Cette semaine, la Cave de Borat va revenir sur un grand pan du cinéma d'animation américain. A l'occasion de la sortie de l'attendu Coco (Lee Unkrich, 2017), votre cher Borat va se faire plaisir en abordant des gens qui ont façonné son enfance et continue de le faire rêver avec de beaux projets. Contrairement à ce que beaucoup croient et comme je l'avais montré avec leurs courts-métrages (cliquez dans , vous les trouverez facilement), Pixar n'a pas débuté avec Toy Story (John Lasseter, 1995), très loin de là. Tout commença ironiquement à Disney. A cette époque, Joe Ranft et John Lasseter (ainsi que Brad Bird, Henry Selick et Tim Burton) sont des animateurs, dessinateurs et scénaristes qui travaillent sur différents projets dans des studios en décrépitude, notamment sur Rox et Rouky (1981) et Tron (Steven Lisberger, 1982). Ils viennent tous de la CalArts, cette université fondée par Walt Disney pour trouver de nouveaux animateurs et artistes pour ses films. Le célèbre A 113 que l'on retrouve dans tous les films Pixar de diverses manières (immatriculation de voitures, numéros de train, d'avion ou même sur des étiquettes présentes sur des animaux) vient en fait d'une salle de classe de l'université.

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Joe Ranft et Tim Burton lors de leurs années Disney.

Joe Ranft tiendra plus longtemps, mais Lasseter sera viré par rupture de contrat après que son projet autour de Max et les maximonstres (Maurice Sendak, 1963) a été rejeté (voir Sendak rejoint ses maximonstres). Idem avec Le petit grille-pain courageux qui deviendra un film indépendant en animation traditionnelle (Jerry Rees, 1986), avant d'être édité par Disney dans les 90's ! Lasseter se retrouve donc à ILM, mais pas pour très longtemps. Les effets-spéciaux du Secret de la pyramide (Barry Levinson, 1985) ont beau être novateurs (le fameux chevalier composé de vitraux notamment), le film est un échec au box-office. L'échec d'Howard the duck (Willard Huyck, 1987) fait perdre beaucoup de plumes à George Lucas, déjà bien embêté par un divorce spectaculaire. L'adaptation du comic-book Marvel ne lui laisse pas le choix : il doit vendre son département d'animation en images de synthèse auquel participe Lasseter. Par ailleurs, Alvy Ray Smith avait déjà réalisé un court-métrage nommé Les aventures d'André et Wally B, petite série de gags entre un androïde et une abeille (1984). Lucas ne vend pas son bébé à n'importe qui, puisqu'il s'agit de Steve Jobs alors pas au top de sa forme (il venait d'être remercié par Apple et venait de monter sa nouvelle boîte). Jobs se retrouve alors aux commandes d'une entreprise d'images de synthèse auquel il peut innover au niveau informatique, mais pas que. 

Très rapidement, les équipes de John Lasseter se concentrent sur l'animation en vue de promouvoir un système informatique qui finalement ne se vendra pas bien. C'est ainsi que naissent les courts-métrages Luxo Jr (Lasseter, 1986) dont le héros servira de logo au studio ; Red's dream (Lasseter, 1987) ; Tin Toy en 1988; et Knick Knack en 1989. Ces courts-métrages commencent à se faire une réputation et attirent les festivals et récompenses : Luxo Jr finira avec l'Ours d'argent du meilleur court-métrage et Tin Toy avec l'Oscar pour le meilleur court-métrage animé. Les publicités sont également de la partie, mais le studio se sépare rapidement de sa partie informatique en 1990. Arrive alors le projet Toy Story. Pour le soutenir, Jobs a besoin d'un appui considérable. C'est ainsi qu'un accord avec Disney est réalisé pour produire trois films. Le début d'une longue aventure qui ne fut pas sans problème. (Attention spoilers)

De gauche à droite : Joe Ranft, Pete Docter, John Lasseter et Andrew Stanton.

  • Toy Story (John Lasseter, 1995) : Il était une fois une révolution

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Les débuts de Toy Story furent pour le moins mouvementés et pour cause, les créateurs ont eu énormément de mal à trouver le ton du film, notamment l'étude de caractère. Si Buzz l'éclair se prenait déjà pour un Ranger de l'Espace, Woody était beaucoup trop méchant pour susciter la compassion du public. De même, il était d'abord prévu que le jouet musicien de Tin Toy soit le personnage principal du film. On dit alors que le film mettrait en scène le jouet et une marionnette offerts tous les deux à un enfant. Le ventriloque devenait jaloux de l'attention que porte l'enfant à Tinny. Les dès sont déjà jetés quant à la rivalité entre les deux personnages principaux. Le projet évoluera, Tinny devenant Buzz et le ventriloque Woody. On peut d'ailleurs voir différentes filiations avec le film-mère, puisque le bébé de Tin Toy devient la petite Molly dans Toy Story et elle aussi fait des ravages avec les jouets, comme le confirme ce bon vieux Monsieur Patate. En sachant que Bud Luckey (réalisateur de Saute mouton, court-métrage avant-programme des Indestructibles) a beaucoup insisté pour faire d'un des héros un cowboy, rappelant son Montana natal. Le film sort pour le week-end de Thanksgiving, la fête chère aux américains et synonyme de très grosses entrées dans les salles.

Toy Story : Photo

Concept-art de Buzz réalisé par Bud Luckey.

Succès surprise s'il en est (même avec l'appui de Disney, Pixar était encore inconnu du grand public), le film bat Balto production animée signée Amblin et se retrouve avec un prix spécial aux Oscars pour l'innovation technologique qu'il apporte au cinéma. A savoir le premier long-métrage entièrement réalisé en images de synthèse. Alors que Disney retrouvait du peps, Pixar arrive et fait office d'intrus. Qui aurait pu croire qu'une telle révolution dans le cinéma d'animation serait une telle réussite ? Prenons pour exemple Final Fantasy Les créatures de l'esprit (Hironobu Sakaguchi, 2001). Le premier film avec des acteurs virtuels, mais échec quasi-total pour le reste (histoire bateau, personnages inconsistants, échec commercial entraînant la chute de Square). Même si les hommes ne sont pas encore très bien animés (on pense aux expressions faciales souvent excessives, comme le confirme Sid ou pas assez), tout ce qui est raccord à l'environnement et aux jouets est encore de nos jours absolument saisissant et impressionnant. Se dire que le film signe ses vingt-deux ans cette année est assez incroyable. Mais là où Pixar touche un point majeur c'est par leur propension à faire des films qui s'adressent au plus grand nombre et pas seulement aux enfants.

Toy Story : Photo

Concept-art de Woody réalisé par Bud Luckey.

Une chose que les studios Disney vont progressivement perdre durant les 2000's, avant un retour en flèche ces dernières années grâce aux exécutifs de Pixar (Lasseter notamment). C'est par cela que Toy Story comme les films qui suivront vont fidéliser un public qui grandira quasiment en même temps que leurs oeuvres et les suivra suite à ce gage de qualité indéniable. Il suffit de regarder les thèmes abordés dans le film pour s'en rendre compte : jalousie à travers la chambre d'un enfant, la découverte de la réalité (en chansons aussi bien pour Woody délaissé que pour Buzz découvrant son existence de jouet), la peur (Woody de se retrouver chez Sid, mais aussi d'être abandonné par Andy ; Buzz de n'être rien) ou encore l'amitié (dévoilée le temps d'une discussion nocturne où chacun assume enfin ses états d'âme). Puis par des personnages immédiatement iconiques : Woody le cowboy jaloux ; Buzz le ranger de l'Espace pas très au fait de son statut ; les sarcastiques Patate et Bayonne ("Je suis Picasso ! -Je pige pas. -Mais c'est de l'art gros lard !", "oh tu ne vas pas nous en faire une purée !") ;  la bergère qui adore Woody ; les martiens ; le gentil Rex ou encore les militaires.

Toy Story : Photo

Sans compter un humour qui fonctionne et un doublage aux petits oignons. Si Tom Hanks et Tim Allen sont bons en VO, ne jetons en aucun cas la pierre à Jean Phillipe Puymartin et Richard Darbois qui signent un travail admirable, pareil pour leurs collègues. Toy Story débute une nouvelle ère pour l'animation et surtout pour le cinéma en général.

  • 1001 pattes (John Lasseter, 1998) : Une histoire d'insectes

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Lors d'un dîner survenu en 1994, les pontes du studio John Lasseter, Andrew Stanton, Joe Ranft et Pete Docter ont évoqué différents projets à venir : des histoires de fourmis, de monstres, d'un robot et d'un poisson perdu. De là sont donc né A bug's life, Monsters Inc (Docter, 2001), Wall-e et Finding Nemo (Stanton, 2003-2008). A bug's life ou 1001 pattes sera le premier de ces projets à naître et sera signé John Lasseter. En sachant qu'entretemps le contrat avec Disney change puisque ce ne sont plus trois, mais cinq films qui seront produits par le studio à compter du 24 février 1997. Désormais, le siège de Pixar se trouvera à Emeryville. Pendant ce temps, Dreamworks travaille sur son tout premier film en images de synthèse Fourmiz (Darnell, Johnson, 1998). Néanmoins, les deux projets divergent. Si Fourmiz s'apparente à un bordel parodique où se côtoient Woody Allen, Starship troopers (Paul Verhoeven, 1997) et le récit d'enlèvement ; A bug's life va davantage vers le remake des Sept samouraïs (ou même des Sept Mercenaires), à l'image de ce que fera Aardman avec Chicken Run (Park, Lord, 2000) avec La grande évasion (John Sturges, 1963). Pixar reprend le même principe que les films d'Akira Kurosawa et de Sturges.

