Après un petit mois d'absence revoici Bis on Thionville, votre rendez-vous évoquant les Nuits du bis du cinéma La Scala. Pour rappel, cette rubrique reprend le principe des Nuits, à savoir deux films abordés et qui ont bien évidemment été projetés lors de ces événements. Parfois ce sont des films passés le même soir, d'autres des films de deux soirées différentes, mais pouvant être liés. C'est le cas aujourd'hui puisque nous allons parler d'exorcisme. Après avoir diffusé les deux premiers opus en octobre 2015 et février 2016 (voir Cuvée Bis #4), c'était au tour du troisième Exorciste (William Peter Blatty, 1990) d'être projeté en mars 2017 avec L'enfer des zombies (Lucio Fulci, 1979). La saga L'Exorciste (1973-) est un peu spéciale, car on n'a jamais trop compris pourquoi le film de William Friedkin avait eu droit à des suites ou des préquelles en dehors de l'aspect financier. Il se suffisait à lui-même et toutes fins confondues (par là, je parle bien sûr de la fin légèrement modifiée de la version de 2001) amenaient à une conclusion logique. 

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L'Exorciste 2 (John Boorman, 1977) n'a fait que confirmer cela avec des acteurs semblant perdus (la palme à Richard Burton), une histoire qui partait dans tous les sens et un certain Kokumo qui restait en mémoire. Outre le film de Blatty dont nous allons parler, il y a eu par la suite une préquelle sur le père Merrin réalisée en deux temps : Dominion que Paul Schrader a fini par diffuser après que la Warner a rejeté son film (2005) ; et la version retournée L'Exorciste au commencement signée Renny Harlin (2004). A cela rajoutez la récente série reboot diffusée depuis 2016 et qui compte désormais deux saisons. Après cet inventaire, revenons sur cette Suite dixit son titre. Pour rappel, feu William Peter Blatty est l'auteur du roman à l'origine du film (1971) et il n'a jamais été très content de certains choix de Friedkin (d'où la version de 2001). Ici il adapte son roman Legion (1983) qu'il a écrit comme une suite au roman initial, étant peu convaincu de la suite signée par le réalisateur d'Excalibur.

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Demandant un temps à John Carpenter et à Friedkin (qui a trouvé le script peu convaincant), Blatty finit par passer à la réalisation. Lee J Cobb étant mort en 1976, il fut remplacé par George C Scott pour le rôle de l'inspecteur Kinderman. Jason Miller fait aussi son retour alors que les fans de l'original savent très bien que c'est un peu douteux. Le réalisateur a dû faire quelques reshoots car le studio Morgan Creek n'était pas forcément convaincu de certains passages. Au point que deux versions existent aujourd'hui, dont une director's cut. Les résultats de L'Exorciste 3 au box-office ne furent pas ceux attendus et pendant plus d'une décennie tout projet de revenir à la franchise fut évité. On comprend un peu mieux en voyant le dit film qui n'avait déjà pas grand chose à voir avec les standards d'horreur de l'époque.

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Durant les 80's, l'horreur s'est beaucoup composée de films avec des maquillages sophistiqués (The Thing comme La mouche en sont la preuve) ou de franchises qui ont accumulé autant de chiffres que le nombre de suites le permettait. Rien à voir avec un film à ambiance, se situant globalement dans un asile psychiatrique et avec en plus une vieille tête d'affiche comme Patton en rôle principal. En comparaison du premier voire du second film, le film s'apparente plus à un film policier qui tourne mal, mettant en avant un personnage rationnel qui fait face à quelque chose d'incroyable, là où les premiers films confrontaient des hommes d'Eglise à leur propre foi. Kinderman se retrouve à enquêter sur une série de meurtres pouvant être lié à un tueur décédé (Brad Dourif qui n'en avait pas fini avec les résurrections de tueur en série). C'est là qu'arrive le surnaturel car des personnes se retrouvent possédées par le tueur, dont un sosie du père Karras (Miller). 

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Dit comme ça L'Exorciste 3 peut être intéressant et en soi ce n'est pas totalement faux. Sauf que son traitement tient souvent du grand-guignolesque, voire de l'ennui le plus total. D'autant que Blatty peine à faire peur et s'en donne à coeur joie pour donner lieu à des séquences qui tirent en longueur. Le but est évidemment de susciter l'effroi au bout d'un moment, mais le spectateur aura le temps de somnoler avant l'effet voulu. On voit également que Blatty n'est pas réalisateur et comme on a pu ensuite le reprocher au montage de 2001 du film de Friekdin, il y a une volonté de tout montrer, de surexpliquer qui devient gênante au bout d'un moment. D'autant que le film dure près de deux heures. Au final, si L'Exorciste 3 a un fond plus intéressant que L'hérétique, il n'en reste pas moins que le film peine sérieusement à convaincre. Candidat plus récent projeté avec Clerks (Kevin Smith, 1994), Veronica (2017) signe le retour de l'espagnol Paco Plaza après l'aventure Rec (2007-2014). 

Veronica vs Clerks

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Une aventure qui n'a pas eu que des bons côtés puisqu'après les deux premiers volets, l'accueil fut quelque peu différent quand Jaume Balaguero et lui ont réalisé leurs suites respectives. Votre interlocuteur n'a pas vu le quatrième opus, en revanche Rec 3 (2012) signé Plaza lui avait laissé un goût amer, sorte de gros bordel avec le found footage dégagé en cours de film pour partir dans un délire à la Sam Raimi. Avec ce nouveau film, Plaza sort du monde des zombies pour revenir à l'exorcisme qu'il avait abordé en partie dans Rec 2 (2009). Le côté atypique est qu'il se base sur le seul cas d'affaire paranormale recensé par la police espagnole. Evidemment les trois quarts de l'histoire sont romancés à l'image des films Conjuring (James Wan, 2013-2016), mais le cas existe bel et bien (*). Veronica est malheureusement moins intéressant que le fait divers qu'il aborde partiellement et qu'il cite beaucoup dans le film. A l'image des cartons ou des éléments de temporalité systématiquement évoqués. 

Veronica 2

Le film s'apparente comme une course-contre-la-montre inévitable, à la différence que le spectateur ne sait pas ce qui l'attendra à la fin. Elle est évoquée de manière énigmatique en ouverture et heureusement car ce type de technique dans l'horreur actuelle peine sérieusement à convaincre. Les acteurs se révèlent plutôt convaincants dans l'ensemble et le film fait largement le boulot, profitant d'effets efficaces (notamment les ombres ou le fantôme du père merveilleusement glauque). Mais il n'en reste pas moins mécanique avec son lot de jump scares, la musique qui s'arrête avant de revenir furieusement et l'aspect un brin prévisible du récit. Soit un aspect que l'on retrouve beaucoup dans le cinéma d'horreur US actuel. Donc même si Veronica se regarde sans déplaisir, il n'en reste pas moins fonctionnel et se contente du minimum syndical. Aller à la prochaine ! 


 * Pour plus d'informations, voir cet article : http://www.commeaucinema.com/vu-sur-le-net/veronica-decouvrez-l-histoire-vraie-terrifiante-qui-a-inspire-le-film,363004