait des merveilles. Bien que les précédents films ont été coproduit par des allemands, c'est dans les 90's que le premier et dernier film Astérix produit entièrement en Allemagne voit le jour.

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Astérix et les Indiens (Gerhard Hahn, 1994) laisse un goût amer, tant dans son animation parfois douteuse (comme ce mendiant à la poutre apparente heureusement gommée par la suite) que dans son récit à peine lié à La grande traversée (1975). Sans compter un final assez similaire au Coup du menhir et une amourette entre Obélix et une indienne dessinée de manière très sexy (rappelons que l'on est face à un film familial) alimentée par des chansons de Zouk Machine (ça ne s'invente pas). Astérix et les Indiens ne fonctionne pas bien au box-office français, ne rapportant qu'un peu plus d'1 million d'entrées là où les précédents films en rassemblaient entre 1,4 et 2,5 millions. D'autant plus triste que c'était la dernière fois que feu Pierre Tornade doublait Obélix. Pendant un temps, la machine animée d'Astérix s'arrête et se profile une alternative. 

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En effet, l'idée d'un film live-action germait depuis longtemps après des tentatives de Claude Lelouch ou de Louis de Funès à partir des 60's. Thomas Langmann, fils de feu Claude Berri commence à monter un projet d'adaptation dès 1992. Malgré des réticences, Claude Berri finit par produire le film et donne la réalisation à Claude Zidi (Banzaï, Les sous-doués), après avoir envisagé Jean-Marie Poiré alors qu'il venait de casser la baraque avec Les visiteurs (1993). D'abord pris par Les anges gardiens, puis par Les couloirs du temps (Poiré, 1995-98), Christian Clavier finit par rejoindre Gérard Depardieu dans la peau d'Astérix et Obélix et ce bien que Daniel Auteuil fut un temps courtisé pour jouer le petit gaulois. Astérix et Obélix contre César (1999) s'impose comme le film français le plus cher de l'époque (l'équivalent de 42 millions d'euros aujourd'hui) et réunit près de 9 millions d'entrées en France, plus 15 millions à l'étranger.

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Si le film est ambitieux et a un beau casting dans son ensemble (même si Roberto Benigni, bénéficiant d'une grande couverture médiatique suite au succès de La vie est belle, est absolument pénible), on ne peut pas dire qu'il soit mémorable. Si le film se présente comme original, il cite divers albums à droite et à gauche, allant du Devin à Astérix légionnaire, en passant par le premier tome où Panoramix est enlevé par les Romains. Ce qui tient plus de la citation inutile que de la réelle preuve de fidélité. Le film a également pris un sacré coup dans la figure quand il ne souffre pas d'un rythme saccadé, reposant sur des scénettes avant de vraiment aller vers une histoire au final peu intéressante et souvent ennuyeuse tant le film est tiré en longueur. Quant à la musique, il s'agit probablement d'un des plus beaux ratages de Jean-Jacques Goldman (oui vous avez bien lu).

Pas que ce soit totalement déshonorant, mais la bande-originale est peu intéressante, répétant souvent les mêmes motifs. Puis il y a évidemment la chanson Elle ne me voit pas qui n'est absolument pas dans le ton du film (on passe d'une scène de joie à une chanson absolument déprimante), même dans le générique de fin (c'est peut-être pour cela qu'elle figure là et pas durant le film). Astérix et Obélix contre César étant un succès, une suite ou tout du moins une autre adaptation paraît évidente. Claude Berri suggère à Alain Chabat (alors auréollé du succès de sa première réalisation Didier) de se lancer dans une adaptation d'Astérix. Cela tombe bien car Chabat est un grand amateur du neuvième art et se destine à une époque à une carrière de dessinateur de bandes-dessinées. Pas étonnant de le retrouver plus tard derrière une adaptation du Marsupilami (2012) ou à jouer dans le Valerian de Luc Besson (2017).

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Claude Berri et Alain Chabat sur le tournage d'Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002).