Concept-art.

Un peuple opprimé par un groupe de personnes. Certains habitants (ici un seul) partent afin de trouver des mercenaires de fortune pour les aider. Néanmoins, 1001 pattes se veut différent car comme l'indique son titre original, il met en scène des insectes. Les opprimés sont des fourmis, les oppresseurs des sauterelles et les samouraïs / mercenaires un groupe de divers insectes (dont Marcel la coccinelle qui en a sous les ailes, aidée de la voix savoureuse de Patrick Poivey en VF). Mais John Lasseter va un peu plus loin. Les fourmis sont dirigées par une reine et une princesse. Celui qui va chercher les mercenaires est aussi une fourmi, un inventeur raté qui trouve l'idée de génie. Les mercenaires sont issus d'un cirque de puces et sont globalement inoffensifs. Mais évidemment il faut un méchant de qualité et le Borgne en est la preuve irréfutable. Il tue (il balance toute une cargaison sur deux sauterelles qui lui ont manqué de respect), tape (le pauvre Tilt morflera dans le dernier acte), mais a une peur bleue des oiseaux qui pourraient le becter. Si en plus il a la voix de Kevin Spacey en VO et de Dominique Collignon-Maurin (voix phare de Nicolas Cage) en VF, ce n'est que du bonheur.

1001 Pattes : photo Andrew Stanton, John Lasseter

Mais là où A bug's life réussit son coup, c'est par son animation impressionnante. Avec Toy Story, le studio Pixar s'attaquait déjà au petit, en prenant le point de vue des jouets et ils devaient faire face à des éléments bien plus grands qu'eux comme un lit, des escaliers ou même une route. Avec 1001 pattes, le défi est encore plus complexe puisque le monde des insectes est encore plus infiniment petit. D'ailleurs, un des gags du bêtisier de Toy Story 2 (Lasseter, 1999) montrera littéralement Buzz dégommant rien qu'avec son bras une branche où se trouve les quasi-invisibles Tilt et Heimlich. Sans compter le paysage devenant disproportionné par rapport à notre regard. Le plus fragrant reste la boîte de conserve servant de sorte de Times Square alors même qu'elle est minuscule à côté de la caravane qui est devant elle. Au passage, la camionnette Pizza Planet commence sa série de caméos en étant garée à côté de la caravane. Elle réapparaîtra exactement à la même place dans Monstres et cie lors du climax.

  • Toy Story 2 (John Lasseter, 1999) : Une suite réalisée dans la douleur

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Quand Toy Story 2 double la mise de son aîné au box-office (plus de 497 millions de dollars de recettes contre 373 pour le premier) en plus d'être un succès critique considérable, Disney comme Pixar sont ravis, voire soulagés. Le projet revient en fait de très très loin. Dans son optique de direct to video au rabais que le studio a initié depuis le début des 90's, Disney songe dans un premier temps à produire Toy Story 2 pour le marché vidéo, même produit par Pixar. D'autant que le studio ne veut pas compter cette suite dans le contrat le liant à Pixar sur trois, puis cinq films, prétextant qu'elle ne donne le feu vert que pour des films originaux. Le début des embrouilles entre Disney et Pixar et autant dire que c'est loin d'être fini. Suite à des tests calamiteux, le film fut entièrement repensé alors même que Disney a décidé de le sortir au cinéma. Le projet est donc totalement réaménagé par John Lasseter, qui était jusqu'à présent préoccupé par 1001 pattes. A cela rajoutez un problème de disquette pour le moins effrayant (une employée avait heureusement conservé une copie de travail sauvant le film de l'enfer de la production) et vous obtiendrez un travail de forcené dû à des délais serrés. 

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Concept-art de Zurg réalisé par Ash Brannon.

Au final, il s'agit d'un sommet de plus et surtout d'une suite qui a le mérite de dépasser son modèle. Le film s'impose dès son ouverture spectaculaire. Le spectateur ne sait pas où il est et a l'impression d'être devant un véritable film d'action où Buzz dégomme du robot à tout va, déjouant les fameux plans de l'empereur Zurg, dont le nom étant prononcé dans le premier film par un Buzz convaincu de sa mission. Une séquence en fait issue d'un jeu-vidéo joué par Rex. Il n'est plus question de minutie du détail, mais de réellement accrocher le spectateur avec une séquence totalement improbable mais impressionnante et cela marche. Le spectateur est parti pour un spectacle qu'il n'est pas prêt d'oublier. Alors que le premier volet jouait sur la naissance d'une amitié entre un cowboy et un ranger de l'Espace, Toy Story 2 montre à quel point ces deux héros sont intimes. Une vraie bromance, puisque les deux ne sont rien sans l'autre et Buzz fait ce que Woody a fait pour lui : le sauver des mains d'un homme sans scrupule (Al vole Woody pour le mettre dans sa collection, pour ensuite le vendre à un musée au Japon en se focalisant sur le pactole qu'il va toucher). Dès lors sous l'angle de Buzz, le film devient une véritable poursuite où un jouet part à la recherche de son ami.

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Concept-art de Pile Poil réalisé par Ash Brannon.

Mais à la différence du film de 1995, il ne s'agit plus de passages en voitures ou de deux maisons voisines, mais de véritables kilomètres entre la maison d'Andy et l'immeuble où loge Al. Un nouveau défi pour Pixar puisqu'il s'agit de retranscrire une ville à taille de jouets, mais aussi de leur faire vivre un périple à l'image de leurs possibilités. D'où la scène des cônes de signalisation qui reste un des plus beaux moments de suspense concoctés par Pixar (le pauvre Monsieur Patate manque de peu de passer sous les roues d'un camion à cause d'un chewing-gum collé à son pied), d'autant que la musique de Randy Newman fait son petit effet. Pour ce qui est de Woody, l'angle est différent : le jouet est face au dilemme inévitable de la question "qu'est-ce qu'il arrivera quand Andy ne voudra plus de lui ?". Si son choix est fait, il anticipe la partie la plus dramatique de Toy Story 3 (Lee Unkrich, 2010) et la place du jouet dans le coeur de celui qui a joué avec lui durant son enfance. Savoir aussi si voir une lumière dans les yeux d'un enfant est plus riche que les flashs d'appareils photo de touristes le voyant dans une vitrine. Le film est peut être plus mature que son aîné sur plus d'un thème, le cas de Jessie la cowgirl est aussi à retenir.

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Concept-art.

Elle symbolise à elle seule le jouet abandonné par sa maîtresse et refuse de se retrouver dans le même cas avec quelqu'un d'autre. Une scène aussi touchante que dramatique, où le spectateur en vient à éprouver de la peine pour un jouet. Par ailleurs au fil des années, une théorie a évoqué la possibilité que la petite Emily soit la mère d'Andy et ce par plusieurs indices. Que ce soit le fait d'avoir possiblement transmis son amour des cowboys à son fils, le fait qu'Andy a un chapeau assez similaire à Emily (mais étant donné que c'est la même marque qui s'occupait des jouets Jessie et Woody, ce ne serait peut-être qu'une coïncidence) et le visage d'Emily entraperçu le temps de quelques secondes n'est pas sans rappeler les traits de la mère. Une théorie qui évidemment n'a pas été officialisée par Pixar, mais qui apparaît plus que cohérente. Le film accumule aussi les clins d'oeil à la pop culture, à l'image de ce plan où Rex est vu à travers un rétroviseur rappelant la poursuite de Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993) ; l'impayable "Je suis ton père" proclamé par Zurg ; ou même le nettoyeur ressemblant étrangement à Geri, le joueur d'échecs du court-métrage de Jan Pinkava (1997).

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Sans compter la camionnette Pizza Planet qui sert de véritable moyen de locomotion aux héros et Barbie abordée sous toutes les coutures dans tout ce qu'il y a de plus cliché (première apparition : Bayonne, Patate, Zig Zag et Rex restant bouches bées devant des Barbies qui dansent en maillots de bain, on ne peut pas faire plus subtil). Que dire également de la scène désopilante de l'ascenseur où tout le monde se demande si le Bad Buzz est bien sérieux ? Tous ces éléments font de ce second opus une réussite indéniable et d'autant plus flagrante qu'elle a été produite dans des conditions absolument affreuses.

