La Cave de Borat s'apprête à partir dans un cycle pour le moins gargantuesque. Bien qu'il ne s'apprête pas à parler de tout (certains films ont déjà été abordé dans ces colonnes, d'autres ne valent pas la peine que l'on s'y attarde), votre cher Borat s'apprête à parler des adaptations de romans ou nouvelles de Stephen King, avec parfois quelques exceptions. La sortie de La Tour sombre (Nikolaj Arcel) et de Ça Chapitre Un (Andrés Muschietti) au cinéma; de Gerald's game (Mike Flanagan) et 1922 (Zak Hilditch) sur Netflix; et les diffusions de la réadaptation sérielle de The Mist et de l'adaptation de Mr Mercedes montre que Stephen King est toujours un auteur prisé du cinéma et de la télévision. Rares sont également les auteurs à avoir autant été adapté que lui de son vivant. Alors préparez vous pour un voyage qui s'annonce long et je l'espère, palpitant. (attention spoilers)

  • La Tour sombre (Nikolaj Arcel, 2017) : Une longue traversée du désert

La tour sombre

Le Pistolero par Drew Struzan pour l'adaptation de The Mist (Frank Darabont, 2007). 

La Tour sombre est une série de romans publiés entre 1978 (année de parution de la première nouvelle de King sur l'univers) et 2012. Huit romans dont le dernier (La Clé des vents) se situe entre Magie et cristal (tome 4, 1997) et Les Loups de la Calla (tome 5, 2003). Certains lecteurs ont même eu peur de ne jamais voir la saga se finir un jour, suite à l'accident qu'a eu Stephen King en 1999 (il a été percuté par la voiture d'un conducteur distrait). Rétabli, l'auteur a voulu à tout prix terminer le cycle. La Tour sombre met en scène deux ennemis. D'un côté, Roland Deschain est le dernier pistolero et il recherche la Tour Sombre qui régit l'univers. De l'autre, l'Homme en noir Randall Flagg qui veut la détruire pour déchaîner les ténèbres sur les mondes, en bon suppôt du Roi Cramoisi lui-même emprisonné dans la Tour. L'Entre-deux-mondes a divers portails amenant à différents mondes (dont la Terre telle que nous la connaissons). Roland a un groupe nommé le Ka-Tet composé de trois new-yorkais de différentes époques : Jake Chambers venant des 70's; Eddie Dean ancien héroïnomane des 80's (King en est ironiquement un) ; et Susannah, afro-américaine des 60's handicapée (ses jambes ont été amputé) et schizophrène.

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Couverture française du tome 1.

Une oeuvre colossale et foisonnante naviguant entre science-fiction, fantasy, horreur, western et même quête arthurienne qui se prolonge dans d'autres oeuvres de King. L'auteur dit même que La Tour sombre est "la Jupiter du système solaire de mon univers". Flagg est également le méchant du Fléau (1978) et au cours de La Tour Sombre, le Ka Tet visite les terres désolées du roman suite à la super-grippe. Jake possède le shining (ce don télépathique amenant parfois à des visions) comme Danny dans Shining (1977) et Docteur Sleep (2013). Le père Callahan du roman Salem (1975) apparaît dans les trois derniers opus du cycle (donc pas La Clé des vents). La brume de The Mist (1980) et les créatures qui en sortent sont dues à une faille entre deux mondes. La Tortue, un des douze gardiens du rayon, est l'ennemi de Pennywise le clown de Ça (1986). Ce ne sont que des exemples parmi tant d'autres à travers une longue carrière. Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'une adaptation de cet univers voit le jour. Mais encore faut-il en mettre le prix. En 2007, JJ Abrams et Damon Lindelof se lancent dans l'aventure avec la volonté de faire au moins sept films. Le projet échoue quand Lindelof constate qu'il n'a pas forcément envie de s'attaquer à sept années de développement intensif après en avoir passé tout autant sur Lost (2004-2010).

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Couverture française du tome 5.