Si Chabat s'oriente dans un premier temps sur des albums comme Astérix gladiateur, Astérix légionnaire ou Le combat des chefs, Berri lui suggère de s'attaquer à Astérix et Cléopâtre, bien que le réalisateur a peur du budget colossal qu'il va devoir gérer. Ce qui se confirme au montant de l'addition : 50 millions d'euros de budget. Ce qui signifie décors faramineux à créer pour un tournage au Maroc notamment, costumes multiples pour un très grand nombre d'acteurs principaux ou figurants (les tenues de Monica Bellucci sont particulièrement soignées) et évidemment les cachets des acteurs. Clavier et Depardieu sont les seuls rescapés du film de Zidi, les regrettés Gottfried John et Claude Piéplu laissant les rôles de Jules César et Panoramix à Alain Chabat et feu Claude Rich. Une partie du casting est très représentative de l'esprit Nuls et plus généralement Canal + que représente Chabat à l'écran.

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Jamel Debbouze, la quasi-totalité des Robins des bois (il ne manque qu'Elise Larnicol), Chantal Lauby et Edouard Baer se retrouvent ainsi à des postes clés ou en guests. Au vue du budget, si le film se plantait, Chabat aurait eu du mal à rebondir par la suite (ce qui s'est confirmé par l'accueil désastreux de son film suivant, le raté RRRrrrr!!!). Mais contre-toute-attente, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre dépasse les chiffres du Zidi en France avec plus de 14 millions d'entrées (soit entre les 13 millions des Visiteurs et les 17 millions de La grande vadrouille) et en récolte 10 millions à l'étranger. La promotion du film avait davantage misé sur des affiches individuelles en plus de l'affiche générale jaune. Quant aux bandes-annonces, on a plus retenu le teaser avec les essais de Dominique Farrugia (absent du film) en Cléopâtre. 

Enfant, je préférais le film de 1999 notamment parce que je ne comprenais pas forcément les vannes très connotées pop culture de Chabat. En revanche, à partir de mon adolescence et en connaissance de cause, Mission Cléopâtre est devenu un véritable film culte pour moi tout comme La cité de la peur (Alain Berbérian, 1994). Contrairement à ce qui a souvent été dit, le film est très fidèle aux grandes lignes du sixième tome et l'adapte convenablement. Ce n'est pas parce que Chabat incorpore des références à la pop culture (chose que faisait parfois Goscinny de son temps) que l'histoire en est changée. Si Astérix et Obélix sont moins mis en avant pour davantage miser sur Numérobis (Debbouze), il n'en reste pas moins qu'ils ne font pas de la figuration et ont leur série de gags respectifs.

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D'autant que Clavier se révèle beaucoup moins excessif dans son interprétation par rapport au premier film, ce qui est plutôt agréable. Puis ce retrait était déjà présent dans la bande-dessinée. Certaines références sont très connotées 2002 (à l'image de l'utilisation d'Itinéris qui aujourd'hui peut paraître obsolète, à moins que l'on fasse allusion au manque de réseau), mais dans l'ensemble elles sont souvent hilarantes comme quand Dieudonnée balance un magnifique "Nul ne peut bafouer l'Empire Romain. Quand on l'attaque, l'Empire contre-attaque" avec un casque ressemblant fortement à celui de Dark Vador. La référence est calée au bon moment et ce n'est pas non plus un comique de répétition comme c'est malheureusement souvent le cas dans le cinéma français depuis. Le seul gag de répétition que l'on peut citer c'est Edouard Baer et ses très longs monologues.

Mais là aussi curieusement c'est drôle, surement à cause de l'acteur en question, mais également de la manière dont cela arrive. Le monologue n'est pas le gag même, c'est plutôt la longueur surréaliste du monologue qui en est un. Idem pour les guests qui sont appréciables mais pas envahissants au point de sortir du film (ils font davantage parties du décor). Ce qui sera malheureusement le cas dans les deux films live-action suivants et en particulier Astérix aux Jeux Olympiques (Langmann, Forestier, 2008) qui les a accumulé jusqu'à plus soif. Visuellement, Chabat en impose avec un production design fantastique et des effets-spéciaux encore exceptionnels aujourd'hui. Surtout quand on voit ceux de ses poursuivants ou d'autres productions françaises à effets-spéciaux. C'est probablement pour toutes ces raisons que Mission Cléopâtre reste le seul film live-action notable autour d'Astérix.

Pirates

Que serait une cuvée consacrée à Astérix sans citer les pirates ?