  • Monstres et cie (Pete Docter, 2001) : Pixar s'ouvre à d'autres réalisateurs

Monstres & Cie : Affiche

Dans une optique d'ouverture, John Lasseter laisse sa place de réalisateur à un de ses camarades historiques Pete Docter. Un pari risqué car les trois premiers films furent réalisés par Lasseter, mais aussi une forme d'ambition car Pixar s'ouvre à d'autres talents. Au final, cet apport fut plus que bénéfique puisque Pete Docter a apporté une touche personnelle qui lui est propre. Si John Lasseter a joué sur la nostalgie (Woody le cowboy, Al le collectionneur, par la suite la Route 66 renvoyant à ses road trip), Docter joue sur notre imagination. Dans Monstres et cie, il s'agit des monstres qui sont sous nos lits ou dans nos placards, mais dans Up (2009) il s'agit d'un vieil homme qui réalise le rêve de sa femme et dans Inside out (2015) les émotions d'une jeune fille. L'introduction est maligne : elle reprend pile poil le schéma du monstre dans le placard. A la différence qu'ici il s'agit d'un test qui sera analysé par un jury. Dès lors, Docter nous plonge dans la ville Monstopolis nourrie aux cris d'enfants. L'entreprise marche par sessions de terreur : tous les matins, les monstres viennent pointés pour effrayer des gosses (ce qui marche parfois ou pas comme l'indique le fameux monstre qui a droit au 23 19) et leurs collègues se chargent des bouteilles de cris et de la paperasse.

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Concept-art réalisé par Dominique R. Louis.

En fait, Monstres et cie peut se voir comme une véritable usine qui nourrit toute une ville, avec ce que le travail a comme labeur. A partir de là, Docter nous présente Sully un grand monstre bleu à corne (un nouveau défi pour Pixar pour ce qui est du pelage massif de la créature) et véritable star de l'entreprise ; et Bob petit cyclope vert qui le seconde. Les monstres sont divers, un d'entre eux n'étant montré que par son énorme patte tant sa hauteur est immense ou Léon le caméléon (doublé en VO par cet autre caméléon qu'est Steve Buscemi et en VF par le génial Dominique Collignon-Maurin). Pete Docter dévoile dans sa première partie une véritable comédie, où il joue de l'influence des monstres pour en faire des personnages typiques de ce que l'on a l'habitude de voir dans notre quotidien. Des amis, des copains de boulots avec des relations amoureuses... pour ensuite basculer dans le thriller à l'arrivée de Bou dans Monstropolis. Dès lors le film devient périlleux, pas forcément gentillet et s'éloigne rapidement de la comédie. Le personnage perfide qu'est Léon montre toute sa méchanceté dans un final périlleux quand un autre méchant se profile aussi de manière soudaine.

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Il y a également un sous-texte assez amusant sur le monde du travail. En effet, Waternoose en vient à suivre Léon dans ses méfaits car l'entreprise est au bord de la faillite. Les cris sont moins présents, les enfants moins réceptifs aux monstres (un d'entre eux a peur d'être mordu lors d'une escapade) et l'entreprise perd de l'argent. En gros, le directeur serait prêt à commettre un crime pour que son entreprise ne coule pas. Ce qui en fait un être peut être plus dangereux que Léon. Ce qu'il y a de terriblement beau dans Monstres et cie c'est la relation entre Sully et Bou. Rapidement, on peut voir chez Sully une figure paternelle qui s'ignore et prenant petit à petit une importance protectrice. A Monstropolis, Sully est comme un père pour Bou : c'est lui qui la borde, c'est son protecteur face aux méchants et son héros. Bob est surtout le sidekick jubilatoire qui lui sert d'ami et acolyte (et ce malgré sa grande importance). Le dernier plan pré-générique de fin (donc en excluant le générique qui réserve son lot de rigolades entre le bêtisier et la comédie-musicale improbable de Bob) répond en soi à ceux qui espéraient une suite (Sully retrouve Bou). C'est peut être pour cela que Pixar a préféré opter pour une préquelle quand la question d'une suite s'est posée.

  • Le monde de Némo (Andrew Stanton, 2003): le périple australien

Le Monde de Nemo : Affiche

Andrew Stanton attaque un film charnière pour Pixar : Le monde de Némo est son plus gros succès avant Toy Story 3. Sorti en plein mai 2003 aux USA, le film fut un véritable raz-de-marée (plus de 940 millions de dollars de recettes) si bien que Le Roi Lion (Minkoff, Allers, 1994) perdit la face au box-office. Il s'agit aussi du premier Pixar à obtenir l'Oscar du meilleur film d'animation devant... Frères des ours (Blaise, Walker, 2003) produit par Disney. Un énorme succès qui retentit encore aujourd'hui comme un des plus fulgurants du cinéma d'animation. Visuellement, Pixar touche à un nouvel inconnu : l'eau. L'Océan Pacifique par Pixar et particulièrement le courant Est-Australien est d'une beauté encore spectaculaire de nos jours. On peut même parler de cas d'école dans ce domaine. Les animateurs se sont même fait remonter les bretelles, car les différences entre la réalité et l'animation étaient totalement minces. C'est dire le niveau d'excellence qu'avait déjà en 2003 Pixar face à des concurrents comme Dreamworks (qui ne se privera pas de mettre en production le lamentable Gang de requins, histoire d'avoir son propre film sous l'eau). Si Docter joue sur l'imagination, Stanton réussit davantage à envoyer ses personnages dans des contrées inconnues. Ici, il s'agit d'un poisson clown sortant de son anémone pour sauver son fils à Sydney. 

Le Monde de Nemo : Photo

Dans sa séquelle (2016), il fera de même avec le poisson chirurgien Dory en Californie. Stanton enverra le robot Wall-e dans l'Espace et de même avec John Carter sur la planète Mars. Dès l'ouverture, Stanton frappe fort en tuant la compagne de Marin, ainsi que la quasi-totalité de ses oeufs devant son homme impuissant face à un espadon trop gros pour lui. Marin est dorénavant traumatisé et vit difficilement le fait que son fils ne le suit plus à la trace. Le fils ne comprend pas ce sentiment dû au traumatisme et c'est aussi pour cela que le père et le fils ne s'entendent pas. L'inévitable devait arriver. Le petit est enlevé par un dentiste et le père va devoir aller le chercher à travers l'Océan Pacifique en compagnie du plus improbable des sidekicks (un poisson chirurgien perdant la mémoire au bout de quelques minutes). Le monde de Némo prend alors le même modèle que Toy Story 2 et montre des héros face à un environnement trop grand pour eux et qu'ils vont devoir traverser pour retrouver un être cher. Les passages dans l'aquarium sont désopilants, Stanton parodiant la série Mission Impossible (1966-73) le temps d'une séquence jubilatoire et usant d'une galerie de personnages succulents (le poisson lune qui explose à chaque fois, Deb qui croit que son reflet est sa soeur jumelle ou Gill le meneur balafré).

Le Monde de Nemo : Photo

N'oublions pas non plus le mémorable trio de requins végétariens (dont le meneur Bruce est nommé en rapport au surnom du requin dans Jaws), avant de lancer un bombardement inspiré d'U571 (Jonathan Mostow, 2000). Les humains apparaissent sous un visuel bien meilleurs que sur les précédents films (et ce malgré que Toy Story 2 ou le court-métrage Le joueur d'échecs ont fait beaucoup dans le développement) et sont présents plus longtemps aussi. Darla peut se voir comme une version improbable et féminine de Sid, tuant des poissons on ne sait trop comment (probablement par inadvertance, même si elle a un beau tableau de chasse) et devenant en soi une prédatrice dont le seul nom provoque l'effroi des poissons. La musique de Thomas Newman (sublime score au passage) joue même sur le thème de Psychose (Bernard Herrmann, 1960) pour son arrivée. Une véritable réussite faisant définitivement passer Pixar dans les poids lourds de l'animation américaine, faisant totalement de l'ombre à leur distributeur.

  • Les Indestructibles (Brad Bird, 2004) : Pixar va faire mal

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Affiche réalisée par Rico Jr.

Pixar s'ouvre pour la première fois à un réalisateur étranger à son studio, mais pas à n'importe qui. Ami de Joe Ranft et John Lasseter depuis CalArts, Brad Bird a entretemps réaliser le magnifique Géant de fer (1999), bide commercial malgré un accueil chaleureux. Toujours dans une optique old school mais moderne, il réalise Les Indestructibles (Oscar du meilleur film d'animation succédant à Némo), film mettant en scène une famille de super-héros. Comme pour se rapprocher directement de son précédent film qui se déroulait en pleine Guerre Froide, Les Indestructibles se déroule dans une période un peu floue n'étant pas sans rappeler les 60's. Tout l'univers mène à cela avec comme point de départ des voitures old school (celle de Mr Indestructible n'est pas sans rappeler celle d'Adam West dans la série Batman et Buddy a des faux airs de Robin du pauvre). Les costumes semblent typiques de l'époque (regardez ceux de Mr Indestructible, Frozone et Elastigirl et vous verrez que l'on est typiquement à l'époque où Marvel commençait à émerger) et cela sera agencé dans le reste du film dans un ton très "jamesbondien".

Concept-art.

La musique de Michael Giacchino (sa première majeure et pas des moindres) s'accorde parfaitement avec cela, alignant les tons jazzy qui n'auraient pas déplu à John Barry, le compositeur du thème de l'agent double-zéro. Il n'est donc pas étonnant que par la suite, Bird l'a employé sur tous ses films, mais aussi que Giacchino est devenu un compositeur très régulier chez Pixar. Ainsi, on lui doit les ost de Ratatouille (2007), Up, Cars 2 (2011), Inside out et Cocoainsi que celles des courts-métrages L'homme orchestre (2005), Extra-terrien (2007), Partly Cloudy (2009), Jour Nuit (2010), La luna (2012) et des Toy Story Toons Toy Story of terror (2013) et That time forgot (2014). Un gage de qualité dans tous les cas. Le postulat de l'interdiction au super-héroïsme, la mort de divers super-héros utilisant des capes et le retour de certains héros pour sauver le monde renvoient directement au plus grand roman-graphique du XXème siècle, à savoir Watchmen (Moore, Gibbons, 1986-87). Mr Indestructible apparaît comme un résistant, essayant par la même occasion de retrouver une nouvelle jeunesse face à un quotidien qui l'ennuie profondément (et le mot est faible). Ce qui n'est pas sans rappeler Rorschach (sans le côté psychopathe bien évidemment) dans le roman-graphique.