"Je suis tellement fan de King que je suis terrifié à l'idée de me planter et de saloper le boulot. Je donnerais tout pour voir ces films, mais écrits par quelqu'un d'autre." (*). Le producteur Brian Grazer et le réalisateur Ron Howard lancent un nouveau projet d'adaptation chez Universal en 2010. Là aussi le projet est gargantuesque : une trilogie et une série de deux saisons (ces dernières auraient été calées entre la sortie des films). Il est question que la série s'attaque à la jeunesse de Roland sous les possibles traits de Javier Bardem et avec Mark Verheiden (Battlestar galactica version 2005) au scénario. Akiva Goldsman (certainement un des scénaristes les plus chanceux d'Hollywood au vue de sa filmographie pour le moins douteuse) hérite du scénario des films. Universal prend peur à cause de l'ampleur de la chose et Howard aura beau tout faire pour baisser le budget, le studio lâche l'affaire en 2011. Début 2012, Warner reprend les rênes ce qui est intéressant sur plusieurs points. Ben Affleck (puis Scott Cooper) est à l'époque en train de travailler sur une adaptation du Fléau pour le studio, tout comme Cary Fukunaga sur Ça. On parle même de Matthew McConaughey pour incarner Randall Flagg dans le premier. Soit une possibilité de faire des liens avec La Tour sombre

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Couverture française du tome 8.

Warner est aussi à la tête d'HBO, un angle d'attaque satisfaisant pour Howard (Game of thrones cartonnait déjà à l'époque). L'ironie veut que tous ces projets se sont cassés la figure un par un. Si le cas Ça sera évoqué en temps voulu, "Le Fléau" est toujours en stand by (le dernier réalisateur attaché Josh Boone est parti réaliser New Mutants) et La Tour sombre est partie voir ailleurs. MRC et Sony récupèrent le bébé, mais les choses ont changé. Si l'optique d'une trilogie et d'une série est conservée, tout se fera au compte-goutte avec un budget moindre. Howard a laissé tomber la réalisation, mais reste à la production. Il est remplacé par Nikolaj Arcel, réalisateur du très bon Royal Affair (2012), qui est secondé au scénario par Goldsman, Jeff Pinkner (Fringe) et son camarade Anders Thomas Jensen (réalisateur de Men and chicken). Avant la sortie du film, Arcel évoquait qu'il était déjà au travail sur la série censée comme autrefois parler de la jeunesse de Roland (Idris Elba). Le budget du premier film est de 60 millions de dollars, mais les critiques sont globalement négatives et les chiffres ne sont pas non plus phénoménaux (101 millions de dollars de recettes totales). Il faut dire que le premier volet instaure une particularité qui a le mérite de faire peur à beaucoup de gens. 

La Tour sombre : Affiche

La Tour sombre est une suite au cycle romanesque. Un choix audacieux, mais également casse-gueule pour les néophytes. C'est pourtant une des réussites du film. Votre cher Borat est lui-même un néophyte et doit ses connaissances à des recherches ou à des camarades blogueurs (coucou Max La Menace). La Tour sombre présente avant tout un univers particulièrement vaste le mieux possible, au contraire d'offrir une intrigue réellement consistante. Si l'on excepte le temps de présence de Dennis Haysbert, on nous présente l'univers à travers l'oeil de son jeune protagoniste Jake (Tom Taylor). On le voit d'abord à travers ses rêves, puis une fois qu'il passe l'un des portails de New York. Le fait de voir l'univers à travers les yeux de quelqu'un qui ne le connaît pas (ou tout du moins uniquement dans ses rêves) permet au spectateur d'avoir un homologue à l'écran. Une aubaine pour comprendre l'univers, d'autant qu'Arcel met des easter eggs un peu partout. Le manège porte les initiales de Pennywise. Le voisin de Jake joue avec une plymouth fury rouge exactement comme Christine. Les créatures de The Mist apparaissent en tant qu'antagonistes. Une affiche de Rita Hayworth (clin d'oeil évident à la nouvelle à l'origine des Evadés) est collée à un mur croisé par Roland.

La Tour sombre : Photo Tom Taylor (IV)

Le psychiatre de Jake a une photographie de l'Overlook Hotel qui a tant fait de mal à l'esprit de Jack Torrance. Jake a le shining comme son homologue littéraire. Ce qui pose dans un sens une question essentielle : La Tour sombre réadapte t-il les romans à sa sauce en leur donnant suite ? Visiblement oui, car la description de Jake dans le film est finalement assez similaire à celle des romans. Lui donner directement une relation fraternelle avec Roland d'une manière assez radicale aussi. Si suite il y a, il n'y aura rien d'étonnant à croiser Eddie et Susannah, d'autant qu'il semble qu'Aaron Paul a été approché pour jouer le premier. Toutefois, le film se veut assez clair et même s'il montre que l'univers est plus vaste (peut être trop), Arcel termine son film de manière correcte, laissant un sous-entendu sans faire une fin ouverte comme c'est le cas des trois quarts des films voulant devenir des licences. Le vrai problème est vraiment son intrigue. Au contraire de lancer un univers, l'intrigue est trop mince pour pleinement convaincre. Si le film est assez divertissant et qu'il a ses moments de fulgurances (les gunfights de Roland sont fabuleux), il lui manque des fondations vraiment solides (en gros, c'est Last action hero avec l'Entre-deux-mondes à la place du Los Angeles de Jack Slater), des cgi de qualité sur certaines scènes et d'une réalisation sortant du blockbuster banal.