Mais aussi la plus notable des adaptations de bandes-dessinées franco-belge live-action en France, ce qui n'est pas très difficile il est vrai. Chabat fait mouche, mais Uderzo n'apprécie pas trop et visiblement il aurait depuis un droit de véto sur ce qui doit être fait au cinéma avec Astérix, plus peut-être qu'autrefois. C'est ainsi qu'il n'appréciera pas que Claude Berri lance sans son accord le projet "Astérix en Hispania" avec Gérard Jugnot à la mise en scène et la troupe du Splendid au casting, adapté du quatorzième tome (1969). En soutien à Jugnot et son projet avorté, Clavier laisse tomber le rôle d'Astérix (qu'il retrouvera uniquement pour le doublage du Secret de la potion magique) et à la place, la bande du Splendid fera le sinistre Les Bronzés 3 (Patrice Leconte, 2006). Thomas Langmann reprend les négociations avec Uderzo pour signer une adaptation du douzième tome, Astérix aux Jeux Olympiques  (1968).

JO

Là aussi avec un budget très conséquent de 78 millions d'euros, en coproduction avec l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne dans de grands décors et pas mal d'acteurs européens (la logique d'une coproduction avec des pays étrangers : l'engagement de stars locales). Rien qu'Alain Delon fut payé plus d'1 million d'euros et aurait pu toucher un peu plus si le film avait ramené 10 millions d'entrées. Ce qui tient du foutage de gueule quand on sait combien de temps il apparaît dans le film (moins de dix minutes). Le tournage s'éternise sur plusieurs mois, au point que Benoît Poelvoorde entre en dépression, pas aidé non plus par la mort de son ami Rémy Belvaux (co-réalisateur de C'est arrivé près de chez vous).

Poelvoorde Garcia

A cela rajoutez Monica Cruz créditée mais coupée au montage, ainsi que les problèmes de drogue de Langmann et une affaire d'escort-girls qui s'est réglé à l'amiable. De quoi donner des sueurs froides au co-réalisateur Frédéric Forestier (Le boulet). A ces divers problèmes se rajoutent des chiffres qui refroidissent tout le monde avec plus de 6 millions d'entrées en France et 9 millions à l'étranger. Une douche froide après les gros chiffres des films de Zidi et Chabat, à laquelle se rajoute l'accueil critique violent à raison. En plus des caméos lourdingues (les réalisateurs essayent de faire des références à la pop culture comme Chabat en mode cyniques qui croient savoir comment il faut faire), le film n'a pas grand chose à voir avec le tome choisi, s'embarquant dans une romance navrante. 

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Attention, un gaulois essaye d'exister à droite.

Astérix et Obélix ne sont que de vulgaires second-rôles (ne parlons même pas du pauvre Jean-Pierre Cassel en Panoramix), floués par Alafolix (Stéphane Rousseau), qui lui-même se fait voler la vedette par Brutus (Poelvoorde en roue libre, mais dans le pire des cas possibles). Clovis Cornillac voudrait bien exister en Astérix, mais à aucun moment il n'est mis en valeur et malheureusement Cornillac est peu convaincant également. On ne pariait pas grand chose sur Astérix aux Jeux Olympiques à sa sortie, c'était finalement pire en le voyant. Malgré l'échec commercial quasi-certain, Langmann renchérit et envisage une adaptation du Tour de Gaule d'Astérix (1963), avec Christophe Barratier (Les choristes) à la réalisation et le duo Olivier Nakache / Eric Toledano (réalisateurs de Nos jours heureux) au scénario. 

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Ce qui aurait amené un peu de fraîcheur salutaire, l'album n'ayant pas été adapté auparavant comme la source du précédent film. Peu de temps après, un autre projet entre en concurrence, celui de Fidélité autour d'Astérix chez les Bretons par le réalisateur Laurent Tirard (Le Petit Nicolas adapté de Goscinny). Langmann perdant les droits en 2010 sans avoir pu concrétiser son projet, il laisse sa place à Fidélité et Wild Bunch. Astérix et Obélix au service de Sa Majesté est budgété à 61 millions d'euros pour une sortie en octobre 2012 dans le format 3D. L'accueil est moins tranchant que pour le précédent film, mais le public ne suit pas. Près de 4 millions d'entrées en France, la même à l'étranger, autrement dit que cela pique beaucoup plus que les scores d'Astérix aux Jeux Olympiques. Si le film est moins déshonorant que le précédant, on navigue quand même dans le navet.