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Par la même occasion, les héros avec capes rappelent directement Dollar Bill, ce super-héros dont la cape coincé lui avait valu une balle dans la tête lors d'un braquage de banque. On peut donc voir assez facilement Les Indestructibles comme une adaptation libre du graphic novel alors même que l'adaptation véritable patinait depuis la fin des 80's. On peut aussi relever des similitudes avec les Fantastic Four, les Indestructibles étant une famille composée d'un père à la force surhumaine (comme Superman ou dans le cas présent la Chose) ; d'une mère élastique (comme Mr Fantastic) ; d'un fils rapide comme l'éclair (comme Flash) ; d'une fille invisible et faisant des champs de force (comme Sue Storm) ; et d'un bébé dont les pouvoirs naissants risquent d'être destructeurs. Quant au méchant, il symbolise à lui seul le fan devenant un méchant suite à des événements ne jouant pas en sa faveur. Un peu comme le personnage de Samuel L Jackson dans Incassable (qui ironiquement est le doubleur de Frozone). L'air de rien, Les Indestructibles se dévoile comme un véritable blockbuster en puissance n'ayant pas peur des films qui jouent sur le même terrain (le film est sorti la même année que Spider-man 2).

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Il n'y a qu'à voir le nombre incroyable de scènes d'action du film pour s'en rendre compte, l'une des meilleures étant bien évidemment le sauvetage dans l'immeuble, suivi de près par Mr Indestructible conduisant une voiture atterrissant en pleine autoroute. Pixar innove encore et se met au même rang que certains films live-action. Chapeau bas. Bird opte même pour une fin ouverte qui permettra dans un premier temps une suite sous forme de jeu-vidéo (La terrible attaque du Démolisseur, 2005), avant une suite pour le cinéma sous sa direction qui sortira le 4 juillet prochain.

  • Cars (John Lasseter, 2006) : Nostalgie en plein orage

Cars : Affiche John Lasseter

Cars aurait dû être un beau voyage pour John Lasseter : faire un film sur des voitures en évoquant la nostalgie de ses road trip en famille sur la fameuse Route 66. Tout était propice pour que tout se passe bien. Pourtant dans les couloirs de Pixar, l'orage gronde et ne sent pas très bon. Steve Jobs commence à se poser des questions au sujet de l'association entre Pixar et Disney, d'autant que les relations avec le studio aux grandes oreilles s'enveniment sérieusement depuis quelques années. Parmi les raisons invoquées, la question des droits. A cette époque, Disney possédait les droits sur l'histoire et les personnages des films Pixar et les droits de suite. C'est dans cette optique que Michael Eisner (patron de Disney à cette époque et le plus détesté assurément) avait créé Circle 7 pour permettre à Disney de faire des suites de films Pixar sans eux et avec en ligne de mire les projets "Toy Story 3", "Le monde de Némo 2" et "Monstres et cie 2". Un nouveau contrat s'avance en 2004, mais il y a toujours la question de la propriété que veut garder Disney.

Cars

Concept-art de Doc Hudson.

Jobs entre en jeu et annonce chercher de nouveaux partenaires, mais aussi que les films du studio sortirait désormais l'été (ce qui est vrai puisqu'en dehors de The good dinosaur et de Coco, tous les films Pixar sont sortis durant cette période depuis). Le départ de Michael Eisner fit beaucoup dans le rachat de Pixar par Disney. Circle 7 rend l'âme en mars 2006, Pixar est racheté en mai de la même année suite à un nouveau contrat qui leur correspond plus. Par ailleurs, John Lasseter n'est pas en reste puisqu'il devient à la fois directeur de la création chez Pixar, mais aussi chez Disney Animation (son influence s'est énormément ressentie sur les productions survenues depuis Volt), ce que l'on pourrait résumer par le petit qui a bouffé le gros. Finalement tout finit bien alors que les studios étaient sous tensions depuis le début des 2000's. A la même époque, le studio est touché de plein fouet par la mort de Joe Ranft lors d'un accident de voiture. Cars qu'il a coréalisé lui est logiquement dédié, tout comme Les noces funèbres (Burton, Johnson, 2005) auquel il a participé activement. Cars possède des avis assez tranchés, changeant radicalement de l'habituel accueil de Pixar. De plus, son succès au box-office est moins flagrant que pour les précédents films de Pixar. Le film a clairement bien marché (sans compter le merchandising qui fonctionne du tonnerre), mais on est loin des scores foudroyants de Pixar (il fait un peu moins de 200 millions de dollars de recettes de moins que Les Indestructibles). 

Cars : Photo John Lasseter

Cars ne gagne pas non plus l'Oscar du meilleur film d'animation (bien qu'il soit nominé), au profit d'Happy Feet (George Miller, 2006). Cars rappelle les petites voitures avec lesquelles on aimait jouer enfant (ah les majorettes...), avec les courses automobiles et tout ce qui s'en suit. Mais aussi celle des grandes virées devant de beaux paysages. Cars transpire la nostalgie à l'image de la ville de Radiator Spring. Vestige de la Route 66, elle est délaissée par les touristes préférant prendre la voie rapide de l'autoroute au lieu de découvrir la beauté du monde qui l'entoure. Les vieilles boutiques d'antiquités, les gens conviviaux, les rednecks aussi (la voiture militaire qui affronte le van Wolkswagen baba cool, on ne peut pas faire plus significatif) et évidemment le paysage radieux avec ses étendues désertiques et ses magnifiques chutes d'eau. John Lasseter s'est fait plaisir en recréant la Route 66 et compte bien nous le montrer afin de nous offrir un véritable dépaysement. Il est juste un peu dommage que le personnage de Flash McQueen soit aussi superficiel, que ce soit avant ou après sa transformation. Il n'en reste pas moins qu'Owen Wilson est déjà plus agréable à entendre que Guillaume Canet. Pas que Wilson déborde de charisme, mais on le sent déjà bien plus à l'aise que Canet pour un tel personnage.

Cars 2

Cars émeut aussi du fait qu'il s'agit du dernier film de Paul Newman. Au même titre que Bernard Pierre Donnadieu qui doublait le même personnage (Doc Hudson) est décédé également depuis. Le personnage de Doc Hudson reste sans voix, vive Doc Hudson. En sachant que le duo qu'il forme avec Flash n'est pas sans rappeler La couleur de l'argent (Martin Scorsese, 1986) : Flash le rookie à la place de Tom Cruise, Doc le vieux briscard, la course dans la pompe à essence. Cars n'est pas le cru le plus transcendant des Pixar, mais il a un charme indéniable.

  • Ratatouille (Brad Bird, 2007) : Les fins gourmets de Pixar

Ratatouille : affiche Brad Bird, Jan Pinkava

Initialement, Ratatouille n'était pas destiné à Brad Bird. Jan Pinkava est envisagé en premier lieu pour réaliser le film et porte le projet à bout de bras : scénariste, designer des costumes et paysages... Le réalisateur du Joueur d'échecs s'impose, mais la complexité de l'histoire finit par jouer en sa défaveur. Pixar l'évince, tout en lui laissant le poste de co-réalisateur. Le projet est en route depuis au moins deux ans (on en parlait déjà à l'époque du Monde de Némo) et Brad Bird se retrouve à réaliser son second film pour Pixar dans des délais serrés. Le scénario est largement retouché dans la relation entre le rat Rémy et l'apprenti-cuisinier Linguini, Colette prend plus de place, les rats deviennent moins anthropomorphiques. Le film fait alors un véritable carton, devenant à l'époque le troisième plus gros succès de Pixar avec Le monde de Némo et Les Indestructibles (plus de 620 millions de dollars de recettes). Le film bat des records en France en totalisant un peu moins de 8 millions d'entrées. Un score hallucinant qui se ressent par le lieu de l'action qui n'est autre que Paris. Le film livre en soi une belle carte-postale de la ville, à l'image des Aristochats (Wolfgang Reitherman, 1970) en leur temps.

Concept-art réalisé par Daniel Arriaga.

Ce n'est pas forcément une critique quand on voit le look des films de Brad Bird, cherchant toujours un certain charme rétro dans le contemporain. Son Paris se résume à la gastronomie, aux balades en scooter, à la Seine et même au béret du titi parisien. Il n'en reste pas moins que le film est fidèle à l'architecture de Paris, dû notamment à un séjour complet dans la capitale et ses restaurants du réalisateur, des dessinateurs et des animateurs de Pixar. La bande-originale de Michael Giacchino va également dans ce sens, changeant de son style jazzy. Son utilisation de l'accordéon n'est d'ailleurs pas du tout cliché et donne une pointe de romantisme à l'entreprise. Les plats ont l'air terriblement vrais et on s'étonne de voir à quel point l'animation convient parfaitement à montrer la cuisine. Un vrai ravissement visuel dans tous les cas à vous en émoustiller les papilles. Le choix de l'animal qui a des dons pour la cuisine est bien amené. Le rat est souvent considéré comme sale ou nuisible. Même Disney l'avait montré comme un parasite cherchant à mordre un enfant dans un berceau dans La belle et le clochard (1955). Ici, ce ne sera pas le cas.