La Tour sombre : Photo Matthew McConaughey

On sent que des scènes ont été tourné à la va-vite, que les producteurs et le studio sont peut être passé derrière (ce qui serait visiblement le cas). Dommage pour Arcel, même s'il savait que ce serait un projet casse-gueule. Idris Elba comme Tom Taylor s'en sortent vraiment bien, fort d'une vraie dynamique dans le duo. Taylor se révèle intéressant en gamin que personne ne veut écouter et perdant comme gagnant tout aux côtés de Roland (les dessins réalisés pour le film sont au passage superbes). Elba dégage un charisme fou. King s'était basé sur Clint Eastwood et notamment l'Homme sans nom pour écrire Roland, Elba en est une parfaite relève. Matthew McConaughey cabotine mais c'est le rôle qui veut ça. Il joue le parfait salaud de service et cela lui va plutôt bien. Même si en l'instant il est un peu difficile d'y croire, nous verrons assez vite si Sony désire prolonger l'aventure. Tout du moins au cinéma, puisque la série sur Roland jeune devrait logiquement se produire avec Glen Mazzara (The Shield) en showrunner. De là à dire qu'il aurait mieux valu produire une série plutôt qu'une trilogie de films...

  • Misery (Rob Reiner, 1990) : Attention ça va craquer !

MISERY 

Le roman Misery (1987) s'inspire de The man who liked Dickens (Evelyn Waugh, 1933), une nouvelle où un homme fait lire des romans de Charles Dickens (dont il est fan) à un prisonnier. Stephen King fait une sorte de mise en abyme en faisant du prisonnier un auteur à succès, soit ce qu'il était déjà à l'époque. Par la même occasion, King y voit un moyen d'aborder les addictions, lui-même étant encore dépendant à la drogue et à l'alcool en ces temps-là. Annie est addicte au personnage de Misery, l'héroïne de Paul Sheldon (au point d'avoir appeler une truie du même nom). Paul est l'auteur alcoolique qui trouve une nouvelle addiction nocive avec Annie. Une histoire qui sort du lot car il n'y a pas de fantastique à l'horizon, au contraire d'un certain aspect horrifique. L'auteur a même songé à signer le roman sous son pseudonyme Richard Bachman, mais fut confronté à la divulgation progressive de la réelle identité de Bachman. Après avoir signé l'adaptation du Corps (Stand by me, 1987) et avoir monté sa boîte de production sous le nom de Castle rock (une ville fictive inventée par King), Rob Reiner revient à Stephen King en adaptant Misery. Pour cela, il lui faut deux acteurs capables de se tenir tête durant 1h47. 

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Kathy Bates trouvera son premier rôle majeur avec celui d'Annie, la geolière très particulière de l'histoire. Après un long passage à vide, James Caan trouve son premier grand rôle depuis Thief (Michael Mann, 1981) avec Paul Sheldon. A partir de là, Reiner va pouvoir jouer constamment sur la confrontation entre les deux acteurs, à peine associés à Lauren Bacall, Frances Sternhagen et Richard Farnsworth. Le film comme le roman repose sur un huis clos. Caan est sur un lit ou parfois en fauteuil roulant. Bates peut se déplacer partout, mais reste les trois quarts du temps à la maison. Reiner va alors tout faire pour amener de la tension. Il fait des escapades de Paul dans la maison de purs moments de suspense à la seconde près. Mais là où Misery explose souvent c'est grâce à l'interprétation de Kathy Bates récompensée aux Oscars pour l'occasion. L'actrice se révèle formidable, passant de la candeur la plus sympathique, voire limite romantique (elle traîte Paul très souvent comme une sorte d'amoureux, celui qui sait lui écrire de belles histoires) à la psychopathe la plus revencharde du monde. La fan hardcore qui n'hésitera pas à torturer celui qu'elle aime pour avoir ce qu'elle veut (valable aussi pour un homme).