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Caméos inutiles (mais qu'est-ce que Jean Rochefort vient faire là ?), pas drôle (quand Edouard Baer faisait ses monologues chez Chabat c'était drôle, ici on a l'impression qu'il s'ennuie et notre Gégé national aussi), romances poussives, références mal amenées (revoir la scène de la falaise de 300 pompée au milimètre près, c'est peu amusant), Dany Boon fidèle à lui-même, costumes qui font kitsch et effets-spéciaux vieillots : voilà le menu de ce quatrième film live-action. Puis il y a ce rajout des Normands et de Goudurix (Vincent Lacoste) à l'intrigue, tous issus du neuvième tome (1966), n'amenant à rien. A une époque, il était question que Fabien Onteniente (soit le réalisateur de chef d'oeuvres de bon goût comme People ou Disco) s'attaque à Astérix en Corse (1973), mais heureusement pour nous cela semble abandonné.

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En revanche, depuis fin 2017 les producteurs Alain Attal (Gangsterdam), Yohan Baiada (Au nom du fils) et les éditions Albert René ont annoncé la production d'un film live-action avec Astérix... en Chine. Un film avec un scénario inédit puisqu'aucun album de la bande-dessinée ne se déroule en Chine. Cette orientation n'a rien d'étonnante vu que le but est de draguer le marché chinois particulièrement lucratif à l'heure actuelle pour les Américains. Reste à voir ce que va donner ce projet annoncé pour 2020 et qui depuis n'a plus fait parler de lui. Pendant ce temps dans le monde de l'animation, Roger Carel avait à nouveau doublé le petit gaulois dans Astérix et les Vikings (Fjeldmark, Moller, 2006), vaguement adapté d'Astérix et les Normands et de La grande traversée.

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Si le film marche mieux qu'Astérix et les Indiens (plus d'1,3 millions d'entrées en France et 2,6 millions à l'étranger), on ne peut pas dire qu'artistiquement cela soit tellement mieux. L'animation tient mieux la route, mais l'adaptation est surtout propice à un film d'aventure misant sur le personnage insipide de Goudurix. Et quoi de mieux qu'un personnage insipide doublé en plus par un acteur insupportable, aka Lorant Deutsch ? Astérix et les Normands n'est pas forcément l'opus le plus intéressant écrit par Goscinny, mais le film s'en détache tellement qu'il en devient ennuyeux. Puis comme si cela ne suffisait pas, des reprises de chansons se rajoutent et personne n'était prêt à entendre Amel Bent et M Pokora reprendrent du Survivor et du Kool and the gang. Vous en voulez encore ? Alors Céline Dion vous offre Tous les secrets.

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Perdu dans le monde des acteurs, Astérix finit par revenir animé en 2014 avec Le Domaine des dieux. L'annonce d'un nouveau film d'animation après deux gros ratés aurait pu ne pas rassurer. Sauf qu'à l'adaptation et à la réalisation on retrouve Alexandre Astier. S'il n'arrive pas à concrétiser la suite de la série Kaamelott (2005-2009) au cinéma, il compte bien mettre son emprunte sur le monde des Gaulois. Astier s'est associé à Louis Clichy, un animateur passé chez Pixar. D'abord prévu pour être réalisé chez Mac Guff, le projet migre chez Mikros quand Mac Guff est racheté par Illumination qui se retrouve avec un contrat d'exclusivité avec Universal. Si Illumination ne vous dit rien, il s'agit du studio derrière la franchise Moi, moche et méchant (2010-) et la dernière adaptation du Grinch (Cheney, Mosier, 2018). 