Ratatouille : photo Brad Bird

Les rats ont beau être nombreux (magnifique effet de foule quand la vieille dame dégomme son plafond et laisse voir une multitude de rats), ils n'en sont pas moins sympathiques, voire rigolos à l'image d'Emile le frère de Rémy. Rémy lui-même est un rat épris de passion pour la cuisine et vouant un culte à Gusteau, un grand chef étoilé mort peu après la destitution de son étoile (voir un parallèle avec Bernard Loiseau ne serait pas étonnant) et se retrouve ironiquement dans son restaurant. Linguini lui n'est pas cuisto, il n'y connaît rien en cuisine, mais il est le fils illégitime de Gusteau. Ratatouille peut donc apparaître comme la revanche des loosers : Rémy le rat cuisinier, Linguini le fils illégitime qui lui sert de support à ses expérimentations. Le stratagème des cheveux n'en est que plus burlesque, ce qu'est le film en plus d'être un récit initiatique. Le burlesque a une grande prise sur le film, preuve en est le personnage de Skinner véritable casse-pied des familles, aussi petit que teigneux. De là, Bird nous montre un monde de la cuisine changeant radicalement, le chef étoilé devenant soudainement une marque pour des surgelés. Rémy apparaît comme un rempart à ce genre de procédé, la créativité primant sur l'industriel. Un film plus intelligent qu'il n'en a l'air.

  • Wall-e (Andrew Stanton, 2008) : L'apocalypse écologique selon Pixar

Wall-E : Affiche Andrew Stanton

Quand Andrew Stanton se lance dans un nouveau projet, on revient inévitablement au fameux dîner de 1994. Pour l'occasion, le réalisateur du Monde de Némo se veut très ambitieux et la communication autour de son film se fait petit à petit en évitant de trop en dévoiler. Ainsi, tout le second acte ne servira pas pour la promotion du film, à l'image de ce qui a été fait pour Gone Girl (David Fincher, 2014) tout récemment. Pour les bruits des divers robots du film, Stanton a fait appel à Ben Burtt l'ingénieur du son responsable de plusieurs richesses sonores de Star Wars (il officie en sound designer sur la franchise depuis 1977) et ayant utilisé le cri Wilhelm sur quasiment toutes les productions sur lesquelles il a travaillé. Si Wall-e n'a pas été un succès foudroyant au box-office (il fait un peu mieux que Cars avec plus de 533 millions de dollars de recettes), il grapille l'Oscar du meilleur film d'animation et s'impose comme une oeuvre purement charnière dans la filmographie du studio. Dès son ouverture, Wall-e est un film qui fait mal au ventre. Le prologue avec l'acteur Fred Willard (la seule fois où Pixar a mis en scène des acteurs dans ses films) évoque ni plus, ni moins que le désastre à venir.

Concept-art.

Puis muni d'un photo-réalisme bluffant, Stanton montre la Terre vue de l'Espace avant de faire un long périple avec des éoliennes à l'abandon et une flopée de satellites inondant l'Espace. Une atmosphère poisseuse avant de montrer notre petit robot éponyme en train de faire un énième cube de détritus. Mais il y a quelque chose qui cloche et Stanton va nous le montrer par une vue aérienne partant du personnage pour montrer un énorme building de détritus, puis les autres l'entourant. Les buildings ne sont plus des bâtiments où les Hommes habitent ou travaillent, ils n'existent d'ailleurs quasiment plus. Désormais on identifie un building comme une énorme montagne de détritus de plusieurs étages. Un constat alarmant qui apparaît rapidement comme encore plus problématique. Les robots tels que Wall-e devaient initialement nettoyer la Terre. Sauf qu'il n'y a plus aucune existence sur Terre, les Hommes sont partis, les robots ont disparu sauf Wall-e. On ne parle pas ici de centrale nucléaire qui a explosé, mais de véritable catastrophe écologique sur la longueur avec des tempêtes de sable (un aspect qui sera repris dans Interstellar). Sauf que même un petit robot ne peut sauver la Terre de la pollution et les détritus qu'il accumule continuent de polluer. 

WE

La richesse de la première partie du film tient également au fait qu'elle est quasi-muette en dehors des bruitages, ce qui est assez impressionnant de nos jours où le film muet est inexistant et surtout en ce qui concerne l'animation (Shaun le mouton est un des rares cas récents). Si le film ne va pas jusqu'au bout du concept, il n'en reste pas moins que cela fonctionne à merveille. L'air de rien, le réalisateur réussit à rendre son robot terriblement attachant par ses mimiques ou son attitude. Wall-e devient rapidement un vrai petit amour de robot, à l'image de Johnny 5 dont les designers disent s'en être inspiré. Arrive alors Eve suite à une découverte importante, ressemblant étrangement à un Ipod (Steve Jobs a dû apprécier). Qui aurait pu croire que voir deux robots en train de tomber amoureux serait aussi émouvant ? Là aussi sur cet aspect, Stanton réussit à rendre plus humain ses robots que ne le sont réellement les Hommes. Stanton fait fort sur les deux parties du film : la première partie avec la Terre dévastée, la deuxième avec l'Homme cloîtré dans un vaisseau et ne cessant de s'engraisser sans jamais se mettre debout. Sans compter le robot commandant de bord qui ressemble comme deux gouttes d'eau à HAL 9000 dans tout ce qu'il y a de plus effrayant.

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Le passage où le commandant se met enfin debout sur Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss (déjà parodié dans Toy Story 2 dans son ouverture) n'en devient que plus cocasse. Le final de Wall-e a beau être optimiste bien aidé par une sublime chanson signée Peter Gabriel et son histoire d'amour entre robots, le film est absolument terrible et laisse un arrière-goût violent en bouche. Andrew Stanton signe peut être le film le plus adulte de Pixar, mais aussi une des oeuvres d'anticipation parmi les plus fracassantes des 2000's. Du genre dont on se souvient encore longtemps.

  • Up (Pete Docter, 2009) : Les ballons du coeur

Là-haut : Affiche Bob Peterson, Pete Docter

Film d'ouverture du Festival de Cannes en 2009, mais aussi le premier film du studio fait pour la 3D, Up est un événement surmédiatisé qui met à peu près tout le monde d'accord. Un véritable succès foudroyant (plus de 735 millions de dollars de recettes) alors que le sujet pouvait difficilement y prétendre (le héros est un vieil homme, le sidekick un petit scout et le véritable élément mignon est un chien nommé Doug !). Up est encore une belle preuve que Pixar peut expérimenter alors que son statut n'est clairement plus à prouver. Depuis au moins Wall-e, leur animation est à un niveau tellement stable et impressionnant qu'il est difficile pour la concurrence (y compris Disney) de faire aussi bien. Preuve en est le décor même des chutes du Paradis, stupéfiant de photoréalisme au point de se confondre avec de vrais décors (Pete Docter et ses camarades ont fait beaucoup de randonnées et de spéléologie, afin de faire des croquis et trouver des décors possibles d'inspirer ces chutes). Sans compter les détails procurés par la multitude de ballons, que ce soit leur nombre ou les couleurs ; et ne parlons pas de la multitude de chiens. Un sens du détail que l'on retrouve rarement ailleurs et dont Pixar se montre encore bien au haut niveau.

Concept-art de Carl réalisé par Daniel Arriaga.

Votre cher Borat a beaucoup insisté sur les ouvertures des films Pixar jusqu'à présent, mais celle de Là haut relève d'une maestria sans appel. Réussir à nous montrer la vie d'un couple au fil des années, de leur rencontre au grand adieu est une chose, mais susciter autant d'émotions chez le spectateur en si peu de temps tient du génie. L'introduction de Up est un véritable crève-coeur pour le spectateur, le plus frappant restant ce travelling passant d'une chambre de bébé en pleine construction (aux couleurs criardes) à une pièce d'hôpital dont les contours sont plongés dans l'obscurité. Pas besoin de mots pour nous faire comprendre le drame qui se présente. Michael Giacchino fait également des merveilles : les mêmes notes reviennent sans cesse, mais rapidement elles passent de gai à terriblement tristes en passant à un rythme plus lent. La violence des événements (Carl perd sa femme et se retrouve seul à l'enterrement qui se déroule dans une indifférence totale) et les notes de Giacchino sont impressionnantes et bouleversantes. Même sans les images, la mélancolie de la musique est au sommet. 

