Baby a eu un accident lorsqu'il était jeune et a depuis des problèmes auditifs. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir le rythme dans la peau et de l'utiliser quand il conduit pour des braqueurs...

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Après sa douloureuse expérience avec Marvel (rappelons qu'il aurait dû réaliser Ant Man) et son clip pour Pharrell Williams (voir Cuvée clippesque), Edgar Wright ne revient pas chez Universal (bien qu'il a toujours l'appui de Working Title, derrière lui depuis Shaun of the dead), mais chez Sony. Prévu au départ pour mars, Baby Driver (2017) se retrouve finalement en plein été des blockbusters où les trois quarts risquent de se bouffer la gueule jusqu'à début août. Bien qu'il a un classement Restricted et une médiatisation moindre dans un champ de mine (il est sorti après Transformers The Last Knight et la même semaine que Moi, moche et méchant 3 aux USA), Baby Driver s'impose comme un beau succès d'estime aux USA (58 millions de dollars de recettes pour 34 dépensés). Reste à voir si le film intéressera autant à l'international, ce qui n'est pas forcément gagné (votre cher Borat a assisté à une avant-première avec une vingtaine de personnes à tout casser). Il n'en reste pas moins que le film est bien accueilli un peu partout et semble marquer les esprits assez facilement. Baby Driver est le billet de sortie pour Edgar Wright après avoir conclu sa "trilogie Cornetto" (2004-2013). Le moment de passer à autre chose, bien que Scott Pilgrim vs the world (2010) avait déjà été une pause entre deux opus de la trilogie. Toutefois, le réalisateur se révèle toujours un peu sous influence, ce qui se ressent énormément au niveau de l'écriture.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Eiza Gonzalez, Jon Bernthal, Jon Hamm

(Attention spoilers) A chacun de ses films, Wright a pris des références en rapport aux genres qu'il souhaitait aborder. Scott Pilgrim est un peu à part, puisqu'il est adapté d'un comic-book lui-même fortement influencé par le jeu-vidéo et de la pop-culture en général. Sur Shaun of the dead (2004), il s'inspirait de divers films de zombies. Dans Hot Fuzz (2007), il faisait des clins d'oeil à divers films d'action et policiers, L'arme fatale (Richard Fleischer, 1987) en tête. Dans le mélancolique The world's end (2013), il citait ouvertement la série des Body Snatchers (1956-2007). Avec Baby Driver, Wright fait un pur film de braquage, ce qui nous amène à un film en particulier: The Driver (Walter Hill, 1978). Le même qui avait largement inspiré Nicolas Winding Refn pour Drive (2011). L'approche de Wright est néanmoins différente. Il ne fait pas de son personnage principal (Ansel Elgort) un héros mutique comme le furent Ryan O'Neal et Ryan Gosling dans les films concernés. De même, Elgort se révèle bien moins monolithique que les deux concernés et joue beaucoup du caractère innocent de son personnage au point de rendre ses explosions de violence assez impressionnantes. A l'équation se rajoute une fille (Lily James affolante de mignonitude) et le réglement de compte final se déroule tout comme le film de Hill dans un endroit isolé (autrefois une sorte d'usine désaffectée, aujourd'hui un parking)

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Lily James

Dans The Driver, la fille (en l'occurrence Isabelle Adjani) était avant tout une voleuse accompagnant le conducteur. Tout comme Refn, Wright fait plutôt de la fille l'amour du héros avec une issue toutefois différente. De même, le film ne sort pas trop de certains sentiers battus du genre, avec une équipe de braqueurs (Jamie Foxx parfait salaud, Jon Hamm animal, Eiza Gonzalez, Jon Bernthal, Fléa et Lanny Joon), un chef de la logistique (Kevin Spacey terriblement classe), un chauffeur, un plan qui foire et tout dérape. Soit plus ou moins ce que propose Heat (Michael Mann, 1995) par exemple. Si la base de Baby Driver est particulièrement classique, Wright réussit son coup par plusieurs moyens. Baby est terriblement attachant et Wright épouse pleinement son point de vue. Victime d'un acouphène, le personnage compense cela par des signes, la lecture des lèvres et la musique qu'il a dans les oreilles avec le titre qui va pour chacune des situations. Wright va alors s'amuser à prendre des chansons choisies à l'avance pour pouvoir rythmer ses scènes grâce à elles. Quitte parfois à parasiter le sens même de la chanson. C'est le cas de Never, Never Gonna Give Ya Up (Barry White, 1973). Chanson au combien gourmande et croquante, elle aurait très bien pu symboliser les étreintes entre Baby et la jolie Deborah qui ressemble à un zèbre (zebra in english), mais Wright a toujours été assez prude et ce depuis la série Spaced (1999-2001).

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Eiza Gonzalez, Jamie Foxx, Jon Hamm

Non, il le fait pour un moment inattendu où le rencard devient un merveilleux traquenard. Quand on repense aux paroles, on peut alors voir un double-sens avec la scène, présentant deux hommes amoureux de deux femmes différentes et qui les suivront jusqu'à la mort. Le choix de la chanson n'en devient que plus logique quant aux agissements de ces deux personnages par amour. Brighton Rock (Queen, 1974) symbolise une passion commune, transformée ironiquement en menace dans une situation différente. La rencontre entre Deborah et Baby donne lieu à un quiproquos musical intéressant partagé entre les chansons de T-rex (1968) et de Beck (1999). Pour le reste, Radar Love (Golden Earrings, 1973) est parfaite pour une poursuite, quand Easy (1977) sonne comme un moment romantique avec la voix de Lionel Ritchie et mélancolique et touchant avec celle de Sky Ferreira. Sans compter Bellbottoms (Jon Spencer Blues Explosion, 1994) qui ouvre les hostilités en confrontant le spectateur à ce qu'il s'apprête à vivre durant 1h53. Mais le rythme de ces chansons ne serait rien sans une réalisation optimale (largement alimentée par la photo de Bill Pope) et un sens du montage bien mieux géré que pour les scènes de Hot fuzz (qui alignait beaucoup trop de plans cut). Ici, le réalisateur maîtrise mieux sa réalisation, confirmant les efforts entrepris sur ses deux derniers films, ce qui peut être un signe de maturité. Les poursuites sont lisibles, entraînante à l'image des sons qu'il utilise et le spectateur ne lâchera jamais prise durant ses scènes spécifiques jusqu'à la fin. (fin des spoilers)

Baby Driver perd en écriture ce qu'il gagne en richesse rythmique et dans une réalisation de qualité. Un mal pour un bien qui en fait un film terriblement divertissant.