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Mikros Paris travaillera ensuite sur Sahara (Pierre Coré, 2017) ou Sherlock Gnomes (John Stevenson, 2018). C'est également l'occasion pour Astérix et ses camarades d'avoir un petit lifting, puisque ce film comme Le secret de la potion magique est réalisé en cgi avec un style assez cartoonesque. Ce qui rend très bien sur les personnages, même si les décors et les effets de fumée y perdent parfois (idem sur le film suivant). Mais ce serait bouder son plaisir tant Le Domaine des dieux confirme que l'univers d'Astérix avait besoin de gens comme Astier et Clichy pour revenir en force, qui plus est sous la forme qui lui a le plus réussi. Ici pas de cachets mirobolants d'acteurs à gérer, ni de décors faramineux et costumes multiples à créer, encore moins d'effets-spéciaux coûteux à mettre en scène. Tout passe par l'animation et le doublage.

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Ce n'est pas pour rien qu'Astérix a régné sur l'animation franco-belge durant au moins 21 ans. Même si on aura la désagréable surprise d'entendre Deutsch encore une fois dans un rôle principal (ici Anglaigus), tout comme Elie Semoun et sa voix exécrable. C'est aussi la dernière occasion d'entendre Roger Carel dans un de ses rôles phares, puisqu'il a depuis pris sa retraite. Si dans l'ensemble le film est assez fidèle au récit tout comme à l'esprit de l'album qu'il adapte (un des plus sarcastiques du duo), Astier se permet quelques disgressions. (attention spoilers) Ainsi, le couple de romains qui gagne au tirage au sort a ici un fils qui deviendra le jeune ami d'Obélix. Ce dernier se retrouve à avoir faim, ne pouvant plus se nourrir de sangliers, partis à cause de la construction du Domaine des dieux.

De la même manière, les Gaulois vont plus loin que de laisser les Romains faire leurs courses chez eux, puisqu'ils vont également habiter au Domaine des dieux, y compris Abraracourcix aux côtés d'Astérix, Obélix et Panoramix contre l'offensive romaine dans l'album. L'occasion de rajouter un peu de sarcasme avec des Gaulois qui "se romanisent" à en devenir ridicule (avec Sara perché ti amo en fond sonore, histoire d'en rajouter une couche), alors que leurs adversaires ne demandent que ça. (fin des spoilers) Ces rajouts auraient pu nuire à l'adaptation et pourtant ils permettent des scènes intéressantes et jouissives. Une réussite qui continue avec le film animé suivant qui est cette fois une aventure inédite, soit une première depuis Les douze travaux d'Astérix (les autres adaptant ou citant plusieurs tomes). (attention spoilers)

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Si Astier et Clichy avaient opté pour un générique très bien réalisé pour Le Domaine des dieux, ici on est dans un autre délire avec un effet clip plutôt amusant car étonnant, puisque le fond sonore est la chanson You Spin Me Round (Dead or Alive, 1985). Un titre qui servira également au délirant final qui malheureusement arrive après Batman Ninja (Junpei Mizusaki, 2018) qui a un climax similaire. Jugé plutôt : d'un côté, l'affrontement entre un druide géant comme antagoniste et un "cheval de Troie" formé de Romains dopés à la potion magique; de l'autre, la même chose avec un mecha dirigé par le Joker et un être géant constitué de singes et de chauves-souris.

Astérix - Le Secret de la Potion Magique : Photo

Ce n'est certainement pas voulu, mais les similitudes sont assez présentes. Ce qui n'empêche en rien ce climax d'être clairement jouissif et n'ayant pas peur de partir dans le cartoon pur. Cette aventure inédite réserve son lot de bons moments, à l'image de la relation qui se tisse entre Panoramix et la petite Pectine et qui sert plus ou moins de moteur au film. Christian Clavier reprend le rôle qu'il avait laissé en 2002 et s'en sort plutôt bien. Il reste dans le timbre de voix plus doux qu'il avait dans Mission Cléopâtre, ce qui est une bonne chose. Puis la quête d'un successeur à Panoramix est plutôt bien rythmée et assez intéressante pour tenir en haleine. La galerie de druides réserve là aussi son lot de gags, allant du récit raconté moult fois par Gérard Hernandez aux druides foireux que dégage Panoramix de sa liste. (fin des spoilers)

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Si une nouvelle adaptation d'Astérix côté live-action fait toujours un peu peur, l'animation risque encore de permettre de belles choses. A la prochaine ! 


* Voir https://www.youtube.com/watch?v=NEYevIFCySI