 

En dix minutes de film, le spectateur a déjà usé son paquet de kleenex face à ce déluge d'émotions qui ne vire jamais dans le pathos gratuit. Docter dévoile alors un vieil homme veuf, seul et plein d'amertume. Ellie était l'amour de sa vie et il n'était pas prêt à ce qu'elle parte. S'il s'évade avec sa maison en voulant faire honneur à sa femme (elle désirait aller aux chutes du paradis), Carl le fait aussi pour éviter la maison de retraite et la perte de sa maison. Pendant un temps, Carl vit dans le remord de n'avoir pu lui montrer les chutes du paradis, que c'était la grande aventure qu'ils recherchaient tous les deux. C'est alors que Docter opte pour un dernier moment de pure émotion en dévoilant l'intégralité du livre d'aventure au mari éploré. La grande aventure d'Ellie n'était pas d'aller aux chutes du paradis, mais ce qu'elle a vécu avec Carl. Il peut alors avancer et partir vers d'autres aventures aux côtés du petit Russell. Ce sidekick a également beaucoup à dire. C'est un jeune garçon n'ayant jamais voyager. Il a pourtant des badges de scout jurant qu'il est capable "techniquement" de se débrouiller sur divers sujets. C'est avant tout un enfant en manque de repères, subissant l'absence de son père et dont il espère la présence.

Là-haut : Photo Bob Peterson

Il espère que son père viendra le voir à sa remise de badge, le spectateur verra bien avant lui que sa mère est la seule présente aux côtés du chien Doug. Carl apparaît comme une figure familiale, une sorte de grand-père de substitution. Deux êtres solitaires qui vont se compléter au cours d'un film d'aventure savoureux, où les idoles d'antan sont souvent aigries par le pouvoir qu'ils ont entre leurs mains. Au passage, saluons la très bonne prestation de Charles Aznavour pour le doublage de Carl, sachant parfaitement capter l'air bougon et triste du personnage. Le film s'égare parfois dans le côté idole déchue, peut-être parce que le dit méchant arrive un peu tard dans le récit (même s'il est évoqué dans l'introduction). Un petit pinaillage pour un film d'une puissance émotionnelle rare.

  • Toy Story 3 (Lee Unkrich, 2010) : Ce n'est qu'un au revoir

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Au cours du débat houleux entre Pixar et Disney naquit Circle 7 et autant dire que Disney ne s'est pas fait prier pour lancer un "Toy Story 3" sans Pixar. Déjà qu'à l'époque du deuxième opus le studio envisageait d'en faire un DTV, alors un troisième sans l'équipe mère... Bien avant cela, Disney avait produit une série en animation traditionnelle mettant en scène Buzz l'éclair dans ses aventures spatiales. Une série plutôt sympathique qui a été diffusé entre octobre 2000 et janvier 2001. Le projet "Toy Story 3" était bien avancé avec un grand nombre de concept-arts (voir http://disney.wikia.com/wiki/Toy_Story_3_(Circle_7_Screenplay)) et même un synopsis. Buzz était renvoyé à Taïwan par la mère d'Andy suite à divers dysfonctionnements. Sauf que les jouets apprennent que l'entreprise détruit tous les exemplaires qu'elle reçoit suite à un rappel massif et va ensuite les remplacer, "tuant" en quelques sortes Buzz. Ils partent pour Taïwan pour le retrouver et sont retrouvés par quelqu'un qui les emmène ensuite dans une garderie dont ils s'échappent (soit à peu près ce qu'il se passe dans le film fini). Buzz était finalement sauvé in extremis par ses camarades. Suite au nouveau contrat passé entre les deux studios, ce projet est annulé mais un nouveau volet bien de chez Pixar est rapidement annoncé pour les années à venir.

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Concept-art réalisé par Jim Martin pour le projet "Toy Story 3" de Circle 7.

Un teaser confirme l'avancée de la chose, jouant sur la nostalgie des spectateurs et sur la rivalité entre ses deux héros (comme l'avait fait le début de la promotion du second opus). John Lasseter laisse cette fois sa place à Lee Unkrich qui a notamment officié comme co-réalisateur sur Finding Nemo. Le changement de réalisateur aurait pu être une crainte, il n'en est finalement rien. Renvoyant directement à l'ouverture du second opus, Toy Story 3 commence par une séquence spectaculaire à base de ouistitis, de pont qui explose, de vaisseau-spatial et d'une multitude de personnages dans des rôles acadabrantesques (Bayonne le Baron Côte de porc, les Patate borgnes, Buzz qui apparaît tardivement car Woody est le vrai protagoniste). Par une transition qui passe crème, on découvre que c'est en fait Andy qui joue avec ses jouets. Tout ce que l'on a vu préfigure Inside out : la scène vient du subconscient d'un enfant. Après les images filmées au magnétoscope, la coupe est particulièrement nette. Les années ont passé, des jouets ne sont plus là (Woody regrette la Bergère, mais on remarque aussi l'absence du tableau-magique ou de Karting), Andy a laissé ses jouets dans la caisse privilégiant comme beaucoup de jeunes l'ordinateur qui trône bien en évidence sur le bureau.

Toy Story 3 : Photo Lee Unkrich

Il est maintenant un futur universitaire et les jouets ne vont pas rester dans le grenier très longtemps. Ils vont donc essayer de voir si l'herbe est meilleure ailleurs. Dès le début du film, le spectateur sait que le film sera pessimiste. L'abandon est répété à la fois par le personnage de Lotso dont la honte a fini par le rendre fou, mais surtout par notre groupe qui arrive à l'école maternelle Sunnyside. Sauf que contrairement à ce qui est arrivé à Jessie avec Emily, il y a une sorte de légitimité. Les enfants joueront avec eux d'une manière ou d'une autre. Sunnyside est également l'occasion de voir un autre cliché. Après Barbie, voilà son copain Ken, gadget s'il en est, amateur de mode, ringard et totalement jubilatoire. La séquence des essayages avec Le Freak (Chic, 1978) en fond sonore vaut à elle seule son pesant de cacahuètes. Le film va également dans la direction du film d'évasion qui avait fait la richesse du premier film, sauf que cette fois-ci ce n'est plus un enfant qui est problématique, mais les jouets autour. Dès lors, le film prend des faux-airs de film carcéral auquel un peu d'harmonica finit par arriver. Si en plus, Buzz recommence à devenir un ranger de l'Espace avant de passer à l'espagnol, cela n'en est que plus alléchant.

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Preuve que Pixar a retenu la leçon de Up, Unkrich signe deux climax terriblement émouvants, signes d'adieux terribles à en faire pleurer le fan de la première heure. Unkrich en vient même clairement à faire peur au spectateur avec le premier, enfonçant ses personnages dans un désespoir saisissant. Quant au second, il n'en devient que plus logique et émouvant. Woody a vu au cours du film que l'idée que ses amis et lui connaissent un meilleur sort auprès d'une petite fille imaginative et aimante n'était pas si mauvaise. En faisant amener le groupe chez Bonnie par Andy, le cowboy permet à son propriétaire de passer le flambeau à une autre personne. Comme bons nombres de fans de la première heure comme votre interlocuteur ont passé le flambeau à une nouvelle génération de fans avec ce troisième opus. Même si Pixar a continué à aborder ses personnages dans des courts-métrages (les Toy Story Toons produits depuis 2011) et qu'une suite est annoncée pour juin 2019 sous la direction de Josh Cooley, Toy Story 3 confirme la fin d'un cycle, d'une époque. On dit souvent que le troisième opus est mauvais ou plus faible.

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Toy Story 3 est une exception de premier ordre. En disant au revoir dans un premier temps aux personnages qui les ont lancé, Pixar signe probablement son plus grand chef d'oeuvre.

  • Cars 2 (Lasseter, Lewis, 2011) : Bashing time

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Si Cars n'avait pas reçu toutes les louanges attendues à chaque film de Pixar, rien ne pouvait prévoir le lynchage auquel aura droit sa suite au cours de l'été 2011. Le film se fait dézingué par la presse, certains lui reprochant notamment de ne pas avoir lieu d'être, le premier ne nécessitant pas une séquelle. Certains y vont même du terrible constat : Pixar est devenu une machine à fric qui donne des suites à tout et n'importe quoi. Or, jusqu'à présent les Toy Story ont suffisamment plu à ces mêmes critiques s'offusquant que le studio fasse des suites. On peut voir une certaine forme de cynisme de certains médias prêts à accepter une suite à un film que quand cela les arrange. Surtout qu'au cours des années, ces mêmes personnes n'ont cessé de colporter des rumeurs autour de suites de films du studio qui leur semblaient plus alléchantes. C'est le cas des Indestructibles 2 qui a alimenté durant un peu plus de dix ans les "clickbaits" des sites web jusqu'à l'annonce du projet. Ces mêmes critiques n'auraient jamais lieu d'être chez Dreamworks qui fait parfois des plannings en avance avec des futures sagas à quatre volets ! 

Cars 2 : Photo Brad Lewis, John Lasseter

Concept-art.

Certains médias comme le magazine Première disaient même à l'époque que certains attendaient le moment pour taper sur Pixar après une série de réussites assez folles. Cars 2 n'aura même pas droit à sa nomination aux Oscars, soit la seule année où un film du studio n'aura pas été convié aux festivités avec Monsters University (Dan Scanlon, 2013). Un lynchage gratuit et disproportionné à l'image d'un film qui n'en méritait pas tant. Cars 2 n'a pas le charme de son aîné. Il était peut être un projet de suite pas forcément désiré par une partie du public. En prenant le point de vue de Martin et non de Flash, Pixar cherchait peut-être davantage à s'adresser aux enfants qui vont ensuite acheter des petites voitures en masse. Mais au moins, les réalisateurs ont essayé de proposer autre chose et ne pas reprendre la même formule que le premier film. John Lasseter et Brad Lewis laissent tomber le récit initiatique pour le film d'espionnage. Martin n'est peut être pas un personnage passionnant, mais il n'en reste pas moins un peu moins agaçant que Flash. Reste malheureusement une accumulation de gags forcés comme celui des toilettes ou encore les différentes bourdes de Martin qui deviennent un peu lourdes au fil du film.