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Bates suscite la crainte car son interprétation comme le personnage qu'elle incarne sont totalement imprévisibles. Cela peut passer du tac au tac à chaque instant. La scène où Annie dézingue les pieds de Paul avec une masse en est la preuve. L'horreur arrive d'un coup, mais Reiner est malin et ne fait jamais la même chose (visiblement car cela le dégoûtait de tourner cette scène violente). Pour le premier pied, il montre le pied qui se déglingue en plan large, histoire de bien faire comprendre qu'Annie ne rigole pas. Pour le second, le spectateur savant déjà à quoi s'en tenir, Reiner se contente de montrer Bates en plan rapproché, puis Caan hurlant à la mort. Une scène peut être moins saignante que celle du roman (Annie amputait Paul de son pied), mais est terriblement efficace. De la même manière, le shérif (Farnsworth) a une issue différente dans le roman et dans le film. Dans le film, Reiner le dévoile se prenant un coup de fusil dans le dos, alors que le roman lui donne une issue à la Fargo (vous vous souvenez surement de ce savoureux moment où un personnage finit dans une broyeuse). Caan n'est pas en reste, car il réussit à être intéressant en étant assis les trois quarts du film dans un même lieu. Un rôle pas facile, d'autant que l'acteur a souvent joué des rôles assez virils.

Autant dire que ce film lui donne un coup de fouet. Misery est un thriller qui fait peur et permet un portrait de fan explosif. Ou quand la passion dégénère en psychose. L'horreur vient parfois de gens qui vous veulent du bien.

  • Simetierre 1 et 2 (Mary Lambert, 1989-92) : Mort sur la route

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Stephen King l'a souvent avoué : Simetierre (1983) est un de ses romans les plus mauvais, dû au fait qu'il a écrit des choses particulièrement effroyables et d'une noirceur incroyable dedans. Il l'avait écrit suite à la mort de son chat, écrasé sur une route nationale à côté de son nouveau domicile dans le Maine. Une histoire qu'il reprendra quasiment tel quel dans le roman, mais aussi une variante encore plus tragique. Il laissa le roman de côté, ne souhaitant pas le publier. Il le fera quand même quand sa maison d'édition Doubleday - avec laquelle il a eu un gros litige financier- lui demanda un dernier roman. Ce sera Simetierre. La Paramont est vite intéressée pour produire une adaptation et King commence à écrire le scénario. Le projet prend du plomb dans l'aile lorsque la patronne de Paramount Dawn Steele - alors enceinte- refuse de donner le feu vert, puis quand feu George A Romero part sur Incidents de parcours (1988) à force d'attendre. Le projet est relancé par le producteur Richard P Rubinstein (déjà producteur de Creepshow et qui continuera par la suite d'adapter des opus de King) et Mary Lambert se retrouve à la réalisation avec pour passif notable les clips de Like a virgin ou Like a prayer pour Madonna (1984-89).

Simetierre : Photo Mary Lambert

Simetierre reçoit tout de suite une excellent accueil du public et de la critique, au point d'être souvent considéré comme une des meilleures adaptations d'une oeuvre de Stephen King. Ce dernier considère le film comme meilleur que son roman. Simetierre est un sommet d'horreur et de glauque, le genre qui vous donne un cafard irrécupérable. Du début à la fin, Lambert distille une ambiance poisseuse, tragique et malaisante qui atteindra son paroxysme dans un climax moralement horrible. Pourtant, la réalisatrice nous prévient systématiquement. Le début du film nous montre le petit Gage (Miko Hughes) partir rapidement sur la route avant d'être rattrapé. Il ne connaîtra pas le même sort par la suite dans un accident aucunement trash et même très discret. Le camion arrive, on nous montre le petit une dernière fois, les roues du camion qui freinent, une chaussure qui tombe. Il n'y a pas besoin de plus pour montrer un élément aussi tragique et traumatiser son public. De la même manière, Lambert sera très sobre par la suite pour ce qui est du matricide, ne montrant le résultat horrible que durant quelques secondes. En revanche, la réalisatrice signe des scènes beaucoup plus graphiques et aussi traumatisantes au cours du film.

