Light Turner trouve un cahier qui se nomme Death Note. En l'utilisant, il pourra tuer diverses personnes de différentes manières. Sauf qu'au bout de plusieurs morts, la police et un certain L commencent à pourchasser celui que l'on nomme désormais Kira...

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Déjà que le cinéma américain a parfois du mal à adapter ses propres bande-dessinées, il est d'autant plus amusant de le voir se rabattre sur des bande-dessinées étrangères. Le manga a été adapté plusieurs fois par nos camarades ricains et quand on retient les adaptations, ce n'est pas forcément pour de bonnes raisons (désolé de rappeler des souvenirs douloureux à certains lecteurs). Ken le survivant (Tony Randel, 1995) que même les amateurs de vidéo-club de l'époque doivent avoir du mal à s'en souvenir. Speed racer (Wachowski, 2008), flop commercial à sa sortie, aujourd'hui plus ou moins considéré comme un film culte (voir Un cru en roue libre). Cru tout aussi culte à sa manière, Dragon Ball Evolution (James Wong, 2009) considéré comme un des plus belles catastrophes de ces dix dernières années. Old Boy (Spike Lee, 2013) qui ressemble visiblement plus à un remake du film de Park Chan Wook (2003) qu'à une réadaptation du manga de Caribu Marley et Nobuaki Minegishi (1996-98). Enfin, il y a eu l'adaptation sympathique de Ghost in the shell (Rupert Sanders, 2017) mais un brin copié-collé sur l'animé de Mamoru Oshii (1995). On pourrait également citer les films originaux s'inspirant d'oeuvres en particulier (Lady Snowblood pour Kill Bill, Ghost in the shell pour Matrix...) et les dix mille projets hollywoodiens qui avancent très doucement (le projet Akira de Warner par exemple).

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Death Note (Oba, Obata, 2003-2006) n'en est pas à sa première adaptation. Les japonais en ont déjà fait une série animée (2006-2007) et une trilogie de films live-action (2006-2008). Warner devait dans un premier temps l'adapter et on parlait à une époque de Shane Black aux commandes. Le projet a fini par aller chez Netflix avec Adam Wingard (You're next) aux commandes. Contrairement à ce qui a été dit récemment, Death Note (2017) ne fait pas dans le white washing, qui consiste souvent à faire incarner un personnage typé ou étranger par un acteur blanc. Pour la simple et bonne raison que ce film est une adaptation américaine et que le manga peut le permettre. Le manga n'est pas connoté japonais et peut se dérouler n'importe où dans le monde. Le film se trouve dans un cas de figure différent de Ghost in the shell. Là où ce dernier s'est cassé les dents en justification (le film se déroule au Japon avec pas mal d'acteurs étrangers entourés d'asiatiques), Death Note n'en a pas besoin. Le film se déroule aux USA (plus exactement à Seattle), Light Yagami devient Turner et cela en reste là. Si le public veut voir des adaptations japonaises avec des acteurs japonais, elles existent déjà. Comme dit l'expression, il ne faut pas voir le mal partout.

Death Note : Photo Margaret Qualley, Nat Wolff

En revanche, on peut clairement se poser des questions sur l'adaptation elle-même qui se révèle bien catastrophique. Le changement de localisation n'est pas un problème comme évoqué plus haut, idem pour le cadre américain qui réserve un contexte beaucoup plus trash (la légalisation des armes permet beaucoup de choses). En revanche, les personnages du manga en prennent un sacré coup. Pas aidé par des acteurs qui cabotinent ou jouent très mal (Shea Whigham braille pour montrer qu'il est là, Margaret Qualley n'est pas convaincante, Nat Wolff encore moins, Keith Stanfield est au mieux lamentable), les personnages ont également une écriture bien douteuse. Le manga avait justement cette faculté (tout du moins dans sa première partie, votre cher Borat n'est jamais allé au bout par lassitude) de montrer des personnages intelligents (Light et L en particulier) qui s'affrontent souvent par des actes réfléchis, avant de se faire face dans des conditions identiques. De la même manière, un aspect vicieux avait lieu avec deux personnages en particulier. D'un côté, le père de Light est lié à L dans son enquête, mais ne doit rien dire à sa famille (donc Light). De l'autre, on suit également Misa une adolescente qui a aussi un Death Note et dont Light va rapidement s'en servir à des fins un brin vicieuses.

Death Note : Photo Lakeith Stanfield, Nat Wolff

Dans le film d'Adam Wingard, ne cherchez aucune intelligence dans le propos ou vis à vis des personnages, encore moins de dualité entre le bien et le mal, un aspect religieux ou autre chose. Il n'y en a pas. C'est un film qui commence même à faire à rire au fur et à mesure de par son écriture et ses choix artistiques. Pour cela rentrons un peu plus dans le détail. (attention spoilers) Les personnages sont d'une telle bêtise que s'en est effarant pour qui a lu le manga ou même les néophytes qui se demanderont si les personnages sont aussi bêtes sur papier. Misa (Qualley) n'est plus une possesseuse de Death Note (et a encore moins l'oeil d'un dieu de la mort), mais est montrée comme une banale pom pom girl qui fume (!) tombant amoureuse de Light (Wolff) et devient progressivement son ennemi. Pourquoi pas ? Mais encore faudrait-il éviter de faire dans la romance lisse jusqu'au choix de chansons à mourir de rire. Au final, le Death Note devient un jeu presque amoureux pour les deux protagonistes rapidement grotesque. De la même manière, cette version de Light est d'une stupidité à toute épreuve, puisqu'il se fait repérer à la vitesse du son. Pourquoi ? Parce que les scénaristes ont voulu lui donner un trauma. 

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Light n'est donc plus un gamin d'une famille classique, mais le fils d'un flic veuf qui ne trouve rien de mieux que de prendre le meurtrier de sa mère pour seconde victime. Light n'est pas non plus très malin en allant chercher dans les dossiers de son flic de père et ce dernier n'hésite pas à tout lui raconter. A partir de ce moment là, comment voulez vous trouver intéressant un adolescent qui réagit au quart de tour sans la moindre réflexion ? Encore plus quand son modèle papier (et même animé) est tout le contraire. De la même manière, la relation entre Light et Misa est tellement envahissante qu'on en oublierait presque que le dieu de la mort Ryuk existe. Economisant le plus son argent, Wingard le filme malheureusement souvent de dos ou en plan rapproché et cherche à le rendre angoissant à tout prix. Ryuk n'est pas si laid que ça, mais vu qu'on peine à le voir, on s'en souvient très peu dans le film. Reste que Willem Dafoe signe une prestation vocale de qualité. L (Stanfield) est peut être l'aspect le plus décevant du film, puisque le personnage est réellement pénible. Oublier le personnage un brin autiste et réfléchi, ici c'est un bourrin psychotique piquant la mouche dès que possible. Tous les personnages de ce film agissent avec stupidité, au point de ne plus croire une seconde que l'on est face à une adaptation de Death Note. Au mieux un young adult vite torché que l'on oubliera bien assez vite. (fin des spoilers)

Une adaptation plus ou moins ratée, la faute à des personnages lamentables, aux agissements ridicules et à des acteurs qui ne le sont pas moins.