Cars 2 : Photo Brad Lewis, John Lasseter

Si Larry the cable guy s'en sort bien mieux que Gilles Lellouche (qui s'amuse souvent à modifier sa voix au doublage, ce qui donne des résultats catastrophiques), il est vrai que Martin n'est pas toujours bien mis en valeur. Il sera d'ailleurs bien moins présent dans le volet suivant, probablement à cause de l'accueil de ce film (voir A partir de cet instant, tout va changer). Le film n'est quasiment plus axé sur les courses bien qu'elles servent de couverture au sujet du film (des tacos font exploser des bolides à l'aide d'un carburant soi-disant écologique). La rivalité entre McQueen et le coureur italien n'en est que vite délaissée (d'autant que John Turturro est particulièrement lourdingue) pour laisser plus de place à une intrigue d'espionnage se déroulant aux quatre coins du monde. Pas de grandes innovations, mais l'aspect espionnage tient clairement la route et est le meilleur élément du film à l'image de son introduction explosive. Sans compter le personnage d'espion doublé par Michael Caine, faisant un clin d'oeil au personnage qu'il a incarné durant cinq films entre 1965 et 1995 Harry Palmer. Si Cars 2 n'est pas un cru exceptionnel, il n'en reste pas moins un film agréable à regarder.

  • Brave (Mark Andrews, 2012) : Le ratage de Pixar

Brave

Annoncé en 2008, "Newt" devait être la première réalisation de Gary Rydstrom, réalisateur du court-métrage Extra-terrien (2007) et sound-designer oscarisé. Il devait mettre en scène deux tritons mâle et femelle devant collaborer pour assurer une descendance à leur espèce. Mais des ressemblances avec Rio (Carlos Saldanha,2011) racontant à peu près la même chose avec des perroquets furent au centre de son annulation. Il fut question durant un temps que Pete Docter puisse lui donner une seconde chance, mais il a préféré faire Inside Out. Reste quelques concept-arts visibles sur le net (voir http://www.denofgeek.com/us/pictures/what-we-knew-about-pixar%E2%80%99s-newt#1), permettant de constater que les deux héros finissaient par s'échapper des laboratoires et à faire une virée dans une forêt. Les deux tritons qui ne s'entendent pas seraient alors tombés amoureux (changez les USA par le Brésil et en effet cela ressemble à Rio). Des scientifiques semblent mis en avant dans les concept-arts vus, notamment une femme. Cette annulation est une première pour le studio qui a toujours mené à bien ses projets. Par la même occasion, la production de The bear and the bow (renommé Brave) fut très mouvementée.

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Concept-art pour le projet avorté "Newt".

Censé être le premier film Pixar réalisé par une femme (Brenda Chapman, réalisatrice du Prince d'Egypte), Brave perd sa réalisatrice pour différends artistiques en 2010 et est remplacée par Mark Andrews, réalisateur du court-métrage L'homme orquestre. Elle est toutefois créditée à la réalisation juste après Andrews, n'étant même pas considérée comme co-réalisatrice preuve de son importance sur le projet. Il semble qu'au départ le film devait se dérouler sous la neige, ce qui n'est pas le cas dans le résultat final. Reese Witherspoon était le premier choix pour doubler la princesse Merida, mais elle fut remplacée par Kelly Macdonald suite à des conflits d'emploi du temps. Beaucoup ont dézingué Cars 2 sur sa propension à chercher le merchandising et les enfants, mais Brave va plus loin car il est scénaristiquement creux. Le véritable vilain petit canard du studio se trouve ici, au point que son Oscar du meilleur film d'animation n'en paraît que plus usurpé. Pixar fait honneur à l'Ecosse par des décors absolument saisissants de photoréalisme et signe un film magnifique si l'on se fixe sur le seul point de vue technique. 

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Concept-art réalisé par Matt Nolte.

Le spectateur est littéralement emporté dans les terres des Highlands qui a fait la richesse du film phare de Russell Mulcahy, sans compter des personnages magnifiquement animés (la chevelure de Merida est impressionnante de par son volume) en dehors des petits ours qui ont des têtes plus grosses que leurs corps (ce qui s'avère rapidement ridicule). C'est plutôt le scénario qui coince. Alors que l'on pense être face à un film de fantasy comme longtemps annoncé, il n'en est finalement que très peu question, voire pas du tout. La sorcière n'a aucune utilité si ce n'est de donner le sort transformant la mère de l'héroïne en ours, soit l'ennemi des personnages écossais se présentant à nous. D'autant que les légendes sont vite évincées avant un retour soudain, pour ensuite avoir un blanc jusqu'au climax. Le film est surtout le périple d'une mère et de sa fille essayant de renouer le contact dans un mauvais concours de circonstances. Dit comme cela Brave semble passionnant, car son traitement change radicalement de ce que l'on voit souvent au cinéma (en général, on le verrait plus avec des personnages masculins) et l'émancipation de Merida frappe (elle ne veut pas être princesse et refuse son destin).

Brave

Sauf que ces éléments ont été vu et revu ailleurs, en l'occurrence chez Disney. On pense à Pocahontas ou à Ariel par exemple. Quant à la transformation en ours de la mère, elle renvoie directement à Frères des ours. Kenai devenait un ours après avoir tué par vengeance une ourse et se voyait affublé de son petit comme compagnon de route. Ici, le compagnon est la fille et l'ours la mère et évidemment il y a l'aspect rédemption qui apparaît aussi avec la fille voulant se faire pardonner le sort qu'elle a lancé sur sa mère, mais aussi l'ours méchant qui n'est autre qu'un ancêtre belliqueux réincarné. A cela rajoutez que le père ne savant pas que sa femme est devenue une ourse se met à la combattre, comme le frère de Kenai dans le Disney en le prenant pour le tueur de son frère. Le recopiage est si présent qu'il finit par en devenir gênant. L'aspect Disney se prononce même par des chansons que l'on aura vite oublié. Assurément s'il y a bien un mauvais film chez Pixar, ce n'est pas un Cars mais très certainement Brave. Par ailleurs, le film est dédié à Steve Jobs, le fondateur d'Apple et repreneur de Pixar nous ayant quitté près d'un an avant la sortie du film.

  • Monsters University (Dan Scanlon, 2013) : Le campus movie de Pixar

Monstres Academy : Affiche

Monstres et cie fut un énorme succès à sa sortie (plus de 577 millions de dollars de recettes) et est un des crus de Pixar les plus appréciés. Rapidement le public a souhaité une suite aux aventures de Sully et Bob. Au point que comme Les Indestructibles 2, Monstres et cie 2 est revenu régulièrement dans les attentes des spectateurs pour les années à venir alors que rien ne fut annoncé. Sous l'impulsion de Circle 7 en 2005, Disney s'apprêtait à produire une suite au film sans passer par Pixar. Un projet qui était une suite directe. Ayant déménagée, Bou n'est plus dans la chambre connue de Sully et Bob et ces derniers doivent la retrouver pour pouvoir rentrer à Monstropolis (voir http://www.slashfilm.com/unproduced-nonpixar-monsters-2/). Cette suite sera définitivement mise au placard quand le studio sera fermé et quand Pixar décidera de ne pas faire une suite... mais une préquelle. Beaucoup auraient préféré une suite directe comme Circle 7 l'avait initié, ils devront rongé leur frein. Avec Monsters University, Pixar semble reproduire la même chose qu'avec Cars 2 : tenter autre chose à travers un même univers. Si ce dernier faisait dans l'espionnage, Monsters University se présente comme un véritable campus movie

Monstres Academy : Photo Dan Scanlon

Concept-art.

Genre assez peu présent en France (même si nous avons eu quelques cas, Grave étant le plus récent), le campus movie qui montre des étudiants à l'université ou aux alentours est une véritable institution aux USA et les films du genre ne se comptent plus entre les films de cinéma et les DTV. Parmi eux, citons Animal house (John Landis, 1978), Road Trip et Old School de Todd Phillips (2000-2003), Les lois de l'attraction (Roger Avary, 2002) ou Will Hunting (Gus Van Sant, 1997). Monsters University ne déroge pas à la règle : fratries, bizutage, cancres, bons élèves, sportifs, fiesta, concours, popularité... Tout cela se trouve dans le film de Dan Scanlon. Le bizutage se fait avec les sportifs dénigrant les petits mais plus intelligents qu'eux. Les petits rentrent dans la cour des grands, les amitiés naissantes de l'université... Au final, comme pour le premier film, il n'y a pas tellement de fantastique, ce dernier venant uniquement du fait que les personnages principaux sont des monstres. En revanche, il tient bien plus de la comédie potache typique des films de campus (22 Jump Street sorti un an après reprend les mêmes ingrédients) que du mélange de comédie parodique / thriller qu'était le premier film. 