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C'est le cas de l'assassinat d'un des personnages importants tourné en temps réel ou du fantôme à la cervelle bien apparente (d'excellents maquillages signés notamment David LeRoy Anderson), mais aussi d'un flashback. Au cours du film, Rachel (Denise Crosby) raconte à son mari (Dale Midkiff) le drame survenu à sa soeur et dont elle a honte, au point de la revoir parfois en fantôme au cours du film. Une maladie la rongeait et la faisait devenir squelettique. Un maquillage splendide qui marque durablement la rétine et les oreilles. Mais l'horreur pure du film est, comme évoqué plus haut, plus dans l'écriture. Celle d'un père qui essaye d'abord de sauver l'animal de compagnie de sa fille (Blaze Berdahl) de l'au-delà, puis dans la tristesse son fils. Son voisin (l'excellent Fred Gwynne) aura beau lui suggérer plusieurs fois que c'est une mauvaise idée, tout en lui montrant le lieu même propice à ce type de "retour à la vie", rien n'y fera. A cela, on remarquera un sous-texte intéressant et qui explique une autre scène radicale. Le père a toujours été vu comme un paria aux yeux de ses beaux-parents (Michael Lombard et Mary Louise Wilson). Il est fait allusion à un moment que les grand-parents font des cadeaux très chers, enfonçant toujours plus le père visiblement plus modeste. 

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Ce désamour se confirme dans une scène d'enterrement sinistre, où le beau-père en vient aux mains avec un gendre déjà traumatisé par une situation horrible. La faute n'est due à personne, juste à la malchance et certainement pas au père (dans ce cas là, que dire de sa fille ?). Simetierre est un film qui fait mal au coeur et perturbe jusqu'à la dernière scène, au point de penser que la chanson des Ramones arrive beaucoup trop tôt dans le générique. Après avoir vu une famille s'autodétruire durant 1h40, on a bien du mal à recevoir une chanson aussi pétaradante que Pet Sematary (une chanson parmi les plus populaires du groupe). La logique aurait voulu que l'aventure s'arrête là, mais Lambert et Paramount remettent le couvert avec une histoire inédite. Simetierre 2 (1992) essaye de recoller les morceaux par tous les moyens possibles. Le père du héros (Anthony Edwards avant de passer aux Urgences) est médecin comme le père du premier film. Le jeune garçon (Edward Furlong) voit sa mère (Darlanne Fluegel) mourir devant ses yeux, comme le père voyait son fils se faire écraser (fait ironique la mère est dans une position similaire à celle de Sarah Connor dans le cauchemar nucléaire de Terminator 2).

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Le fils réanime la mère (malgré les catastrophes, ce qui tient presque du non-sens), son pote rondouillard (Jason McGuire) fait de même avec son beau-père (Clancy Brown) et son chien que ce dernier a tué. Le destin de la fille survivante du drame du premier film est évoqué (elle aurait attaqué ses grand-parents et viendrait de s'évader d'un asile psychiatrique). Des médecins évoquent des cas similaires au père. Clairement rien de nouveau sous le soleil, d'autant que Simetierre 2 est un sacré calvaire à regarder. Une version teenage du film précédent (avec toutefois un beau happy-end des familles) où l'on comprend de moins en moins les agissements des personnages. Le beau-père mort s'attache au copain de son beau-fils sans trop que l'on sache pourquoi. La brute du coin (Jared Rushton, le petit rouquin de Chérie j'ai rétréci les gosses) s'en prend à chaque fois à Furlong en parlant mal de sa mère comme si c'était un sport et menace plusieurs fois de le dézinguer avant le grand final. Sans compter que le cimetière indien devient ouvert à n'importe quelle résurrection, ce qui devient relativement lassant, là où l'original s'en servait peu mais bien. Même les acteurs semblent ne plus y croire, à l'image de Furlong qui joue plutôt correctement durant le film et se vautre dans le grotesque dans les dernières minutes.

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Pas étonnant que Simetierre 2 soit connue comme une des pires suites de tous les temps. Mary Lambert ne retrouvera jamais un projet digne de Simetierre par la suite. Pire encore, elle tombera dans les travers du direct to dvd avec les néanmoins connus Urban Legend 3 (2005) et Mega Python vs Gatoroid (2011). Certains romans ou nouvelles de Stephen King ayant eu droit à plusieurs adaptations (c'est le cas de Shining, Carrie, Les démons du maïs ou désormais The Mist et It), rien d'étonnant à voir un projet de réadaptation revenir régulièrement. Le scénario de Matt Greenberg aurait circulé durant un petit moment et ce serait une véritable catastrophe. Pour aller à l'essentiel, disons que c'était Ellie et non Gage qui mourrait, que la soeur de la mère n'était plus du récit et que cela se finissait par un happy-end. Alexandre Aja a couru autour durant un temps. Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard) serait toujours attaché au projet, mais rien n'a avancé depuis très longtemps. 

