Bienvenue dans ce nouveau numéro de Qu'est-ce qu'on regarde sur Netflix ? Après avoir évoqué longuement l'histoire et le fonctionnement du site ainsi que quelques films, partons évoquer les films que votre interlocuteur a pu voir sur Netflix depuis octobre dernier et là encore, il y a à boire et à manger. Si vous êtes prêts, on y va ! 

  • Annihilation (Alex Garland, 2018). Netflix Original : oui.

Annihilation

Comme évoqué la dernière fois, Annihilation est au départ un film de studio (Paramount et Skydance sont à l'origine du projet) qui devait sortir au cinéma début 2018. La promotion du film avait donc commencé depuis un moment, avant que les projections-test ne soient faites. David Ellison patron de Skydance (la société derrière les derniers Mission Impossible et Star Trek) et la Paramount ont eu peur que le film soit trop intellectuel et compliqué pour convaincre pleinement le public. Ils avaient alors demandé au réalisateur Alex Garland de modifier certains aspects. Par exemple, le personnage de Natalie Portman n'était pas assez sympathique selon eux et ils voulaient une fin différente. Le producteur Scott Rudin a alors pris le parti de Garland, ne voulant rien faire modifier,  entraînant des conflits directs entre Ellison et Rudin.

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C'est alors qu'il a été décidé qu'Annihilation ne sortirait au cinéma qu'aux USA et en Chine, le reste du monde ne pouvant le voir que sur Netflix. Pour le site de svod, ce fut bénéfique puisqu'avoir un film de studio de cet acabit dans son catalogue est une source d'attention notable. Les problèmes reviennent davantage à la Paramount puisqu'en faisant cette diffusion en deux temps, le film n'a pas pu se rembourser sur le seul sol américain avec 32 millions de dollars de recettes pour 40 millions de budget. A cela se rajoute une autre polémique plus artistique cette fois, puisque certaines personnes ont reproché que les personnages de Portman et de Jennifer Jason Leigh ne soient pas asiatique ou amérindienne comme dans les romans. Alex Garland s'est alors justifié en disant que le premier roman sur lequel il s'est basé pour écrire le film dès 2013 ne précisait pas ces aspects.

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Ils ne sont apparus que dans les volets suivants de la Trilogie du Rempart sud (Jeff VanderMeer, 2014), romans que n'a pas lu Garland. De la même manière, le réalisateur n'a pas relu le roman avant de l'adapter, se basant sur son souvenir de lecteur. Alors qu'en est-il de ce film ? Comme son précédent effort Ex Machina (2015), Annihilation ne convainc pas vraiment. (attention spoilers) Dès le départ, Garland se met une balle dans le pied en présentant le récit principal sous forme de flashbacks. A partir du moment où vous savez que Portman a survécu et probablement pas les autres (soit un aspect qui apparaît très rapidement), il n'y a définitivement plus de suspense pour faire tenir pleinement le spectateur jusqu'à la fin. Pire encore, certaines actions sont évoquées en deux fois : le temps présent où Portman raconte une action, le temps passé où l'action en question se déroule sous nos yeux.

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Ce qui donne souvent un sentiment de redite pénible, au point que le film devient prévisible. On peut également reprocher que le récit le plus intéressant n'est finalement pas celui porté par Portman, mais celui de son mari à l'écran Oscar Isaac (qui ne danse pas ici). La quête existentielle d'Isaac dans les fragments vus durant le film paraît plus fascinante, faites d'une déshumanisation progressive et dont les restes de ses équipiers laissent une idée des dégradations physiques de chaque personnage. On peut également dire que les personnages sont d'une certaine froideur. Si Portman et surtout Tessa Thompson héritent des personnages les plus sympathiques, on ne peut pas en dire autant de Jennifer Jason Leigh dont on peine à s'attacher tant ses actions ou ce qu'elle dit n'inspirent rien d'engageant.

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Gina Rodriguez hérite du personnage le plus agaçant, sorte de bidasse grande gueule dans le pire des cas possible (on est loin d'une Vasquez d'Aliens). Quant à Tuva Novotny, elle apparaît malheureusement en coup de vent, incarnant la première victime. Ce sont des êtres tourmentés, malades ou suicidaires, mais Garland n'offre pas plus d'empathie envers elles, là où le peu qu'on le voit, Isaac réussit à dévoiler la détresse de son personnage. Les effets-spéciaux sont plutôt réussis dans leur globalité, même si certains font un brin kitsch à l'image des biches modifiés. Derrière ses nombreux défauts, il y a tout de même des choses intéressantes qui émergent. 