Monstres Academy : Photo Dan Scanlon

Inévitablement, le film souffre du fait que le spectateur sache la fin, cette préquelle devant montrer comment l'intelligent mais rigolo Bob et le virulent mais bête Sully vont devenir amis. Le début du film montre clairement deux antipodes jusque dans le tempérament, Bob ne supportant pas la flemmardise de son camarade. Comme Sully est exaspéré par le côté "grosse tête" du cyclope vert. Le fait de les mettre ensemble contre leur gré va forger leur alliance qui va devenir bien plus que ça. Si le dénouement est prévisible, le développement est plutôt habile puisque le spectateur ne s'attend pas forcément à voir ces deux personnages en perpétuelle concurrence au départ. Du point de vue du bestiaire, on retrouve le fameux Léon qui malgré une apparition courte marque les esprits (il est amusant de voir à quel point un bizutage peut changer une personne...), mais aussi divers petits monstres et la directrice de l'université un dragon flamboyant. Si Monsters University (dont le titre française Monstres Academy est absolument ridicule, compte tenu que le terme "university" est utilisé durant tout le film en VF) n'est pas une préquelle forcément utile, il n'en reste pas moins un film de campus qui a sa propre identité et parvient à être purement ancré dans son genre.

MU

Toutefois, il est préférable de le voir en VO. Non seulement parce que Jacques Frantz ne double plus Sully (il est remplacé par Xavier Fagnon, habituel doubleur de Seth Rogen), alors qu'il doublait encore le personnage dans les différentes bandes-annonces. Ensuite car la présence de Jamel Debbouze et Malik Bentalha est plus que pénible (on sent la tendance d'aller chercher des comiques pour des personnages qui n'en ont pas forcément besoin). Puis de toutes manières, le casting VO est plus excitant et John Goodman reprend son rôle au moins. Les Cars avaient déjà montré que les doublages français perdaient en saveur, Monsters University confirme cet aspect. Cela sera encore pire sur les films suivants en dehors de The good dinosaur.

  • Le monde de Dory (Andrew Stanton, 2016) : Une odyssée de la mémoire

FD

Après les productions tumultueuses d'Inside out (voir More than a feeling) et surtout de The good dinosaur (voir Et si les dinosaures existaient encore ? ), Pixar revient avec la suite d'un de ses succès phares. Circle 7 avait engagé la scénariste Laurie Craig (Paulie, le perroquet qui parlait trop) pour écrire un traitement de suite au Monde de Némo. Contrairement aux projets "Toy Story 3" et "Monsters inc 2 : Lost in Scaradise", ce projet est encore très mystérieux aujourd'hui au point que rien n'a fuité depuis. Circle 7 mort, Pixar peut reprendre les choses en main. Depuis Wall-e, Andrew Stanton s'est mis au cinéma live-action comme son camarade Brad Bird. Si le succès commercial ne fut pas tout à fait au rendez-vous, John Carter (2012) fut une belle proposition de space-opera et la preuve que Stanton était à l'aise aussi bien dans l'animation qu'avec des acteurs pour raconter une histoire. Puisqu'il n'a pas eu la possibilité d'explorer un peu plus Mars avec sa princesse, il revient aux personnages de son premier film, cette fois-ci en se focalisant sur Dory. Si Marin et Némo sont toujours de la partie, ils sont cette fois des personnages secondaires qui aident Dory dans son périple, au même titre que Dory aidait Marin à retrouver Némo dans le premier film. 

Concept-art réalisé par Sharon Calahan.

Enfin, pas tout à fait puisqu'au bout d'un moment c'est eux qui finissent par la chercher ! Dory était déjà assez complexe dans sa construction dans Le monde de Némo. C'était un personnage amical qui pouvait toutefois être un frein pour Marin à cause de ses troubles de la mémoire immédiate. Comme avec P Sherman, Dory se met à avoir des bribes de mémoire notamment en ce qui concerne ses parents. Le poisson chirurgien part alors en quête de ses parents, mais cette fois le réalisateur va dans un autre coin du Pacifique : la Californie et plus particulièrement un institut de biologie marine. Comme un clin d'oeil à Wall-e, Stanton dévoile des fonds marins à faire peur. De la scène où le trio est attaqué par une pieuvre, on retient avant tout le décor. Des navires pleins de conteneurs, des emballages, une camionnette Pizza Planet, une Coccinelle (une private joke en rapport au tournage de La Coccinelle à Mexico, où une voiture est tombée à l'eau et n'a jamais été retrouvé), des algues... tout cela devant un centre-aquatique censé faire honneur aux animaux marins et les protéger. Admirez l'ironie. 

FD 2

 

Cet aspect critique va même un peu plus loin, puisqu'il est dit régulièrement de la bouche de Sigourney Weaver en VO et de Claire Chazal en VF qu'une fois que les animaux ont récupéré, ils reviennent dans leur milieu naturel. Sauf que Destinée par exemple est là depuis longtemps (elle a connu Dory enfant) et pas mal d'autres animaux sont certainement dans le même cas. Sans compter que certains semblent transférés ailleurs, mais certainement pas dans la nature. Si bien que la réplique prononcée par Weaver et Chazal durant le climax ("Vous assistez à la troisième et dernière étape de la mission de l'institut 'Secourir, soigner et remettre en liberté") n'en devient que plus cynique et hilarante. Il a été dit qu'avant une certaine période, certains personnages étaient censés finir dans un parc aquatique type SeaWorld. Après avoir vu le terrible Blackfish (Gabriela Cowperthwaite, 2013) revenant sur le cas Tilikum (une orque présente dans différents SeaWorld et ayant tué plusieurs personnes), l'équipe a changé la fin ce qui la rend d'autant plus libératrice pour ses héros. La quête de mémoire de Dory est aussi l'occasion d'explorer sa relation avec Marin et Némo. Bien que ses parents existent, ils sont sa famille. De la même manière, Marin materne Dory mais s'y prend comme s'il s'agissait d'une enfant, ce qui n'aide pas forcément Dory à avancer. A cela se rajoute l'indifférence de plusieurs poissons ne comprenant pas son problème.

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L'handicap de Dory peut être aidé grâce aux gens qui l'entourent. Marin et Némo apparaissent comme un rempart à cette indifférence et ils doivent la compléter. Le monde de Dory n'est peut être pas aussi fort que Le monde de Némo, mais son point de vue critique et ses thématiques lui permettent de sortir clairement de lot. A cela rajoutez une animation encore plus spectaculaire que Némo. Le climax sous forme de course-poursuite s'avère particulièrement jouissif et n'est pas sans rappeler une scène similaire dans Toy Story 2. Pas que la VF ne soit pas forcément bonne (même s'il y a Kev Adams...), mais on privilégiera la classe de la VO. Au passage, on peut dire merci à Pixar d'avoir signé le plus bel hommage à Groucho Marx. Attention on ne s'en remet pas forcément, pas vrai Gerald ?

FD


 Et après?

Comme évoqué plus haut, les deux prochains films des studios Pixar seront les suites des Indestructibles et de Toy Story 3. Les Indestructibles 2 signera le retour de Brad Bird à l'animation après les films live-action Mission Impossible : Ghost protocol (2011) et Tomorrowland (2015). Contrairement à ce que pouvait suggérer la distance entre la sortie des deux opus, ce second film se passera peu après les événements du premier volet. Mr Indestructible s'occupe des enfants et l'accent sera porté sur Elastigirl. Comme le suggère le premier teaser, le film devrait aussi s'intéresser à la découverte des pouvoirs de Jack Jack. Michael Giacchino sera également de retour, ce qui inaugure de belles choses en perspective pour nos petits oreilles. Sortie prévue le 4 juillet prochain. John Lasseter devait dans un premier temps s'occuper de Toy Story 4, mais il a laissé la production à son co-réalisateur Josh Cooley (réalisateur des courts-métrages George et Al et Riley's first date ? , des extensions de Up et Inside out). Au vue des accusations d'harcèlement portées sur Lasseter ces derniers jours, ce n'est peut être pas plus mal. On ne sait pas grand chose du projet, si ce n'est que Woody et Buzz partiraient à la recherche de la Bergère, grande absente de Toy Story 3

Le film sera dans la continuité de l'après-Toy Story 3 à l'image des Toy Story Toons. Randy Newman reviendra à la bande-originale. L'avenir de Pixar reste encore assez flou après la sortie de Toy Story 4 en juin 2019. Trois films ont été annoncé pour des sorties en 2020 et 2021 et ils seront originaux. Dan Scanlon mettra en scène un monde fantastique de type suburbs (les banlieues résidentielles américaines). Le réalisateur de Monsters University a dévoilé pas mal de détails, évoquant un monde qui a délaissé progressivement la magie au profit de la machine. Cette banlieue serait peuplée de trolls, d'elfes, de lutins et même de licornes. Plus généralement, deux garçons espèrent passer un moment avec leur père décédé en allant dans ce monde. L'occasion pour le réalisateur d'évoquer son propre vécu (son père est mort lorsqu'il n'avait qu'un an). Lors du D23 survenu en juillet dernier, un concept-art avait été dévoilé montrant une créature survolant une ville sous un soleil couchant (*). Brian Fee (Cars 3) travaille également sur un projet sans préciser de quoi il s'agit. Quant au troisième projet, il reste mystérieux.

Allez à la prochaine ! 


 Article initialement publié le 20 juin 2015.

* http://ew.com/movies/2017/07/14/pixar-suburban-fantasy-dan-scanlon/