  • Un élève doué (Bryan Singer, 1998) : Le nazisme en héritage

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La nouvelle Un élève doué ou Apt Pupil a beau avoir été publié en 1982 dans le recueil Différentes saisons, son origine revient à la fin des 70's. Il semblerait que Stephen King l'a écrit juste après Shining (1977) et n'aurait plus rien écrit durant quelques mois, se sentant vidé. Une nouvelle difficile car il traite d'un sujet très particulier : la relation sur plusieurs années entre un adolescent et un ancien nazi qui s'est réfugié aux USA et que le jeune garçon a démasqué. Le contexte n'a rien de surréaliste, car rappelons que bons nombres de nazis sont partis en exil dans divers pays d'Amérique du sud. Une première adaptation a failli voir le jour au cours des 80's. Feu Alan Bridges avait commencé à tourner avec Ricky Schroder pour jouer le jeune garçon. Le studio Granat Releasing a fait faillite en plein tournage (quarante minutes de rushes pour dix semaines de tournage) et un an après, Schroder avait tellement changé physiquement qu'il était impossible de continuer. Juste avant de s'attaquer pleinement à X Men (2000), Bryan Singer décide de faire d'Un élève doué son projet post-Usual Suspect. Le réalisateur tranche pas mal dans la nouvelle, ce qui accentue certains défauts du film. A force de ne pas vouloir choquer, Singer oublie quand même qu'il adapte une histoire au sujet brûlant. 

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Le premier changement s'effectue sur la durée de l'histoire. Partant sur trois ans dans la nouvelle, le film se contente d'une seule année, ce qui peut paraître court pour un récit d'endoctrinement progressif. Ainsi, le personnage de Todd (feu Brad Renfro) ne fait qu'un seul passage à l'acte, alors que dans la nouvelle son apprentissage se fait sur les trois ans avec plusieurs victimes. De la même manière, le final est complètement modifié. Si Dussander (Ian McKellen) finit dans les mêmes conditions, c'est nettement moins le cas de son disciple. Le film se termine ainsi sur une confrontation verbale entre Todd et son conseiller d'orientation (David Schwimmer avec une moustache). Or, la nouvelle allait bien plus loin, voire vers quelque chose de terriblement trash et traumatisant, un peu à l'image de Chute libre (Joel Schumacher, 1993). Singer dira n'avoir pas su comment rendre justice au climax de la nouvelle. D'autant plus ironique que le final de la nouvelle n'est pas sans rappeler le choc de Columbine qui aura lieu quelques mois après la sortie du film. En effet, Todd finissait par tuer son conseiller, sachant pertinemment qu'il finirait par se faire repérer par les autorités et se fait tirer dessus alors qu'il tire au fusil sur des automobilistes. Une fin beaucoup plus percutante que celle beaucoup trop classique du film. 

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Finalement les scènes qui alimentent le malaise ne sont pas forcément violentes. C'est le cas de ce moment délirant où Dussander se voit obligé de remettre son costume et Todd lui propose de défiler comme il le faisait autrefois. La scène commence banalement mais petit à petit, l'ancien nazi reprend ses marques et se met à faire un show malaisant au possible. C'est certainement la scène la plus réussie du film, celle où le diable reprend vie après des années enfoui à l'intérieur. De la même manière, le malaise apparaît lorsqu'une victime reconnaît son bourreau sur un lit d'hôpital. N'oublions pas non plus ce passage où Todd voit des juifs morts durant la Shoah dans les douches. Ce sont ces petites scènes qui font qu'Un élève doué réussit souvent à déranger le spectateur. De là à mettre une "interdiction aux moins de 16 ans" dans notre beau pays, il y a quand même de quoi se poser la question. Singer peut également compter sur l'excellente interprétation de Ian McKellen en vieux nazi. L'ironie veut qu'il a joué un scientifique juif utilisé par des nazis dans The Keep (Michael Mann, 1983) et que Singer en fera une icône en le faisant jouer Magneto, mutant survivant de la Shoah de la saga X Men (2000-). Brad Renfro est nettement moins convaincant, la faute aussi au côté un brin arrogant de son personnage. Un élève doué est donc un film intéressant sur plusieurs points, mais qui aurait pu être bien meilleur.