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Garland parvient par moments à susciter l'angoisse avec des scènes étranges ou à suspense, à l'image de la scène de l'ours ou Portman face à son doppelgänger (joué par Sonoya Mizuno, l'actrice qui incarnait le robot asiatique dans Ex Machina). (fin des spoilers) Le film reste assez intéressant pour qu'on puisse tenir jusqu'au bout, mais la durée semble beaucoup trop longue (presque deux heures) pour ce qu'il raconte. Garland prend peut-être trop son temps, quitte à ne pas aller directement à l'essentiel sur certaines scènes d'exploration où il n'a pas grand chose à en tirer. Si Annihilation n'est pas un mauvais film, il n'en reste pas moins comme Ex Machina un film qui a parfois des bonnes intentions, mais pas assez pour en faire un bon film. On peut facilement préférer le Garland scénariste au Garland réalisateur.

  • Psychokinesis (Yeon Sang Ho, 2018). Netflix Original : Oui.

Psychokinesis

Comme Illang (Kim Jee Woon, 2018), Psychokinesis est un film sud-coréen diffusé dans le monde par Netflix l'an dernier et également une grosse production qui n'a pas fait les scores espérés dans son pays (moins d'un million d'entrées). Si le cas du Kim est regrettable, on aura moins de mal à comprendre le sort de Psychokinesis. Après une première expérience concluante dans le cinéma live-action (Dernier train pour Busan, 2016), Yeon Sang Ho se lance dans une seconde tentative qui l'est beaucoup moins. Le film suit un homme (Ryoo Seung Ryong) parti du domicile conjugal et apprenant par sa fille (Sim Eun Kyeong) la mort de son ex-femme. Parti la rejoindre, le personnage va alors comprendre que des industriels essayent par tous les moyens de détruire le quartier où se trouve sa fille pour installer un centre-commercial.

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Comme les habitants ne veulent pas partir, alors ils optent pour du chantage ou la destruction d'habitations ou magasins. L'ex-femme du héros est morte suite à une opération qui a mal tourné et il va participer à la révolte locale. Le plus est que notre personnage principal a bu une substance qui lui a donné des super-pouvoirs, comme les dons de voler, de télékinésie ou une certaine force. Psychokinesis aurait pu être un film de super-héros intéressant, d'autant que visiblement c'était le premier du pays et qu'il évoque certains aspects sociaux potentiellement intéressants. Manque de bol, le traitement est à la ramasse. Le héros ne suscite aucune empathie, ni même d'intérêt tant il est peu reluisant et anecdotique. Sa fille apparaît plus intéressante car elle est rattachée directement au combat social qui sert de leitmotiv au film.

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Leur relation pourtant censée être le coeur du film est totalement sous-traitée, si bien qu'elle apparaît très artificielle. L'aspect super-héroïque est traité par dessus la jambe (le père obtient ses pouvoirs et... c'est tout), pas aidé non plus par des effets-spéciaux particulièrement cheap. On pourrait se dire que pour le pays ça va, mais même les CGI pas toujours folles de Busan étaient mieux faites. Quant au contenu social, il tombe à plat également, tombant dans le sujet vu et revu de David contre Goliath. Veteran (Ryoo Seung Wan, 2015) aborde beaucoup mieux cet aspect par le prisme du film policier, quitte à être plus violent et juste. Le film devient donc assez vain, oubliable et surtout loin de la violence radicale des précédents efforts de son réalisateur.

  • Young tiger (Chu Mu, 1973). Netflix Original : non.

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Voilà l'un des films asiatiques les plus vieux à ma connaissance sur Netflix et loin d'être le plus fameux. Si aujourd'hui ce film reste connu, c'est en grande partie car c'est un des premiers films de Jackie Chan. Bien qu'il soit un des méchants du film, les différentes sorties vidéo ont largement misé sa trogne d'amour, histoire de faire croire qu'il en était le personnage principal (idem pour la vignette Netflix, probablement pour attirer plus de monde). Chose qui n'a pas changé de nos jours puisque des acteurs connus sont souvent mis en avant sur les jaquettes de DVD ou BR alors qu'ils n'apparaissent parfois que quelques minutes à l'écran. L'autre aspect rigolo autour de ce film est qu'il a beaucoup trop de titres. Outre Young tiger et sa traduction française (Le jeune tigre), le film se nomme également Rumble in Hong Kong, Police woman ou The Heroine.

