Suite à l'effondrement d'un tunnel, un homme se retrouve à survivre malgré lui avec qui lui reste. Pendant ce temps, les secours essayent de le sauver...

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Le cinéma sud-coréen continue son petit voyage en France avec un de ses derniers grands succès. Non pas The Age of shadows (Kim Jee Woon, 2016) qui attend toujours un distributeur (vu comme c'est parti, plutôt un éditeur) alors qu'il est sur le net et disponible en import, mais Tunnel (Kim Seong Hoon, 2016). Le film précédent de Seong Hoon Hard day (2014) était déjà passé dans les salles françaises, permettant surement la sortie au cinéma de Tunnel. Un film qui reposait sur un mélange délirant de comédie noire (un policier met le cadavre d'un homme percuté dans le cercueil de sa mère), de thriller et de film d'action (le dernier quart d'heure). Il n'en fallait pas plus pour donner une chance immédiatement à ce film aux antipodes d'Hard day, même s'ils ont des similitudes. Le réalisateur bénéficie de deux grosses stars à son casting. D'un côté, Ha Jeong Woo acteur phare des deux premiers films de Na Hong Jin (The chaser et The murderer, 2008-2010), vu récemment dans Mademoiselle (Park Chan Wook, 2016). De l'autre, Doona Bae actrice qui a joué aussi bien chez Park Chan Wook (Sympathy for Mr Vengeance, 2002) que Bong Joon Ho (Barking dog et The Host, 2000-2006), avant de rayonner à l'international avec les soeurs Wachowski. 

Tunnel : Photo Ha Jung-Woo

Deux points forts indéniables permettant d'adhérer à un film catastrophe plus humain que jamais. (attention spoilers) Comme sur Hard day, Seong Hoon va à l'essentiel sans passer par des scènes d'exposition. L'élément perturbateur arrive dès les premières minutes, tout comme des éléments à venir. On donne au personnage principal (Jeong Woo) deux bouteilles d'eau à la station-service. C'est l'anniversaire de sa fille et il ramène un gâteau. Par un coup de fil, on apprend qu'il travaille pour une célèbre marque de voiture (ce qui vaut un placement de produit impayable, pas loin de rejoindre FedEx dans Seul au monde si l'élément n'était pas vite évincé) et qu'il est marié. Le spectateur n'a pas besoin d'en savoir plus. La catastrophe est d'autant plus impressionnante que contrairement à beaucoup de films-catastrophe, le réalisateur ne joue pas de différentes vues (notamment extérieures) et se concentre sur ce que voit le héros à travers son pare-brise et son rétroviseur. A savoir un tunnel qui s'effondre de plus en plus sur sa voiture. Ce n'est qu'une fois les secours arrivés que l'on remarque l'ampleur des dégâts. A partir de moins d'un quart d'heure, Seong Hoon parvient à installer une problématique humaine sans jouer la carte du spectaculaire comme le fait souvent le cinéma hollywoodien (et en soi ceux qui essayent de l'imiter).

Tunnel : Photo

A la différence d'un film américain type Roland Emmerich où il serait peut être un père divorcé qui essaye de reconquérir son ex-femme ou un pilote de chasse essayant de retrouver sa femme, il s'agit juste ici du type au mauvais endroit, au mauvais moment. Il n'est pas forcément parfait (il aura un peu de mal à partager ses rations avec une autre rescapée moins avantagée que lui, mais le fera quand même), mais c'est quelqu'un de lambda, pas un surhomme. C'est ce qui le rend d'autant plus attachant : cela pourrait être nous avec nos peurs, notre imprévisibilité et la panique. Au fur et à mesure, le réalisateur va alterner scènes à l'intérieur du tunnel et à l'extérieur avec les secouristes et la femme du rescapé (Bae), avant de ne se focaliser que sur les secouristes pour intensifier le suspense vers la fin. Dans la partie sur les secours, le réalisateur ne fait de cadeau à personne et c'est là où le film utilise parfois des ressorts d'humour noir plutôt bien amenés. Le réalisateur se paye dans un premier temps les médias bien contents de trouver un scoop qui peut durer sur plusieurs jours, histoire de bien alimenter les chaînes d'information. Pas besoin de savoir que le film est sud-coréen ou qu'il se situe en Corée du sud.

Tunnel : Photo Doona Bae

Un français ne mettra pas longtemps à remarquer qu'ici ou ailleurs le traitement de l'information est identique. Quand des journalistes essayent de contacter le héros, menaçant ainsi de lui faire perdre de la batterie sur son téléphone, ils le mettent autant en danger que quand une certaine chaîne avait dévoilé certaines informations lors des attentats de janvier 2015. La scène des drônes est en soi d'une hilarité incroyable de par la bêtise de ce type d'investigation journalistique et le ridicule de la situation. Les politiques comme les entreprises qui construisent les tunnels ne sont évidemment pas en reste. D'un côté, la récupération la plus crasse qui se terminera par une expression jubilatoire. D'autant plus ironique que le film est sorti en Corée du Sud en plein scandale politique (la présidente Park Geun Hye a fini par démissionner parce qu'elle était mouillée dans diverses magouilles financières). De l'autre, des entreprises faisant des choses à la va-vite pour faire des économies, au point de réaliser des catastrophes sans s'en rendre compte. Le réalisateur vise juste sans jamais oublier son objectif et en posant un regard sur l'humanité dans une catastrophe. La réaction humaine est ce qui permet de sauver quelqu'un comme de le tuer. En la mettant au centre du suspense de son film, le réalisateur a réussi un film-catastrophe de qualité. (fin des spoilers)

Un film-catastrophe qui replace l'humain au centre même du drame, plutôt que de jouer sur les effets-spéciaux. Génial.