  • Cujo (Lewis Teague, 1983) : BatDog

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Visiblement Stephen King ne se souvient plus de l'écriture de Cujo (1981). La principale cause est bien évidemment son alcoolisme permanent durant les 80's. King en aurait toutefois eu l'idée en allant réparer sa moto chez un mécanicien et il avait fait face à un saint-bernard plutôt agressif. Or, cette race de chien est en général appréciée pour sa gentillesse et son côté sauveteur. King en fera alors sa nouvelle créature. Un chien mordu par une chauve-souris et devenant particulièrement meurtrier. Sa cible principale ? Une femme et son enfant coincés dans une voiture qui ne veut pas démarrer. King ne met pas longtemps à vendre les droits à Taft International. L'auteur avait alors suggéré le nom de Lewis Teague, réalisateur de L'incroyable alligator (1980) qui lui avait beaucoup plu. Si le studio engage dans un premier temps Peter Medak, ce dernier part au bout d'un jour de tournage, laissant ainsi sa place à Teague. Outre le chien vedette (qui était joué par des chiens, des animatroniques et même un cascadeur déguisé en chien !), le film a pour actrice principale Dee Wallace, devenue amatrice de fantastique depuis La colline a des yeux (Wes Craven, 1977) et venant d'exploser avec ET (Steven Spielberg, 1982).

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L'actrice joue la fameuse mère courage en prise avec le chien. Les hostilités commencent dès les premières minutes avec le chien un peu benêt chassant un lapin qui atterrit dans une grotte pleine de chauve-souris. Ces dernières apprécient moyennement les grognements du chien. Cujo n'a toutefois pas les effets secondaires tout de suite, cela se fera progressivement notamment à force d'entendre du bruit. Le bruit lui fait entendre comme des ultra-sons similaires aux bruits des chauve-souris. Avant cela comme le roman, Teague s'attarde sur les différents personnages, multipliant les sous-intrigues secondaires et repoussant l'horreur à plus tard. Finalement, on peut voir le calvaire de l'héroïne comme une punition divine. En effet, elle a trompé son mari (Daniel Hugh Kelly) et ce dernier a fini par partir travailler le plus loin possible. De la même manière, on suit aussi les propriétaires du chien. Une famille au bord de l'explosion également, avec un père autoritaire et particulièrement macho (feu Ed Lauter) et une mère totalement passive faisant tout pour éloigner son fils d'un père de plus en plus douteux (Kaiulani Lee). Il n'y a d'ailleurs rien d'étonnant à ce qu'une des premières victimes du chien soit son propriétaire. 

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En dehors de sa mort filmée hors champ et qui intervient après une autre attaque, Lewis Teague montre la plupart des attaques, n'hésitant pas à en faire de purs moments de suspense. L'ami du père (Mills Watson) aura beau rentrer à l'intérieur de sa maison, le chien finira quand même par l'avoir dans un grand moment de violence. Les attaques répétées de Cujo sur la voiture sont assez impressionnantes, d'autant plus que le chien est imprévisible. Durant le reste du film, le spectateur se retrouve aussi impuissants que la mère et son fils face à un chien enragé et prêt à les bouffer tout cru. Même si le petit crie énormément au cours du film, on voit bien l'épuisement sur les corps de Dee Wallace et Danny Pintauro, qui plus est dans des conditions extrêmes (le cagnard du Maine shooté avec efficacité par Jan de Bont). L'actrice offre une performance incroyable, incarnant la souffrance et la détresse. La fin a été modifié, ce qui n'a pas posé problème à Stephen King. Si cette fin apparaît comme une délivrance après tant d'épreuves (justement le contraire de la fin initiale où la mort rôdait), le plan final avec arrêt sur image où la famille est de nouveau réunie est un brin grossier. Un peu dommage pour un film qui s'avère de grande qualité et se révèle particulièrement éprouvant.

Allez à la prochaine!


* Propos issus de Mad Movies numéro 299 (septembre 2016).

Autres sources: 

  • Cinemateaser numéro 66 (été 2017).
  • Mad Movies Hors Série numéro 22 consacré à Stephen King (décembre 2013).