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Si les deux derniers sont beaucoup plus logiques, on se demande bien qui est le jeune tigre en titre. Pas Jackie Chan pour les raisons évoquées plus haut. Ce n'est pas non plus le chauffeur de taxi (Charlie Shin) et probablement pas la femme flic jouée par Yuen Qiu, vue en chef de village dans Kung fu hustle (Stephen Chow, 2004) et aide inestimable pour feu Roger Moore dans L'homme au pistolet d'or (Guy Hamilton, 1974). A cela rajoutez que l'on peine à définir qui est vraiment le héros, tant la construction du scénario est particulièrement laborieuse. On débute sur elle qui s'attaque à une bande, puis on la délaisse pour suivre le chauffeur qui a conduit sa soeur avant qu'elle ne meure. Puis elle revient en s'accaparant le récit pour ensuite faire du 50/50. Ce qui a tendance à  rendre l'intrigue souvent confuse.

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Déjà qu'elle se révèle très banale (la soeur était dans un gang et voulant s'en échapper, elle avait fait des micro-films des magouilles de ses patrons), mais si en plus vous ne savez pas qui suivre, cela en devient un peu gênant. On s'amusera de la tâche collée sur la joue de Jackie Chan rappelant cette bonne vieille époque de la mouche. A la différence que là, elle n'a pas l'air de bien coller. Si le fait de mettre en avant une héroïne d'action à cette époque est plutôt bien vue (d'autant que Yuen est assez convaincante), il en faut plus pour sortir Young tiger du mauvais film d'action vite oublié après son visionnage.

  • Les chroniques de Noël (Clay Kaytis, 2018). Netflix Original : oui. 

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Le film de Noël n'est pas nouveau, puisque l'on peut facilement revenir aux 40's pour en trouver, avec Le miracle sur la 34ème rue (George Seaton, 1947) et La vie est belle (Frank Capra, 1946) pour exemples. On ne compte plus non plus les incarnations du Père Noël : Tim Allen dans la trilogie The Santa Clause (Pasquin, Lembeck, 1994-2006), Alain Chabat dans Santa et cie (Chabat, 2017), Tom Hanks dans Le Pôle Express (Robert Zemeckis, 2004) ou des cas particuliers à l'image de feu Patrick Floersheim dans 3615 code Père Noël (René Manzor, 1989) et Gérard Jugnot dans Le père noël est une ordure (Jean Marie Poiré, 1982). Netflix a sorti le grand jeu en appelant Kurt Russell pour jouer le Papa Noël dans un film produit par Chris Columbus.

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Un grand amateur de la période des fêtes puisque ce dernier a produit, réalisé ou écrit Gremlins (Joe Dante, 1984), les deux premiers Home Alone (1990-92), La course au jouet (Brian Levant, 1996) ou Un Noël de folie ! (Joe Roth, 2004). A la réalisation, on retrouve un certain Clay Kaytis qui fut animateur chez Disney entre 1995 et 2013 sur des films comme Frozen (Lee, Buck, 2013), Tarzan (Lima, Buck, 1999) et Le bossu de Notre Dame (Trousdale, Wise, 1996). Après avoir réalisé l'adaptation animée du jeu-vidéo Angry birds (2016), le voici donc sur son premier film live-action. N'allons pas par quatre chemins, Les chroniques de Noël est un film de Noël classique. Si comme moi vous avez écumé les mois de novembre et décembre en regardant des téléfilms de Noël sur TF1 (marche aussi avec M6), vous ne serez pas dépaysés.

Des gens qui ne croient plus en Noël ou au Père Noël et qui vont réapprendre à aimer le 25 décembre. Un deuil dans la famille qui rend les relations entre parents et enfants difficiles ou tristes. Si possible le soir même. Quand vous l'avez vu plus d'une quinzaine de fois, cela devient un peu redondant. Les chroniques de Noël ne révolutionne rien, dans sa mise en scène il fait même parfois téléfilm de luxe avec un récit pas forcément monumental et une réalisation assez banale en dehors de bons effets-spéciaux. Mais il y a un aspect redoutable, un truc qui fait que Les chroniques de Noël est quand même un film très sympathique : Kurt Russell. Il est le Père Noël et l'acteur semble vraiment s'éclater dans le rôle, notamment dans une scène où il se déchaîne sur Santa Claus is back in town d'Elvis Presley (1957), 39 ans après l'avoir incarner dans le biopic de John Carpenter. On ne pouvait rêver mieux.

A la prochaine !